Renaissance de la Belle Créole

La pointe du Bluff

Pour l'architecte Mauricio Lanari " Ce qui a été déterminant c'est le tour de table organisé à l’initiative du préfet Chopin, avec protocole d'accord réunissant tous les participants, investisseurs venant de Dallas, Robert Trawn propriétaire depuis 2003, les services de l'administration française et la direction de la Collectivité. Depuis sept ans sur ce dossier je n'avais jamais vu une telle efficacité et la volonté de faire enfin aboutir ce projet .

Révérence sénatoriale patrimoniale

L-C-Fleming 2

Suite à la Loi de transparence sur la vie publique, consécutive au scandale Cahuzac et souhaitant préserver le secret sur le patrimoine familial de la dynastie Beauperthuy - Fleming, il vient de tirer sa révérence anticipée de 9 mois avant le terme de son mandat. A coup sûr, sa déclaration de patrimoine eut été immédiatement mise à la Une du Daily Herald, la gazette quotidienne anglophone de chez Martine au Sud de l'Isle.

Maître Montravers calomniateur

CALOMNIE

Audience correctionnelle du 14 Novembre au Tribunal de Saint Martin.M° Montravers a été cité à comparaître, sur le fondement de l'art. 226-10 du Code pénal, par Norbert Luftman qui s'estime victime d'une dénonciation calomnieuse. Jugement le 12 Décembre.

Affaire de la Baie Orientale en correctionnelle.

Tribunal de St Martin

"Cette poursuite est une honte judiciaire, je tiens à dire à l'opinion publique qu'aucun délit ne peut être établi. Les collectivités publiques ont en matière d'AOT une libre appréciation pour agir en terme d'opportunité " déclare le bâtonnier M° Jean Yves Le Borgne.

Mon tour de France

Sur le pont d'avignon

L'adage Comparaison n'est pas raison, m'a toujours paru trouble. J'ai agréablement testé cette faculté dont chacun d'entre nous dispose en confrontant ses certitudes intimes acquises dans son propre cheminement, à la lumière du parcours des autres, mes cousins/cousines, ma famille, auprès de mon arbre.

Bastille Day Parade

Bastille day

J'ai écouté le discours insipide d'Aline Hanson, notant toutefois son appel "aux efforts individuels pour la réalisation des innovations indispensables " puis je suis parti avant la remise des trophées aux artisans en friandises, secteur qu'elle considère créateur d'emploi pour la jeunesse !

L’Euro, chronique d’un aveuglement

euro-titanic

le plus grand danger pour la construction européenne provient de l’Euro qui épuise les économies et condamne les dirigeants à des politiques à courtes vues aux conséquences suicidaires. Si l’Europe est aujourd’hui menacée c’est par les 19,3 millions de chômeurs qu’il y a dans la zone Euro, un chiffre qui s’est accru par rapport à mai 2012 de 1,46 millions. Si l’Europe est effectivement menacée c’est par la récession qui touche les pays de l’Europe du Sud et qui est provoquée par les politiques mises en œuvre dans le seul but de sauver l’Euro.

Invalidation, bis repetita ?

renard-corbeau

Le rapporteur du Conseil d'Etat a demandé pour défaut d'unicité de compte la démission d'Alain Richardson, son inéligibilité pendant 15 mois et le non remboursement des dépenses. L'arrêt définitif et sans appel interviendra d'ici un mois. Au total le règlement de trois factures pour un total de 6.400 US dollars (25% du total des dépenses déclarées) est donc la cause de cette menace d'annulation.

Un 14 Mars excellent.

Montres joMal

Ce 14 Mars 2013, j’avais un rendez-vous à ne pas louper avec Mlle Juminer, au guichet des sociétés de la CCI à St Martin. Une date sous les auspices de la Grande Clémence horlogère de l'harmonie immuable des cieux. Un cadeau d'anniversaire, un clin deuil du Destin à la mémoire de mon père, né le 14 Mars 1923 il y a quatre-vingt dix ans.

LA PROMOTION DE DANIEL GIBBS

assemblee-nationale

Fort du soutien de Bruno Magras et des électeurs de St Barth, le premier tour de scrutin à la députation s'annonce favorable pour la promotion de Daniel Gibbs sous les couleurs de l'UMP. Au premier tour, malgré un prévisible fort taux d'abstentions, iI va franchir sans problème la barre qualificative des 2 835 voix (12,5% des inscrits) .

Et maintenant … la députation !

interview jeffry

Après la victoire de François Hollande et de la gauche, comment se présente la perspective de l'élection du député de la nouvelle circonscription des îles du Nord en vue du scrutin de Juin prochain ?
Cet article inclu l'interview du Dr. Louis Jeffry, le premier à s'être déclaré candidat à la députation.

Non au détournement du 1er Mai

Apres Petain

En ce 1er mai, le président de la République sortant a appelé à fêter le « vrai travail » au Trocadéro. Voici la réaction sur ce sujet de Laurent Bayly, professeur d’histoire au lycée de Marigot et représentant syndical (Snes-Fsu) . Le 1er mai, fête du travail instituée depuis 1889 par la II° Internationale socialiste serait-elle celle du « faux travail » ?

Pâques opaque & Transparence

bouc émissaire

Le scandale de la récidive de plagiat d'Alex Richards a provoqué son licenciement immédiat à la direction du Cabinet d'Alain Richardson.Un pilier de l'ombre dont l'opacité est mise en cause est tombé.Voici les causes de sa chute ...

Poisson d’Avril de la Grande Clémence

a Richardson 1 avril

Où il est question d'un poisson de 1er avril emprunt d'une étrange synchronicité spatio-temporelle, avec éventuel clin d'oeil céleste du Bon Dieu, pour un pasteur méthodiste intronisé Président de la Collectivité de Babel St Martin, au manteau partagé.

QUi C’EST LE ROi DE LA JUNGLE ?

 

    J’ai croisé le Roi de Tintamarre au Carnaval. On a un peu causé  hors micro. Depuis qu’il ma confié son portrait Chinois, je comprends mieux ce Bourgeois Gentilhomme.

Je l’imagine en son d’alcôve, sérénades et  suaves langueurs du Saxophone de Fausto Papetti . Il tirerait son gros cigare, dans sa baignoire dorée, parfumée Shalimar.

Sur l’échiquier politique local~ le Roi du territoire, la pièce maîtresse,  c’est le Sénateur Louis – Constant Fleming. Une ONG à Louis tout seul.

 Généreux, il a confié la culture de ses terres du Jardin de Bellevue, à une communauté de Rastas cultivateurs courageux, au travail à 6 h. du mat. Tandis que les bureaucrates de la COM roulent en 4×4, ils n’ont ni tracteur, ni camion de livraison … 

En 2oo7, j’ai voté Louis-Constant Fleming au second tour. J’avais confiance en la Dame noire à ses côtés. Marthe Ogundélé professeur de Gestion au lycée. A Youth Wave Radio 92,5 FM les jeunes l’appellent Country Girl. Comme  c’est aujourd’hui le 8 Mars, fête des femmes,J’ai fait une observation sur les grandes femmes politiques, Toujours calmes après la ménopause. Exemples célèbres : Golda Meir & Indira Gandhi. Avant c’est les ovules qui les agitent . La Dame noire est intègre, compétente, ambitieuse et républicaine.

Elections 2012, notre Bourgeois gentilhomme propose au bas-peuple, une jeune Dame Blanche, 1ère Vice- Présidente à ses côtés. Acte symbolique de népotisme, le Tonton Sénateur a choisi sa  nièce, doucement nommée,  Melissa Sedano. “Melissa,  métisse d’Ibiza, a des seins tout pointus. Dites jamais que je vous ai dit ça,ou Melissa me tue…” chantait  Prince Igor.

Cette année il y 17 565 électeurs, soit 2 500 de plus qu’en 2007 y compris les radiations. Parmi eux, 43% sont nés en métropole, 30% à Saint Martin/ Sint Maarten, 10 % sont nés en Guadeloupe ou autres DOM, et 17% d’autres pays dont 7% en Ayiti. Sur l’échiquier politique, deux cavaliers montent à l’assaut du trône. Daniel Gibbs, Notaire, enfants caucasiens et Alain Richardson Expert-comptable, enfants blacks. Le cavalier blanc et le cavalier noir sont en tête des sondages.Derrière deux fous qui poussent, Doc Gyneco - 39 ans gros QI, et Mussington, politicien professionnel du parti socialiste, instituteur « détaché en missions extérieures.” Le moins diplômé de nos cinq quadras têtes de liste.En 2007 LC Fleming gagnait avec 522 voix d’avance sur Alain Richardson, chef de l’opposition. Notre cavalier noir est en bonne position pour prendra sa revanche,au jeu des alliances de la triangulaire inévitable du 2° tour.Il faut s’attendre à environ 10 000 votants,compte tenu du taux d’abstentions habituelles, équivalant aux taux d’abstention des contribuables …

Le jour du carnaval j’ai donc demandé hors-micro à Louis-Constant Fleming, s’il accepterait de participer à un face à face politique et économique avec Jean-Paul Fischer ? Débat  diffusé en vidéo sur mon blog, sans contrainte  CSA pour la durée. Notre Sénateur m’a dit OUI PAS DE PROBLEMES, doutant toutefois que Fischer accepte. Sur l’échiquier politique , il y a deux tours dans le sac de ce constructeur-baroudeur, un ours Kirlipocheur excellent gestionnaire, qui a fait ses preuves au cours des 25 dernières années. Fischer m’a dit OK pas de problemes en fin de semaine, mais Louis-Constant s’est alors dégonflé, au motif que Sa Seigneurie  ne daigne “pas discuter avec un 26° de liste.” Le Roi de la Jungle vient de reculer face à l’ours des Vosges. Mieux vaut la fuite qu’une mise en échec, n’est-il pas ? Alors, qui c’est le Roi de la jungle ? Vous voilà renseignés.         

 

 

PDF    Envoyer l'article en PDF   

C’est extra

extra-2.1189642312.jpg

Dans l'érotisme, l'année 1969  abrite a mon goût une perle poétique, une chanson extra de Léo Ferré , avec ses mains qui jouent de l'arc en ciel sur la guitare de la vie ...
Une robe de cuir comme

Billie Holiday

strange-fruit.1189468421.jpg

 

STRANGE FRUIT...  Nigueur Blog / Nigger Blues
Voix sublime et vie cramée, au Panthéon des muses suaves  à mon ouïe, le chant d'une Black-girl qui dans les années 1936-39 avec Lester

Guitare

guitare-07.jpg

Images en Chanson 

 

La Bachata est un rythme facile à danser, originaire de la République Dominicaine (capitale Santo Domingo). C'est une musique  populaire largement répandue par la

Carnaval de Marigot

Les antillais ont le sens de la fête et des beaux habits, à l’église et à l’occasion du Carnaval tropical . Mais la passerelle entre le rite du temple et la fiesta du carnaval n’est pas automatique. De nombreux croyants repoussent cette fête païenne, la plus populaire des manifestations locales.

Sous le Baobab une rumeur est passée parmi les lycéennes de Marigot, selon laquelle les filles de l’île d’Anguilla d’à côté, venaient avec des seringues pendant la période de carnaval pour inoculer le sida en piquant leurs victimes. En réalité leurs rivales viennent à la conquête des garçons..

Carnavalmarigot02

La tradition du Carnaval est le reflet de la vitalité de la population locale. C’est durant les mois de Février et Mars que les groupes sont appelés à défiler Il y a d’abord ceux qui veulent s’amuser et participer pleinement à la fête. Pour cela,il faut investir sur un costume au sein d’un groupe déjà constitué et avoir une bonne forme physique. Et puis il y a tous les autres, ceux qui viennent voir le défilé de la parade, et pour la jeunesse la participation nocturnes au Jump Up, dansant derrière les décibels d’un camion Parisbataclan dont la plate-forme porte un orchestre live.

Celui de « Youth Wawe » qui vient de se distinguer pendant le carnaval Tropical créole de Paris. La qualité de la tradition s’exporte bien. Les artistes sont nos meilleurs ambassadeurs car ils sont porteurs du vecteur culturel de l’identité insulaire.

Pour organiser un Carnaval, il faut une locomotive. Marigot a trouvé la sienne en la personne de Joël Dormoy. Son premier essai en Février 2006 a été une belle surprise pour les observateurs avertis, qui considèrent que les parades à Philipsburg sont plus attrayantes.

Joël Dormoy déclare « J’encourage vivement la population à défilée plus nombreuse pour l’année 2007 » Pour participer à la renaissance du carnaval du côté de chez Martin, voici le lien téléphonique : 0690 86 04 43

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Port-Folio du Carnaval de Marigot. fevrier 2006

Carnavalmarigot03

Carnavalmarigot08

Carnavalmarigot04

Carnavalmarigot01

Carnavalmarigot07

Carnavalmarigot06

Carnavalmarigot05

Carnavalmarigot09

PDF Writer    Envoyer l'article en PDF   

Aruba

Boniniaruba

  L’empire colonial néerlandais s’étend en Amérique Latine (Suriname) et dans les Antilles néerlandaises, avec six îles :

Aruba Bonnaire Curacao, les îles A.B.C. proches du Venezuela,

dites sous le vent

et d’autre part St Martin, St Eustache et Saba, îles au vent.

Aujourd‘hui ces îles se séparent de la fédération des Antilles néerlandaise, pour prendre chacune plus d’indépendance et d’autonomie, tout en restant dans le royaume de la Reine Beatrix.

Flore

L’île d’Aruba deux fois plus grande que St Martin ( 195 km²) compte 102 000 habitants dont la langue verniculaire est le Papamiento.

Les raffineries de pétrole, Exxon, Lago ont fait les beaux jours d’Aruba dont le florin bénéficie d’un taux fixe de 1,79 avec le Dollars US. De nombreux St Martinois sont partis y travailler ainsi qu’à Curacao à partir des années 1930. Bien que plus éloignées que la Guadeloupe, les St Martinois allaient en nombre profiter du travail autour des raffineries.

Raffineries

Séparée des antilles néerlandaises depuis 1986 , le Tourisme et les services financiers off-shore complètent l’activité de cette île plate dont j’ai ramené quelques images à l’occasion d’une courte visite offerte par le Caribbean Tourisme Organisation (CTO).

Hotel1

Il y a des St Martinois à Aruba. J’ai suivi le phare ( et la trompette) du frère de l’un d’eux pour être bien guidé.

Phare_1

Jazzmen_1

Arubabeach_1

Sunset_2

Cielandrogyne_1

Sur les îles tropicales, c’est une constante admirable que la variation des couleurs du ciel.

Eglise

Il y a peu d’architecture ancienne contrairement à Curacao.

Oranjstadt

Maison

Sharissa_1

Pecheurs_2

Par contre il y a des traditions piquantes  à l’entrée des maisons

Arubacactus

Jabiru_5

Je reviendrai vous parler de ce séjour à Aruba,

au cours duquel ma vie a changée.

Word To PDF    Envoyer l'article en PDF   

Toussaint Louverture, connais-pas !

Bleu, Blanc, Rouge et Noir …

L’œil du Jabiru a fait Tilt en visitant un jeune Blog d’esprit libre.

Un Blog  ” Chez le Monde.fr”  à l’enseigne attractive : CAP SUR LA LIBERTÉ, avec une note  Toussaintlouverture_1

Après lecture, j’ai spontanément glissé le commentaire suivant :  « Un peu d’histoire de la Révolution française. Le noir des Tricolores, c’est le bonnet jacobin à la cime du palmier Tropical des armoiries du drapeau d’Haïti. Toussaint Louverture à la tête des Jacobins noirs, menant en 1804 une double Révolution : anti-esclavagiste et anti-coloniale, contre les Troupes de Napoléon. Comme chacun sait, Toussaint Louverture est mort déporté dans le froid du Jura. Contrairement à celle du juif Dreyfus, la cause du  Nègre d’Haïti est t’elle réhabilitée ? »

Ils m’ont répondu : «  Voici la signification du CAP : communauté d’amour et de paix. Nous aimerions que vous nous fassiez un peu plus connaître cette histoire à nous autres du continent car nous sommes pris par les tempêtes politiques actuelles et n’avons pas accès à la véritable information.  Merci par avance et avec notre profonde reconnaissance. »

J’ai potassé la question, un article historique pour Discover Magazine en 2005, à l’occasion du Bi-centenaire d’Haïti. Avec des clichés de dominique silberstein . Quand c’est publier bi-lingue à 110 000 exemplaires, tu fais gaffes à pas dire des conneries.

Jeanraymond_1

C’est une page d’histoire coloniale complètement ignorée là bas sur le continent Européen, et singulièrement dans les écoles de l’Hexagone. Par contre il est indispensable que la jeune génération connaisse , ici à St Martin aux Amériques, son histoire régionale.

Paspo_3 Rien n’est plus navrant que d’entendre de nos jours, des haïtiens de seconde génération, ceux qui sont nés ici à la maternité de Marigot et qui dix huit ans plus tard à la fin des années Lycée ,  dirent : « Toussaint Louverture connais-pas ! »

HAITI  ET SON BICENTENAIRE

Il était une fois,  en 1804, un petit pays dans la mer des Caraïbes. Cette année là, un enfant non désiré est venu au monde : un bâtard de la Révolution française. Sur son drapeau à fond rouge et bleu, il y a un bonnet jacobin accroché à la cime d’un palmier tropical. 2004. Le bi-centenaire d’une naissance oubliée. Mais quelle fête quand il n’y a rien à fêter ? Comme si Haïti ne s’appartenait pas,  perpétuant une longue dépendance dont voici l’Histoire. (1)

Arrimage_1

LA PERLE DES ANTILLES

Creole_2 La « Perle des Antilles », noble appellation du 18° siècle, procure au Royaume de France le tiers des recettes de son commerce extérieur. A la veille de la Révolution française de 1789, elle fournit l’essentiel de la production mondiale de sucre, sans compter le café. Orgueil des Français dans le nouveau monde, la colonie occidentale francophone de Saint Domingue est une île qui vaut un empire.

Le sinistre Code Noir, instauré en 1685, organise le non-droit des esclaves. Il considère le déporté comme une chose : un bien meuble en bois d’ébène… Un siècle plus tard, il y a trois classes sociales :  les  colons blancs (30 000) et leurs enfants mulâtres affranchis ( 40 000)  et dans la servitude, 85 % de la population soit 500 000 africains.

Bonnetjacobin_1 A Paris, le 16 Pluviose de l’an II ( 4 février 1794), la Convention vote l’abolition de l’esclavage. La Révolution française n’avait pourtant pas prévu de faire des enfants sous pareille latitude. Conjuguée à une oppression inégalée, le principe d’égalité des droits a fait naître une revendication légitime des esclaves noirs.  Toussaint Louverture, un Spartacus à la tête des Jacobins noirs, affronte victorieusement la puissance coloniale des troupes de Napoléon. Une double révolution anti-coloniale et anti-esclavagiste. Ayiti «  La Terre des grandes pentes » ainsi nommée par les Indiens, devient la première République nègre indépendante de l’histoire de l’Humanité. Un phare pour la race noire. Un peuple dont l’humour peint, avec cocasserie, l’humeur de ses  rêveries quotidiennes. Un sur réalisme naïf qui transmet l’ironie joyeuse et l’émerveillement spontané.  Tant de peintres dans une si petite île, fût une séduction  pour André Breton et André Malraux. (2) La Littérature haïtienne francophone contemporaine produit des œuvres poétiques et romanesques de première importance,  traduisant la vie et les pensées du Peuple créole (3)

Le Siècle des Lumières éclaira les révolutions américaine et française. Compte-tenu de l’état culturel et matériel d’Haïti, quelle boussole va guider les nouveaux maîtres qui commandent le peuple ? Comment Haïti va  pouvoir exister ? Tous les maîtres blancs sont partis et les plantations sont détruites. Les techniciens ont été tués ou sont partis. Un déficit de matière grise. De 1811 à 1820, le roi Christophe ancien esclave devenu général de l’armée de libération dispose d’une vaste réserve publique. Un bien commun constitué par toutes les terres sans maîtres. Mais avec la même âpreté au gain que les colons européens et comme les rois d’Afrique, il enchaîne à nouveau brutalement les siens. La liberté guidant le peuple s’est éloignée. Les travailleurs forcés s’enfuient dans les montagnes. Lopins de cul-terreux. Se perpétuent la tradition du marronnage. Pour ces cultivateurs l’esclavage a disparu dans les textes mais prospère dans les faits. Ils n’ont pas accédé à la citoyenneté.

En 1825, Charles X accepte officiellement l’indépendance de l’ancienne colonie en échange d’une pénalité financière. 90 millions de francs-or, soit l’équivalent du budget annuel de la France de l’époque. Une petite île agricole d’un million de personnes face à une France impériale de 25 millions d’habitants.

Cette dette et les intérêts seront réglés par la production de  trois générations de paysans travaillant le long des pentes sous le soleil, avec leur bras, leurs mains et une machette.

Le poids de cette ponction économique freine dès l’origine le développement du pays, lui coupant ses ailes au moment de l’envol.  Ce tribut a été soldé en 1893. Puis se sont ajoutées : des dictatures kleptomanes, des administrations incompétentes, une agriculture inefficace, la poussée démographique  et la dégradation écologique !

Aide_1

UNE ECONOMIE TET ANBA

A Port-au-Prince, depuis deux siècles, les mêmes cercles familiaux se sont succédés au pouvoir. Des anciens noirs libres et  des mulâtres au sang bleu. Quelques milliers d’héritiers devenus grands propriétaires terriens composent l’élite,  dans un mépris définitif des paysans auxquels la terre est refusée, sans parler de la citoyenneté par le droit de vote. 0,7 % de la population détient 50 % des richesses. Reste une société égalitaire dans le partage de la misère.

Se sont cumulés les fossés  entre prolétaires/propriétaires, analphabètes/éduqués, ruraux/urbains, vaudous/catholiques ; d’où l’effondrement du pays. L’agriculture  de la canne, seule source de richesse locale exportable, a été supplantée par la betterave européenne.

1mort_1

Dans la société coloniale existaient trois classes : les maîtres, les affranchis, les esclaves. Ne restent plus  que deux classes : les maîtres et les esclaves. Les paysans sont souvent des occupants sans titre du domaine de l’état, défricheurs, grignoteurs ou squatters protégés par la coutume. Le 18° siècle fût celui de la transportation d’Afrique. Le 20° a été celui de l’exode rural, de l’émigration nord-américaine, caribéenne et des boat-people. S’affranchir c’est laisser le pays. L’immigration s’impose, intérieure ou outre-mer, saisonnière ou définitive. Sur la moitié orientale de l’île, la Dominicanie hispanophone blanche ou métissée est moins peuplée. Dans les « bateys » (les plantations) l’Haïtien est exploité, une main d’œuvre frustre, méprisée et corvéable. En octobre 1937, dix mille ont été massacrés sur ordre du sanguinaire Trujillo.

Unclesam_1

C’est d’abord des Etats-Unis dont dépend Haïti. La politique du cinquième président, la doctrine Monroe, a défini l’Amérique centrale et latine comme arrière-pays. Le « blan ki deside », c’est sans conteste le Yankee et lui seul. Occupation militaire, protectorat, mandat. Une perte de pouvoir définitif que la bourgeoisie haïtienne critique parfois dans les mots, jamais dans la prégnance. Sa politique extérieure se limite au pourcentage des flux financiers qu’elle peut accaparer. Ce qu’elle a perdu par la détérioration du patrimoine foncier, elle le récupère en commerce et  trafic d’influence.

La famille Duvalier père et fils ( 1957- 1986 ) a marqué le pays au fer rouge, reléguant provisoirement trois poids lourds à des rôles inférieurs : les métis, l’armée et l’église officielle. Trente années d’un système totalitaire. Une machine dictatoriale sans faille, logeant un macoute dans la tête de chaque haïtien. L’armée formée par l’oncle Sam est consignée dans les casernes. Les tontons-macoutes, « volontaires de la sécurité nationale » recrutés dans des catégories jusque-là exclues du pouvoir, participent à la fonction classique du milicien : terroriser, contrôler par la peur, dénoncer et punir. Intimidation et corruption deviennent structurelles.

Au début des années 1980, «  les ti-legliz » communautés de base de l’église catholique  inspirées par la « Théologie de la Libération » venue d’Amérique Latine, sont le lieu d’une multitude d’organisations populaires Elles proclament un évangile libérateur. Modifiant les équilibres bi-centenaires, elles appellent à une deuxième Indépendance dirigée contre les prédateurs. Est-ce la fin des privilèges et la menace du bon exemple ? Washington face à l’effervescence sociale, priorité révélatrice, équipe l’armée avec du matériel anti-émeutes. De 1986 à 1990 se succèdent coups d’Etat, massacres de manifestants, arrestations sans jugement, médias entravés, élections truquées et  électeurs mitraillés.

Le 16 décembre 1990, première élection non truquée. Le prêtre Jean-Bertrand Aristide est plébiscité par les deux tiers des électeurs inscrits. « Titid  prezidan » devient le porte-parole des damnés de la terre et promet de « passer de la misère indigne à la pauvreté digne. » La communauté internationale est  favorablement impressionnée. Contributions, aides, coopérations : les promesses toujours lentes à se concrétiser affluent de France et de l‘Union européenne. Les défis à combler sont immenses  : inertie économique, désorganisation sociale, économie informelle, terres usées, droits sociaux inexistants, système de santé moribond, corruption, analphabétisme et extrême misère.

Les tenants de l’ancien régime ont perdu une élection, pas leur hégémonie. Leur capacité de nuisance reste intacte. Le 29 septembre 1991, le mouvement populaire est écrasé par une junte militaire et les Escadrons de la mort (Fraph) financés par les agents de la CIA.  L’expérience n’ aura duré que huit mois. Après trois années, le retour d’Aristide est soutenu par Bill Clinton et le Black Caucus ( groupe des élus noirs au Congrès américain ). Une seconde chance qui ne parviendra pas à transformer l’immense attente de changement sur le terrain pour l’éducation, la santé, l’aménagement rural et urbain. Priorité à la réforme agraire et à l’alphabétisation disait la famille Lavalas ( avalanche en créole).  Il n’y a plus de priorité. Dans la crise permanente et insoluble, demeurent le poids de l’inertie et la gangrène de la corruption.

Restavek_1

PEYI  AYITI  MOURI

Le montant de la dette actuelle du pays s’élève à 1 250 millions de dollars ! Haïti offre la main-d’œuvre la moins chère des Amériques, mais l’absence d’infrastructures et l’instabilité politique n’attirent pas les investisseurs ni les crédits de l’aide internationale détournés par des dirigeants corrompus. A la base, un vaste réseau d’ONG reste actif.

Mais comment construire des routes s’il n’y a pas un service de Ponts et Chaussées ? 600 km de routes bitumées et 2 600 km de pistes défoncées.  A quoi bon planifier des élections s’il n’y a pas de registre électoral  faute d’un véritable état civil ? La moitié de la population ne serait pas inscrite à la naissance. A quoi bon promouvoir une école de la Magistrature avec un ministère de la Justice partisan organisant l’impunité des assassins ? Pourquoi abonder le budget de l’Etat si la bourgeoisie d’affaires ne songe qu’à échapper à l’impôt et si l’administration fiscale fonctionne à la tête du client ? Et comment signer des accords de prêts internationaux s’il n’y a plus de Parlement pour les autoriser ? La dette opère depuis bientôt 200 ans une ponction insupportable sur les ressources financières. Un Etat au profit de quelques-uns, sans le moindre devoir vis à vis du peuple.

Seule certitude : les besoins primaires comme l’accès à l’eau potable, à une alimentation décente, aux soins de santé essentiels et à une éducation scolaire, ne sont pas satisfaits.

Pour les 2,5 millions d’habitants de Port-au-Prince, Les deux tiers des citadins vivent avec moins de 25 dollars par mois.  50% des adultes sont analphabètes et 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les « restaveks » sont des dizaines de milliers, petits serviteurs sans droits, cédés à des familles plus riches ; moins chanceux que les « timoun » adoptés par les occidentaux. Avec un médecin pour dix mille habitants, un enfant sur huit meurt avant cinq ans. Chez le voisin cubain qui exporte en Haïti ses praticiens, cinquante trois fois plus de médecins permettent de réduire la mortalité à un pour cent dix.

Plus  s’aiguise la corruption du pouvoir politique  dans la lutte pour le partage des dépouilles, plus  le pays s’appauvrit.  L’absence d’autorité et de stratégie de l’état engendre un laisser-aller. La fonction publique, déjà inefficace, est d’autant plus ouverte à la corruption que ses employés sont irrégulièrement payés. Pain-béni pour les hommes du cartel de Cali, Haïti est bien située entre la Colombie et la Floride pour le trafic de cocaïne. La police collabore avec les mafias. Pourquoi, quand on est nommé dans un petit port, ouvrir l’œil pour deux cents dollars si on peut les fermer pour dix fois plus ?  Même s’il profite à quelques-uns uns, l’argent de la drogue ralentit à peine l’inexorable dégringolade du pays. L’aide internationale, bloquée depuis 1998, manque cruellement. Une économie « tèt anba »,  sans queue ni tête et informelle pour l’essentiel, qui importe cinq fois plus qu’elle n’exporte…

Exode_2

Huit millions d’habitants sur 27.000 km².  Neuf départements et un budget public équivalant à celui d’une ville française de 300 000 personnes.  Situation politique et économique désespérante .

L’incertitude de l’avenir provoque la fuite des cerveaux. Des centaines de professionnels diplômés quittent chaque année le pays. Les deux millions d’immigrés en diaspora , « Le dixième département », aident leurs familles à survivre. De New York, Miami, Montréal, des Antilles et de Guyane ils transfèrent près d’un milliard de dollars : trois fois plus que le budget d’état.

LA DIASPORA DES HAÏTIENS DE SAINT MARTIN

Nul n’a choisi le hasard de son lieu de naissance. Mais la volonté d’échapper à la misère structurelle, en trouvant ailleurs des conditions économiques moins mauvaises, pousse les plus audacieux à laisser le pays. Les parents veulent un avenir meilleur pour leurs enfants.

Comment ignorer  la misère d’un peuple recru d’épreuves et de drames, à qui l’on a déjà promis plusieurs fois la fin prochaine de la violence et de la pauvreté et qui voudrait bien quand même pouvoir y croire enfin un peu ? La diaspora d’un pays paria. «  Pa touné nan fé ». L’éternelle transhumance humaine. Le brassage séculaire des populations.

Tel est le cas de la Communauté haïtienne, qui depuis vingt cinq ans prend souche au Nord et au Sud de l’île. Le  développement du boom touristique y a inversé le sens du flux migratoire antérieur aux années 1960. Les besoins en main-d’œuvre sont nombreux à la base de la pyramide sociale dans la construction, la domesticité et le jardinage. Dans la démographie, les paisibles familles haïtiennes constituent environ 25% de la population locale qui compte 114 nationalités

Il était une fois en 2004, un petit pays francophone dans la mer des Caraïbes. Sur les armoiries de son drapeau, à la cime d’un palmier flotte depuis deux cents ans le bonnet jacobin.

Pour quoi faire ?

Kompas_1

(1) Histoire

·         Les Jacobins noirs  – James  C.L.R. – Ed. Caribéennes

·         Haïti Une nation pathétique– Jean Metellus – Ed. Denoël

·         Constitution et lutte de pouvoir en Haïti, tome I:«La faillite des classes dirigeantes (1804–1915) et tome II: «De l’occupation américaine à la dictature macoute (1915–1987), Éditions CIDIHCA, Montréal, Canada

·         Haïti n’existe pas. Deux cents ans de solitude – Christophe Wargny – Ed Autrement –Février 2004

·         Rapport Régis Debray sur les relations Franco-Haîtiennes – Ministère des Affaires étrangères – Janvier 2004

(3) Littérature . Références

·         Jacques Roumain – Gouverneur de Rosée

·         René Depestre – Hadriana dans tous mes rêves – Ed Gallimard

·         Lionel Trouillot – Rue des Pas perdus -  Actes Sud

·         Victor Hugo  – Bug Jargal

·         Les amériques noires – Roger Bastide – Payot

·         André Métraux – Le vaudou haïtien- Ed Gallimard

PDF Download    Envoyer l'article en PDF   

Le nègre et le juif

Crimes contre l’humanité

Earl Etienne est artiste peintre en Dominique. Lorsque je l’ai rencontré près de Roseau son accueil fût chaleureux. Je venais sur son île en reportage et il me proposa de rester quelques jours chez lui. Ce fut une vraie rencontre, je veux dire un échange essentiel dont voici le court récit.

Photo_1

 

 

Le premier soir nous avons parlé de ses techniques de travail et de ses thèmes d’inspiration. Il avait en tête une série de tableaux sur l’île Gorée, minuscule îlet  au large de Dakar au Sénégal. « Mes ancêtres esclaves y

Statut_ile_de_gore

étaient enchaînés dans l’attente du départ  à fond de cale dans les bateaux négriers. » «  Gorée ou saigne mon cœur » disait Léopold Senghor Dans une fane de cocotier, il avait aligné des rangées de petites graines.

- « Tu vois il y en a certaines qui sont blanches , la mélanine  de notre peau se modifie après notre mort. Ces graines là symbolisent tous ceux qui ont été jeté à la mer par dessus bord, parce que malades ou en rébellion, puis mangés par les requins au fond de l’océan » -«  Et leurs âmes ? »  Il me répond qu’elle est retournée en Afrique.

 

Le lendemain matin il m’invite à le suivre. Tout autour de sa maison il a disposé  des cuves, découpées dans des galions .  Il ne les utilisaient pas comme citernes, mais comme grands aquariums. Il en avait cinq . Dans chacunPhoto2 d’eux il a jeté de la nourriture pour les poissons que l’on distinguaient à peine, tant  la  végétation aquatique à l’intérieur était dense.

Son bel aquarium d’appartement m’avait étonné , car d’habitude un aquarium d’intérieur est beaucoup plus limpide.

La veille au soir dans les volutes agréables, je n’ avais pas parlé de Drancy et des convois humains déportés par train de marchandise.  Quelques membres de ma famille y sont passés. Je n’ai rien dit, mais le juif avait compris le nègre.

La mémoire des crimes collectifs se transmet d’une génération l’autre, parmi les peuples qui ont souffert de la barbarie. L’objectif des nazis était l’extermination de toutes les communautés juives européennes. Le décès pendant le voyage  était une moindre souffrance que la mort entassée dans les chambres à gaz, ou la lente agonie des travaux forcés.

Alors, à sa grande stupéfaction, je lui ai dit qu’avec ses aquariums aussi sombres que le fond de l’océan il continuait à nourrir l’âme de ses ancêtres … On peut émanciper son esprit de la condition de l’esclave, mais le traumatisme « des jetés à la mer » ceux qui ne sont pas arrivés au bout du voyage, reste un crime indélébile. Depuis, j’ai appris que certains antillais n’aiment pas déguster les fruits de la mer.

J’ai lu que lorsqu’un bateau négrier arrivait dans le nouveau monde avec moins de 10 % de perte sur la marchandise ( un bon score) , le capitaine était content, obtenant sur la vente de sa cargaison un bénéfice de 350 %.

Ce commerce d’êtres humains, cette marchandisation de l’homme par l’homme à largement ponctionné la terre d’Afrique. Crime multinational, puisque plus de 40 millions de noirs ont été vendus. Traite orientale par les musulmans, celle interne à l’Afrique et les 11 millions de captifs du Commerce triangulaire vers les Amériques.

 

Photo3

PDF    Envoyer l'article en PDF   

Frantz Fanon

PEAU NOIRE , MASQUES BLANCS

 

Chaque fois qu’un homme a fait triompher la dignité de l’esprit,
chaque fois qu’un homme a dit non à une tentative d’asservissement de son semblable,
je me suis senti solidaire de son acte.

Frantz Fanon (1925 –1961)

Frantz_fanon_1 

À Fort de France

Frantz Fanon est né le 20 juillet 1925. Ceux qui l’ont connu jeune décrivent un garçon intrépide, un meneur. Il a dix ans lorsqu’il assiste, avec sa classe, à une cérémonie devant le monument dédié à Victor Schœlcher, le héros célébré pour avoir libéré les esclaves de leurs chaînes ; Fanon dira plus tard son bouleversement lorsque lui fut révélée l’histoire de l’esclavage et la déshumanisation dans laquelle la France avait tenu ses ancêtres.

Je me suis trompé !

 

En 1940, l’Europe est en guerre et la France sous le régime de Vichy. Les Antilles accueillent l’Amiral Robert qui a quitté Brest avec une partie de la flotte de guerre française. A la fierté des Martiniquais succède vite le désenchantement : l’Amiral Robert applique avec rigueur les directives de Pétain (suppression des élections, interdiction des syndicats et des mouvements politiques …) En 1943, faisant sien le NON gaullien, Fanon rejoint les Forces Françaises Libres. Le fils d’esclave s’engage pour libérer les fils de ceux qui avaient fait enchaîner ses aïeux. À ses amis qui lui disent que cette guerre n’est pas la leur, que les Nègres n’ont rien à y faire, Frantz Fanon répond : “Chaque fois que la dignité et la liberté de l’homme sont en question, nous sommes concernés, Blancs, Noirs ou Jaunes, et chaque fois qu’elles seront menacées en quelque lieu que ce soit, je m’engagerai sans retour.

Il le fit, mais fut vite déçu. Sur le théâtre de guerre métropolitain, il constate l’indifférence des Français à l’engagement des siens. Il est Nègre et considéré comme tel. Profondément blessé, il s’écrie : “Je me suis trompé !“.

Peau noire, Masques blancs.

Fanon survit aux épreuves de la guerre. Démobilisé, il retourne aux Antilles, passe son bac, et revient à Lyon s’inscrire en Faculté de médecine. C’est une période de lectures et de rencontres.

Le sujet de sa thèse, “Essai pour la désaliénation du Noir“, reflète ses propres interrogations : « quel peut être pour le Nègre un destin qui ne soit pas celui du Blanc ? Son travail se construit comme un essai anthropologique et psychologique, développant la perspective phénoménologique d’un “exister” du Nègre qui peut être autonome et distinct des valeurs posées comme universelles par les Blancs. La thèse est refusée, pour des raisons autant de fond que de forme. Frantz Fanon change alors de sujet et rédige une thèse insipide sur “un cas de dégénérescence spino-cérébelleuse ou maladie de Friedrich“. »

« Il reprend ensuite le texte de sa thèse initiale, change son titre qui devient “Peau noire, masques blancs” et fait publier l’essai aux éditions du Seuil grâce au soutien de Francis Jeanson. C’est un texte dense, lapidaire, fait de courts énoncés dont chacun mériterait un long développement. »

Livre_1_ff

En voici la conclusion en forme de profession de foi : “Moi, l’homme de couleur, je ne veux qu’une chose :
Que jamais l’instrument ne domine l’homme. Que cesse l’asservissement de l’homme par l’homme. C’est-à-dire de moi par un autre. Qu’il me soit permis de découvrir et de vouloir l’homme, où qu’il se trouve. [...] Mon ultime prière : mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge !

La souffrance du colonisé en métropole

En 1951, en même temps qu’il termine ses études de médecine, Fanon fait publier dans la revue Esprit un court essai intitulé “le syndrome Nord-Africain“. « Il a probablement eu à rédiger des expertises sur des situations qui mettaient au premier plan l’expression somatique du mal-être de l’immigré maghrébin et les problèmes posés par sa sexualité. De cette expérience, il livre le constat d’une relation de soin où le médecin métropolitain reçoit le consultant maghrébin avec un préjugé racial. Il indique que le comportement du Nord-Africain – par son inadaptation au monde dans lequel il vit – provoque souvent de la part du personnel médical une attitude de défiance quant à la réalité de sa maladie, que celui-ci est perçu avec un a priori de “race feignante”, qu’il triche sur ses symptômes pour n’en chercher que des bénéfices et que l’attitude préalable des soignants est avant tout de le pousser hors de l’hôpital où il est soupçonné de vouloir trouver refuge pour ne pas travailler. »

En Algérie

En juin 1953, Fanon est nommé médecin-chef à l’hôpital psychiatrique de Blida. A son arrivée l’hôpital est à l’image de la psychiatrie coloniale avec une séparation radicale des malades mentaux indigènes  et des malades mentaux métropolitains. « La conception dominante qui prévalait alors en Algérie était que le malade mental métropolitain était accessible à la guérison, mais que l’indigène était incurable, voué à la maladie, sous le prétexte que ses structures diencéphaliques écrasaient toute possibilité d’une activité corticale développée. En dépit de l’hostilité qu’on imagine, Fanon se lance dans la rénovation institutionnelle de ses services. Sous son impulsion, le pavillon des femmes européennes se métamorphose rapidement. »

« Fanon se hâte ensuite d’apporter ces mêmes orientations dans le pavillon des hommes indigènes. C’est un échec. Analysant cet échec il comprend que les indigènes ne peuvent répondre à une approche socio-thérapique qui se fonderait sur un modèle occidental : si la chorale ne marche pas c’est parce que les chanteurs au Maghreb sont des professionnels itinérants qui n’appartiennent pas au groupe, si l’atelier de vannerie est déserté c’est parce que c’est une activité réservée aux femmes, si l’organisation d’une crèche à Noël n’attire personne, c’est parce que c’est une fête chrétienne et non musulmane. Il organise le pavillon autour du modèle culturel indigène et installe dans le service un café maure, les décorations font référence au patrimoine et à la culture locale et non plus aux paysages et aux monuments de France. »

« Parallèlement, Fanon donne une impulsion à la psychiatrie en milieu ouvert et met en place une unité qui prend en charge en un même lieu les patients d’origine métropolitaine et les patients maghrébins. Il organise la formation des personnels infirmiers ainsi que des rencontres universitaires. » C’est à cette époque qu’il noue des contacts avec le FLN.

L’engagement dans le F.L.N.

A Blida, Fanon a donc amorcé un vaste mouvement qui vise à repenser la psychopathologie en fonction des repères culturels des Algériens. Mais la vie de l’hôpital est profondément perturbée par le développement de la guerre de libération. Fanon reçoit un nombre important de patients dont la pathologie est directement liée aux hostilités.

la colonisation, dans son essence, se [présente] déjà comme une grande pourvoyeuse des hôpitaux psychiatriques [...] Il y a donc dans [la] période de calme de colonisation réussie une régulière et importante pathologie mentale produite directement par l’oppression. Aujourd’hui la guerre de libération nationale que mène le peuple algérien depuis sept ans, [...] est devenue un terrain favorable à l’éclosion des troubles mentaux“.

Dans ce passage de l’ouvrage Les damnés de la terre, Frantz Fanon ajoute : “Nous [signalons] que toute une génération d’Algériens, baignés dans l’homicide gratuit et collectif avec les conséquences psychoaffectives que cela entraîne, sera l’héritage de la France en Algérie“.

« Fanon va progressivement s’engager totalement avec le FLN. Bien qu’il conserve une importante activité clinique, les événements le poussent à un nouvel engagement pour défendre, comme en 1943, “la liberté et la dignité de l’homme” ».

La rupture

Précipité par la menace d’une répression, son hôpital étant considéré comme un lieu de refuge des combattants du FLN, Fanon présente sa démission. Le courrier qu’il adresse en 1956 au Ministre Résident est un bilan :

Si la psychiatrie est la technique médicale qui se propose de permettre à l’homme de ne plus être étranger à son environnement, je me dois d’affirmer que l’Arabe, aliéné permanent dans son pays, vit dans un état de dépersonnalisation absolue.

Le statut de l’Algérie ? Une déshumanisation systématisée

Les évènements d’Algérie sont la conséquence logique d’une tentative avortée de décérébraliser un peuple.

Il n’était point exigé d’être psychologue pour deviner sous la bonhomie apparente de l’Algérien, derrière son humilité dépouillée, une exigence fondamentale de dignité. Et rien ne sert à l’occasion de manifestations non simplifiables, de faire appel à un quelconque civisme.

La fonction d’une structure sociale est de mettre en place des institutions traversées par le souci de l’homme. Une société qui accule ses membres à des solutions de désespoir est une société non viable, une société à remplacer.

L’engagement révolutionnaire

Fanon quitte Blida pour rejoindre Paris. Peu après, un arrêté d’expulsion est émis à son encontre. Il part pour Tunis où il ménera une double activité, psychiatrique et politique. Il fonde un centre neuro-psychiatrique de jour à l’hôpital de La Manouba où il poursuit son travail de rénovation des pratiques de soin. Parallèlement il est intégré dans le service de presse du FLN et rédige régulièrement des articles pour le journal El Moudjahid. Il voit au-delà du conflit algérien et envisage la question de la décolonisation pour l’ensemble de l’Afrique. À partir de 1959, nommé ambassadeur itinérant du Gouvernement provisoire de la République algérienne, il multiplie les voyages et les conférences.

En décembre 1960, des examens de santé révèlent une leucémie. Il a encore beaucoup à dire mais il sait que le temps lui est désormais compté. Il dicte dans la hâte le livre qu’il avait en projet et qui s’intitulera Les damnés de la terre. Il y inclut un long chapitre sur les troubles mentaux liés aux guerres coloniales qui associent des observations de troubles mentaux chez les victimes de torture de la part des forces coloniales, comme des observations de troubles mentaux chez les personnels des forces de police qui commettent ces actes de barbarie.

Son état de santé s’aggrave ; il part se faire soigner aux Etats-Unis. Lors d’une courte escale à Rome, il rencontre Jean-Paul Sartre qui rédige une préface pour son livre. Il reçoit les premiers exemplaires trois jours avant sa mort. Peu avant il avait écrit dans une longue lettre à un ami : « … Nous ne sommes rien sur terre si nous ne sommes d’abord les esclaves d’une cause, de la cause des peuples, la cause de la justice et de la liberté. »

Il est enterré en terre algérienne. Aujourd’hui, l’hôpital de Blida porte son nom.

 

Racisme et culture

“Le racisme (…) n’est qu’un élément d’un plus vaste ensemble : celui de l’oppression systématisée d’un peuple. Comment se comporte un peuple qui opprime ? Ici des constantes sont retrouvées.

On assiste à la destruction des valeurs culturelles, des modalités d’existence. Le langage, l’habillement, les techniques sont dévalorisées. Comment rendre compte de cette constante ? Les psychologues qui ont tendance à tout expliquer par des mouvements de l’âme, prétendent retrouver ce comportement au niveau de contacts entre particuliers : critique d’un chapeau original, d’une façon de parler, de marcher …

Les lignes de forces, écroulées, n’ordonnent plus. En face un nouvel ensemble, imposé, non pas proposé mais affirmé, pesant de tout son poids de canons et de sabres.

La mise en place du régime colonial n’entraîne pas pour autant la mort de la culture autochtone. Il ressort au contraire de l’observation historique que le but recherché est davantage une agonie continuée qu’une disparition totale de la culture pré-existante. Cette culture, autrefois vivante et ouverte sur l’avenir, se ferme, figée dans le statut colonial, prise dans le carcan de l’oppression. A la fois présente et momifiée, elle atteste contre ses membres. Elle les définit en effet sans appel. La momification culturelle entraîne une momification de la pensée individuelle. L’apathie si universellement signalée des peuples coloniaux n’est que la conséquence logique de cette opération. Le reproche de l’inertie constamment adressé à “l’indigène” est le comble de la mauvaise foi. Comme s’il était possible à un homme d’évoluer autrement que dans le cadre d’une culture qui le reconnaît et qu’il décide d’assumer.”

Les principaux ouvrages écrits par Frantz Fanon sont :
Peau noire, masques blancs, éd. Seuil, 1952.
Les damnés de la terre, 1961, rééd. La Découverte 2002.
Pour la révolution africaine, éd. Maspéro, 1964 rééd. 1979.
L’an V de la révolution algérienne, réédité en 1966 sous le titre “Sociologie d’une révolution”.

PDF Creator    Envoyer l'article en PDF   

Léopold Sédar Senghor

Hommage à la Femme Noire

L_s_senghor 2006, Année Senghor : Léopold Sédar Senghor aurait eu 100 ans

  ” Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J’ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu’au cœur de l’Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle

Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fait lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée

Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.

Délices des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or rongent ta peau qui se moire

A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

Jean_valette_3 Fine Art Photography Gallery from the Caribbean by Jean Vallette , Saint-Martin

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Eternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie. ”

Ngresselouvre_1

Portrait d’une femme noire – de Marie-Guillemine Benoist (1768 – 1826) Le Louvre

Exposé au salon de 1800, ce portrait représenterait une domestique ramenée des îles par le beau-frère de l’artiste.

Ce tableau renvoie à la leçon de David qui fut le maître de Madame Benoist : attitude du modèle, fond discret, sobriété efficace du graphisme et du coloris.

PDF Writer    Envoyer l'article en PDF   

Carnaval tropical

 

    C01_1

On est venu pour voir le défilé, ça c’est sûr on va bien s’amuser…

Chaque année, en Mars à Marigot et en Avril à Philipsburg, la Friendly Island est en fête.

C204

C203

C120

C121

C301

C302

C307 C304

C305

C310

C311

C306_2

C308

C314_1

C301_1

C317

C319

C320

C312

C313

C316_1

C318

C300

C00

Chaque troupe a son dessinateur, ceux de Trinidad sont réputés aux Antilles. Une fois les modèles choisis, chaque participant achète son costume dont le prix s’échelonne entre 300 à 1000 €.  Ils pourront ensuite être utilisés à l’occasion de déplacements de la troupe dans d’autres Carnavals, ou revendus à des groupes des îles voisines. Chaque troupe doit également disposer d’une plate-forme mobile ( Music Truck) et verser 4 000 € à l’indispensable orchestre rythmant les danses.

En vue des journées de parades, il y a au moins deux défilés (plus celui des enfants), chacun se prépare physiquement comme un marathonien deux mois à l’avance. Régime alimentaire et marches quotidiennes matin et soir.

Durant la parade se réalise la grande métamorphose attendue qui est au cœur de la motivation de chaque participant.

Dès qu’on revêt son costume on est une autre personne, comme une chrysalide devenue papillon. On n’est plus soi-même. Une âme nouvelle vous envahie née de la danse, la chaleur, le rythme et les décibels de la musique et la massive présence du public. Les milliers de regards fascinés le long du parcours, comme sur une grande scène de Music Hall, ouvrent la porte d’un royaume qui a pour non  EUPHORIE.

http://www.pimkey.com/~toilemet/tmag2/voir2.htm

PDF Download    Envoyer l'article en PDF   

Voyage au jardin d’Eden

award.1174454657.jpg

LES FRUITS DE LA DOMINIQUE

Reportage  publié dans le magazine DISCOVER  et primé à New York ( Best Worldwide CTO Travel-Writer-Photographer in 2oo4)