Cristina de Colombia

Proverbe africain :  « Aussi longtemps que les lions n’auront pas leur historien, les récits de chasses tourneront toujours à la gloire du chasseur. »

Vendredi dernier Cristina  a quitté Bonaventura, petite ville de Colombie près de Cali au sud  de Bogota. Elle a 25 ans, deux enfants. Pour la première fois elle s’éloigne sa terre natale, destination Saint Martin. Des amies y travaillent. Chaque semaine leurs familles reçoivent des précieux dollars aux guichets de la Western Union. Bonaventura, Cali, Bogota… Pas de travail, pas d’argent. Un emploi à plein temps ça rapporte l’équivalent de 280 € par mois.  Au téléphone ses amies lui ont tout expliqué. Alors, pourquoi pas elle ?

Migration. Comme les oiseaux elle s’envole vers des contrées propices où il fait mieux vivre, puisqu’on y trouve de quoi alimenter sa famille restée au nid. L’instinct maternel. Pour le billet d’avion Cristina a  emprunter avant de partir à l’employeur qui l’accueille en promettant de rembourser vite. Dans la fille d’attente au contrôle d’arrivée, à l’aéroport  international de Sint Maarten, elle refait ses comptes. Depuis que son conjoint a quitté le domicile, elle doit tout assurer : les deux enfants, ses deux sœurs , son père, sa mère, les factures d’eau,  d’électricité, le téléphone, le loyer, l’école des enfants, les soins médicaux et l’alimentation quotidienne.

Avec 500 000 pesos elle n’y arrive plus. Elle a décidé de partir pour construire sa maison. Elle est venue à St Martin pour gagner beaucoup d’argent. Environ 5 millions de pesos par mois. Dix fois plus. Le miracle.

Au milieu des touristes  elle attend le contrôle de police de l’aéroport. Au bout des bras, une petite valise roulante. Au guichet, la réglementation internationale est la même pour tous. Procédure : présentation de la fiche d’immigration, du passeport et du billet de retour.  Elle a écrit qu’elle descend à l’hôtel du Petit Château. Tout est en règle, coup de tampon. Une nouvelle page se tourne.

PAS DE PLACE POUR LE RÊVE

A l’hôtel du Petit Château, le prix de la chambre est de 1 200 dollars par mois. Comparé aux hôtels cinq étoiles c’est un bon prix. On ne lui demande pas de payer d’avance. Juste 1000 à  1500 dollars en échange de  trois mois de contrat. Le loyer quotidien : 40 dollars. Il y a parfois deux lits dans la chambre. L’autre fille paye la même somme. Elle va pouvoir travailler. Ici l’argent circule, c’est pas comme en Colombie où il n’y a pas de travail.

 Les hommes payent les femmes pour assouvir leur sexualité. Ils viennent le soir à l’hôtel du Petit Château, il y a trente chambres. Les filles les attendent autour du Bar. Le choix est large pour le client. Si elle est choisie quatre fois, elle gagnera environ 150 dollars. Son budget idéal est le suivant : 25% pour la chambre, 15% pour ses frais quotidiens et 60% pour la famille. Les tous premiers clients c’est difficile. Pour Cristina c’est la première fois. Mais il n’y a pas de répit. La période d’essai ne dépasse pas trois jours. Quotidiennement il faut payer la chambre, celle où elle va travailler et dormir. Elle doit  immédiatement se rendre à la consultation avec contrôle sanguin chez le docteur à Philipsburg et lui régler 40 dollars. Ensuite, consultation obligatoire hebdomadaire  pour 10 dollars. Le médecin fait son métier. Il ne se soucie pas de savoir si la jeune femme a une autorisation de travail, ni si elle bénéficie de l’assurance maladie. Du moment qu’il perçoit ses honoraires …

Les premiers jours au bordel, les copines sont là pour réconforter . Dans un gynécée d’une trentaine de femmes les petits groupes d’affinité sont stables. Souvent, la tristesse et la fatigue se lisent sur le visage des filles de joie. Ces jeunes colombiennes sont gaies par tempérament, fières de pouvoir enfin subvenir aux besoins  et à l’éducation des enfants restés au pays. Elles envoient au minimum 2 000 $ par mois, dix fois plus que le salaire mensuel moyen colombien. La famille ne sait pas toujours le vrai travail de Cristina. 

 CHERCHEZ LA VICTIME

Le loyer quotidien varie entre 30 et 40 dollars. La chambre  ne dépasse pas 10 m². Souvent partagée avec une seconde fille. Pour 2 400 $ dollars par mois, il y a juste un châssis en bois, un matelas, pas de ventilation ni armoire . La douche, le lavabo et les waters sont partagés avec la chambre contiguë. La plomberie est dans un état lamentable. C’est au « locataire » de réparer à ses frais … 

Esclavage moderne. Ce loyer inclus un frugal repas de midi : l’heure du petit déjeuner pour les belles de nuit. L’oiseleur paie 500 dollars le contrat officiel avec la police de l’immigration.   Nous l’avons souligné, il n’y a pas de médecine du travail pour ce métier exposé. Le plus vieux métier du monde, n’est pas réglementé. Sauf en Hollande, mais du côté de Philipsburg où sont implantés les sept bordels on n’applique pas le cadre légal de référence du royaume d’Orange pour les filles du Port d’Amsterdam.

 

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2 thoughts on “Cristina de Colombia

  1. Fred

    il y a une certaine poésie qui se dégage des
    photos. Les filles dépeintes sont très loin des clichés, de la force, pas de vulgarité. On voit des femmes, des jeunes filles, des êtres humains. Aucune connotation péjorative ne se dégage.

    La fille qui suce le doigt, est assez atendrissante, on se demande ce qu’elle fait là, puis tous ces peluches, laisse penser que ces filles ne sont pas encore sorties de l’enfance (ou de leur rêve) elles ne sont pas éteintes, il y a de l’espoir en elles, et j’ai aussi cette impression que le travail qu’elles font ne déteint pas sur elles.
    Elles sont dignes.

    Fred

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