Voyage au jardin d’Eden

award.1174454657.jpg

award.1174454657.jpg                     LES FRUITS DE LA DOMINIQUE


Reportage  publié dans le magazine DISCOVER 
et primé à New York Best Worldwide CTO Travel-Writer-Photographer  (in 2oo4)  

              discover       

Quand il aura fait tomber le dernier arbre,

 contaminé le dernier ruisseau, pêché le dernier poisson

 L’homme s’apercevra que l’argent n’est pas comestible !

 Très tôt, j’ai brièvement tâté du fruit Tropical. « Décrivez sa saveur ! » J’avais onze ans. C’était au début des années soixante. Première année de lycée, première rédaction. J’habitais Paris. Maman m’a emmené dans les beaux quartiers. On a trouvé une mangue chez Hédiard l’épicier de luxe place de la Madeleine.

Quarante ans plus tard sous les Tropiques, un jour tranquille dans mon hamac dégustant une mangue, j’ai eu envie d’écrire mes sensations. C’est comme ça que le souvenir oublié du puceau littéraire m’est revenu.

La mangue fraîche est charnue, juteuse et gorgée de soleil. Quand on la suce tendrement en fermant les yeux pour mieux sentir, elle est suave et sucrée.  Comme une femme dont le bouton palpite et bourgeonne sous la langue serpentine d’un amant goulu, enivré de plaisir à sucer ce fruit paradisiaque. Un ami notaire de Sint Maarten qui partage mes goûts féminins, m’a signalé qu’un Calypso de Trinidad évoque cette image du fruit défendu. Le pêché d’Eve !

Autre découverte tropicale pour mieux bander les émotions de la vie quotidienne : l’infusion naturelle aux racines de gingembre. Avis aux adeptes de la béquille chimique avalant la pilule bleue pour faire grimper l’ascenseur dans sa montée vers le septième ciel.

Je n’oublierai pas le fruit de la passion.  Il se coupe en deux. Avec une cuillère, vous le dégustez, comme du caviar dont il a l’aspect. La patate douce une fois cuite me rappelle la saveur des marrons glacés. Les visiteurs trouvent à St Martin des boutiques de luxe « French’ Touch » de prêt à porter, parfums, vins, montres et bijoux. Rien que des grandes marques hors taxes pour les bourses pleines. L’île est un port franc.

Mais qui sait que les meilleurs fruits exotiques se trouvent pour trois fois rien sur les étales du Marché public de Marigot le long du front de mer ? Le marché jouxte une statue de Martin Lynn, offerte par un mécène américain pour rendre hommage aux doudous antillaises. La femme  est en pierre, j’en connais une vraie. Elle s’appelle Miss Olive. C’est la maman des Hucksters de la Dominique.  

[ HUCKSTERS Terme anglais qui désigne ceux qui pratiquent le commerce agricole entre les îles. Ils achètent aux paysans les produits de leur récolte, dans le but d’une revente (directe ou par intermédiaire) au consommateur final d’une île voisine, après transport maritime.]

Miss Olive

Miss Olive

Elle  livre St Martin par bateau en fruits et légumes. L’un d’eux a fait naufrage, elle était à bord. Aujourd’hui elle a 82 ans. Vaillante, chaque semaine elle nous apporte la fraîche récolte de son île naturelle.

Mais, depuis quelques années  viennent d’Europe et des Etats Unis des avions la soute pleine de victuailles à 3 euros le kilo de fret. Ces produits de l’industrie agroalimentaire sont vendus dans les supermarchés locaux équipés pour la chaîne du froid. Le personnel de vente s’y enrhume malgré les chauds vêtements enfilés le temps du travail.

J’ai fait le voyage jusqu’au Jardin d’Eden au pays d’Olive et de ses merveilles. J’y ai passé quatre semaines, un Coolpix Nikon numérique à la  ceinture, un téléphone portable pour les rendez-vous. A trois reprises on m’a demandé si j’étais de la CIA, ce qui vous l’avez deviné prouve que mon anglais s’améliore ! Puis j’ai pris les sens interdits pour accéder aux chemins de traverses. Reporter sans frontières.

CAP AU SUD

Pour partir, le Capitaine  Conrad Cornelius m’a accepté à bord du « Pride la Dominique » Son Cargo rouillé est plus grand et plus puissant que le petit « Grace Olive » à  coque verte de Miss Olive. Ces bateaux font la liaison hebdomadaire pour fournir  35  tonnes de fruits et légumes frais.  Trois cent vingt kilomètres, soit 170 milles nautiques, séparent les deux îles.

Sur le bateau du Capitaine Conrad

Sur le bateau du Capitaine Conrad

On a levé l’ancre à 16 heures. Cap plein Sud. A bord en plus du Capitaine, trois jeunes hommes d’équipage, une douzaine de Hucksters et Leana la fille d’Aline qui partait en vacances. Aline est dominicaine immigrée. Elle habite Sucker Garden dans un petit deux pièces sans salle de bain. Femme de ménage chez les blancs, trois fois par semaine aux cours du soir elle apprend la comptabilité. Je lui ai promis de photographier la maison que son père Marcelinus vient de construire à Portsmouth avec l’épargne qu’elle a envoyée. Six ans qu’elle n’est pas revenue au pays où son fils est resté avec grand-mère.

Pendant la nuit, le ronflement des moteurs couvre celui du Capitaine endormi devant l’écran GPS. Guidé par satellite, le bateau avance dans la nuit noire sur la mer agitée. J’ai passé une nuit blanche à contempler les étoiles. C’est un dur métier le commerce maritime de proximité. Sans lui pas d’exportations ni de produits importés au retour.

Avant le lever du jour on a longé le profil sombre de Montserrat et son volcan récemment réveillé. Une partie du territoire brûlée et dévastée par l’éruption est désormais interdite. On a accosté à 14 heures après avoir longé la Guadeloupe voisine en début de matinée. A l’arrivée à Portsmouth, monté sur le toit de la cabine à hauteur du pavillon j’ai imité  Christophe Colomb. La grande récompense au terme de vingt heures de voyage inconfortable. Depuis le génois rien n’a changé. Toujours le même saisissant paysage tropical dominé par la dense forêt verte. Les pentes des montagnes courent jusqu’au littoral où les habitations sont bâties le long de la mer. Superficie : 750 km2. Dix fois St Martin.

La vitesse de l’avion brouille les distances. Notre corps arrive plus vite que notre âme, et derrière le hublot on ne voit rien venir. Sur une île il faut arriver en bateau. Ceux déportés d’Afrique ne sont pas tous arriver à la fin du voyage.

Marcellinus

Marcellinus

PORTSMOUTH

J’ai prévu de rester quatre semaines en vivant au plus près des gens, en dormant chez eux. Marcelinus a mon âge il a franchi le demi-siècle. Il possède une paire de bottes, une machette trois points, un lopin de terre, quelques vaches, et vingt cinq chèvres. Pas de brouette, pas de voiture pick-up ni tracteur.

La lenteur des longues marches à pied tout terrain. Rien que son corps solide robuste et musclé, forgé depuis l’enfance au labeur sous les rayons du soleil de la zone tropicale ; dans cette région où sentent bon les fleurs, les fruits et les épices. Le Nord n’y a pas encore pénétré avec son cortège infernal de  béton, d’embouteillages, son mode de vie stressé et son industrielle pollution.

 Le 4 x 4 de Marcelinus c’est deux jambes et deux pieds. Quarante minutes tôt matin pour rejoindre la parcelle de terre d’où il tire son pain quotidien. Une vie saine, celle des hommes de la nature, avant les villes. Il a cueilli une orange, épluché la peau en long ruban puis coupé le fruit en deux pour le partage. Simple geste d’amitié fraternelle. Au retour sous l’ondée, la terre est glissante.

Il me précède droit comme un prince, sa caisse  remplie de bananes. Un demi-quintal (50 Kg. / 1 cwt.) en équilibre sur la tête avec un coussinet de feuilles séchées pour confort. Ironique, il me dit de faire attention à ne pas tomber.

Ma Pampo

Ma Pampo

On s’est arrêté au débit de boisson à côté de chez Ma Pampo. C’est la doyenne de l’humanité : 126 ans. Ils sont une douzaine de centenaires pour 70 000 habitants. Alors, je  me suis mis au régime « local juice » L’énergie du fruit pur. Devant une  télé fatiguée, cinq hommes suivent un match de cricket.  La Dominique était anglaise avant son indépendance. Le tour cycliste de l’île vient d’être annulé, les vélos de l’équipe nationale sont en état piteux. L’économie locale ne va guère mieux.

Le risque Cyclonique est  prétexte pour la CIA à disqualifier la production agricole de la Dominique. C’est écrit dans la fiche de synthèse consultable sur Internet. En clair : les investissements sont déconseillés. Cuba forme les jeunes dominicains à la Médecine (docteurs et infirmières) L’ambassade du Venezuela de Chavez est présente à Roseau. Deux états que l’Empire n’aime pas.

DU PEU EN GRANDE QUANTITÉ

Les peuples du Sud ont beaucoup de peu. Du peu en grande quantité comparé à l’amas de produits qui jonchent les grands continents du Nord au-delà des vrais besoins. A Roseau la capitale, un building gouvernemental neuf est prêt à accueillir des investisseurs. Six étages actuellement vides, connectés et câblés.

Sur cette île autonome depuis 1978 et membre du Commonwealth, environ 70% de la classe d’âge active est en diaspora à l’étranger : Guadeloupe, Antigua, St Martin, New York et Boston, Londres et Birmingham. Les premiers partis en Europe dans les années d’après-guerre reviennent après 40 ans d’Angleterre. Ils bâtissent des maisons, dix fois plus grandes que la case en bois leurs ancêtres.

Maître David Bruney, attorney et notaire revenu diplômé d’Angleterre, analyse la situation. « Le statut quo paralyse la Dominique. Les riches ? Au sommet, trois familles commerçantes dominent l’île. Les partis politiques ? Ils sont peu compétents et divisés. Les ministres sans formation se succèdent accumulant les échecs de projets avortés. Les fonctionnaires ? Cette « middle class » perçoit des salaires garantis dans une structure administrative figée. Le statut quo de la tranquillité. »

Roseau

Roseau

Le personnel politique est mal en point. Un Premier ministre est mort dans des conditions troubles. Son remplaçant a disjoncté revenant de Taiwan. Transport d’urgence dans un hôpital de la Martinique voisine mieux équipé que l’hôpital Princesse Anne de Roseau. A son retour l’attendait le vote d’un budget déficitaire. La responsabilité use les hommes motivés mais incompétents. Les importations l’emportent sur l’exportation. Contrairement aux besoins de stimulation de la croissance interne, un train de diverses  taxes va  réduire le peu de consommation du peuple, pour payer les salaires du secteur public et les remboursements d’emprunts. Le PNB moyen par habitant est de 4 000 $.

AGRICULTURE NATURELLE

Au milieu de l’océan, les nuages accrochent le haut des montagnes, arrosant la terre et la végétation de leur pluie saine. On dit que la Dominique compte 365 rivières. De quoi vivre chaque jour des bienfaits de la nature insulaire et fournir de l’hydroélectricité. Ils sont 8 500 paysans, dont 1 600 femmes, à travailler la terre volcanique et fertile.  Un quart ont moins de 35 ans, 42 % entre 35 et 54 ans, un tiers ont plus 55 ans. Ils  ne possèdent pas plus de  4 hectares ( 10 acres) Un peuple solide et courageux, travaillant la terre fertile et la végétation luxuriante, la tête haute et couronnée, comme Marcelinus, des meilleurs fruits et légumes de notre planète bleue.

 basket

Tout est organique et pousse au rythme naturel. Le tampon du certificat phytosanitaire qui accompagne les produits frais pour l’exportation ne suffit pas aux normes du commerce mondial imposées par les conglomérats des pays du Nord. Le consommateur final est dupé par les barquettes, les emballages, les codes barre et la rondeur calibrée des fruits et légumes transgéniques sans saveur.L’industrie agroalimentaire et ses ingrédients chimiques conduisent à la mal bouffe, l’obésité et à catastrophes sanitaires systémiques. L’esbroufe du packaging pour gondoles de supermarchés exclue les fruits de la Dominique et ses milliers d’agriculteurs du marché mondial. Deux fermes coopératives, neuf fermes d’Etat, c’est bien trop peu pour que le secteur agricole qui emploi 40% de la population active fasse vivre le pays en équilibrant par l’export les produits manufacturés qu’il ne possède pas.

Côte Est

Côte Est

L’histoire se répète. Les colonies ont été dépossédées du sucre brun (la canne) au profit du sucre blanc (la betterave que les laboratoires poussent à 17% de sucre) On retrouve l’impératif de vitesse derrière les gains de productivité. Faire pousser plus vite que le cycle naturel, produire d’avantage avec des usines automatiques. Paysans et ouvriers d’Europe disparus ou en chômage, agriculteurs du Sud et des îles de nouveaux menacés.

Ce secteur agricole est brimé au-delà de ses frontières. A St Martin par exemple, il subit depuis janvier 2002 un mauvais traitement de la Municipalité qui fait chuter la ligne d’exportation maritime de – 30%. Les ailes souvent nous manquent, mais nous avons toujours assez de force pour tomber. Pourquoi ne pas aider nos voisins du Sud à exporter leurs fruits et légumes rares et savoureux dans les soutes des avions du Nord qui repartent le ventre vide ?

ESPOIRS

Au sud de l’île à Pointe Michel, Joseph Peltier cultive et exporte des ananas. Il est le premier à avoir obtenu le certificat international de ferme organique. Ce pionnier associé à des investisseurs canadiens amoureux de la Dominique a reconstruit la ferme en ruine bâtie en 1919 par ses beaux-parents. Elle accueillera bientôt des vacanciers en écotourisme. Le tracteur est neuf. L’électricité est produite par énergie solaire.

rastananasDe bras en bras, comme un ballon de rugby, les ananas arrivent jusqu’au pick-up. Dans quelques jours ils seront à la Barbade dans les hôtels de luxe pour touristes. Joseph confie la ferme à un autre agronome pendant ses voyages de prospection commerciale. Sept autres fermes sont en période probatoire avant leur certification qui ouvrira la garantie pour l’exportation.

Depuis 1944 la compagnie Bello met de la valeur ajoutée à la matière première fournie par plus de 500 agriculteurs. Très bien équipée pour le conditionnement elle emploie cinquante salariés. Ses sirops concentrés, ses confitures, ses sauces épicées renommées s’exportent en Europe, dans la Caraïbe, et aux USA où le magazine Barbecue Business a décerné un premier prix pour ses sauces épicées.

Un secteur d’activité est très prometteur, celui du Tourisme vert, dont l’accueil en Guest Houses est de nature à répondre au plaisir de vacanciers sportifs amoureux de la Nature. En 1997 l’Unesco a inscrit la Dominique sur sa liste du patrimoine mondial. Une forêt tropicale luxuriante est associée à des caractéristiques volcaniques d’un grand intérêt panoramique et scientifique dans le Parc national centré sur le Morne Trois Pitons, volcan qui culmine à 1342 m. Je l’ai parcouru, avec l’aide de David Williams, de la direction des forêts. Une équipe de vingt cinq techniciens a la responsabilité de la qualité de l’eau, de la bio diversité, de la vie sauvage, des forêts et du Parc National. Avec des pentes escarpées, des vallées étranglées, 50 fumerolles et des sources d’eau chaude, trois lacs d’eau douce, un « lac bouillonnant », cinq volcans répartis sur les 7000 hectares du site et la diversité biologique la plus riche des Petites Antilles, le Parc national de Morne Trois Pitons présente une combinaison rare de caractéristiques de patrimoine mondial.

 186Me promenant seul dans les chemins  longeant des rivières où je me suis baigné, retrouvant la lenteur et la fatigue de la marche à pied, ramassant la mangue mûre tombée de l’arbre, en flânant j’ai pensé à la vraie solitude. Celle de chaque citadin des mégapoles, perdu dans la foule innombrable. Anonyme à côté des inconnus qui le croisent sans lui sourire lui parler ni même le voir. J’ai épluché le fruit avec mes dents, dégusté la pulpe charnue et son jus délicat, puis jeté par terre le noyau et la peau. Sans attendre de nouvelles pousses. Ce geste ancestral est répété quand après avoir bu le contenu industriel d’une canette en aluminium ou une bouteille en verre, on oublie que l’emballage n’est pas bio-dégradable et naturellement recyclable. Quand les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.

LE TERRITOIRE RÉSERVÉ AUX AMERINDIENS

C’est en juin 1903 que les descendants des amerindiens ont obtenu leur propre territoire en Dominique. Aujourd’hui, ils sont 3 000 à vivre en harmonie avec la nature, au Nord Est de l’île. Pour commémorer ce centenaire, 2003 arbres seront plantés. La sève qui coule dans les arbres transporte le souvenir des amérindiens bercés par le doux son du vent dans les feuillages. C’est peu dire que la discrétion de cette communauté m’attire avec un profond respect. De leur passé, ils ne connaissent que le témoignage écrit par le père Raymond Breton au milieu du XVII° siècle. Les trois journées à côté d’eux, trop rapidement vécues au terme de ce premier voyage ne resteront pas sans suite. J’ai écouté Kent et Irvince Auguiste.

Chez les Kalinagos

Chez les Kalinagos

Mon bonheur naît sur des aventures, des conduites de projets dont la seule monnaie d’échange serait de pouvoir tendre mon hamac, là bas dans la nuit paisible sous le ciel étoilé. Tout ce qui arrive à la Terre, arrive aux fils de la Terre. Ce n’est pas l’homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil fragile.

166

 

PDF24    Envoyer l'article en PDF   

One thought on “Voyage au jardin d’Eden

  1. My journey to the garden of Eden

    The fruits of Dominique

    When the last tree has been cut down
    When the last river has been contaminated
    When the last fish has been pulled out of the sea
    Then man will notice that the money is not edible!

    Very early in my life, I tasted a tropical fruit and I was asked to  » Describe the flavor! »
    I was eleven years old, in the beginning of the sixties. It was my first year of secondary school, my first editorial mission. I was living in Paris and my mother took me on an outing to the posh districts of Paris, we bought a mango at Hédiard, the luxury grocer’s shop in La Place de la Madeleine.
    Forty years later in the Tropics, during a quiet day in my hammock I found myself eating a mango and I wanted to write about my sensations.
    It was at this moment that the long forgotten memory of my literary mission came back to me.

    The mango is fleshy, juicy and bursting with sunshine. Sucking it gently, with my eyes closed, I found myself savoring the sensation, tasting its sweetness and appreciating the succulent flavor.
    The passion fruit is equally delicious, cut in two and eaten with a spoon, you savor the taste, its appearance resembles caviar and you will consider it as a delicacy.
    A yam, once cooked reminds me of the flavor of glacé chestnuts.

    St Maarten’s visitors find shops selling luxury goods with the “French Touch” Clothes, perfumes, wines, watches and jewelry. Only the most stylish brand names are present.
    But who knows that the best exotic fruits are on sale for next to nothing on the stalls of the market on Marigot’s seafront? The market is located next to Martin Lynn’s statue, which was a gift from an American patron in honor of the “Caribbean Doudous”
    The statue of the woman is made of stone, I know the real doudou: her name is Miss Olive. She’s the Mother of the Dominican “Hucksters” (*). She brings fruits and vegetables by boat to St Maarten. Today she is 82 years old. Courageously, each week, she brings us the freshly harvested fruits of her native island.

    But times have changed. For some years now, airplanes with their holds full of provisions at 3 euros the kilo of freight, come from Europe and the United States. These products of the agricultural industry are sold in the local supermarkets, which are equipped with refrigerators.

    I went and experienced the Garden of Eden in Olive’s ‘Wonderland’. I spent four weeks there, with my Coolpix Nikon digital camera strapped to my belt. On three occasions I was asked if I was a member of the CIA, which just goes to show that my
    English must have improved! Then I set off in the opposed direction to explore the island. Reporting without boundaries.

    (*) Huckster – English Term, which describes people who practice the agricultural trading between islands by sea. They buy fruit and vegetables from the farmers and resale them (directly or by an intermediary) to the final consumer in a nearby island.

    COURSE DUE SOUTH
    On the voyage to Dominica, Captain Conrad Cornelius accepted my presence aboard the  » Pride la Dominique ». His rusty cargo boat is bigger and more powerful than Olive’s little  » Grace Olive » with its green hull. These boats make weekly voyages and supply 35 tons of fresh fruits and vegetables. Three hundred and twenty kilometers, or 170 nautical miles, separate these two islands.

    We lifted anchor at 4 o’clock PM. Due southerly course. On board, as well as the Captain, there were a three crew young members, a dozen Hucksters and Leana, Aline’s daughter who was going on holiday. Aline is a Dominican immigrant, she lives in Sucker Garden, in a small two room house with no bathroom. She cleans for white people and three times a week she attends evening classes studying accounting. I promised to photograph the house, which her father Marcelinus had just built in Portsmouth with the money she had sent back to home. Six years have passed since she has returned to the land where her son remained with his grandmother.

    During the night, the roar of the engines covered the sound of the Captain’s snores who had fallen asleep in front of the GPS screen. Guided by satellite, the boat moved forward in the black night upon an agitated sea. I stayed awake watching the stars. It’s a hard profession being a Merchant Sailor. Without him, there would be no exports or imported items on the return trip.

    Before sunrise, Montserrat’s dark profile with its recently awoken volcano could be distinguished, part of the territory was burned and devastated by the eruption and is henceforth forbidden. We moored at 2 o’clock Pm having passed closely by the coastline of Guadeloupe at the beginning of morning. Upon arrival at Portsmouth, I climbed up on to the roof of the cabin next to the flag and I imitated Christopher Columbus. This was my reward for twenty hours duress of an uncomfortable voyage. Since Columbus’ era nothing has changed: The same striking tropical landscape dominated by the dense green forest. The slopes of mountains descend to the coastline where houses are built on the lower lands by the sea. Total surface: 750 km2, ten times the size of St Maarten.

    The speed of an airplane distorts distances, our body arrives faster than our soul, and sitting behind the porthole, we cannot see what is coming next. On an island you must arrive by boat.

    PORTSMOUTH
    I have planned to stay for four weeks living in close contact with the people, sleeping in their homes. Marcelinus is my age: more than half a century. He is the proud owner of a pair of boots, a machete, a plot of ground, some cows, and twenty-five goats. No wheelbarrow, no pick-up truck or tractor. Walking slowly he tackles the long walks over the land. He is sturdy and strong; his solid body is muscular, toned since childhood by his laboring under the tropical beams of sun, in a region where flowers, fruits and spices smell good. The life of the North has not yet influenced the life here, with its infernal procession of concrete, traffic jams, the stressful way of life and its industrial pollution.

    The 4WD of Marcelinus is his two legs and two feet. Early in the morning, it takes him forty minutes to reach the place where he gets his daily bread. The lifestyle is healthy, nature’s lifestyle, before cities existed. He picked an orange from a tree, peeled off the skin in a long ribbon then split the fruit in two for us to share, a simple gesture of brotherly friendship. On the way back, it’s raining, the ground is slippery. He is in front of me erect like a prince, with his box full of bananas weighing 50 kg. / 1 cwt. balanced on his head on top of a small cushion of dry leaves to ease the pressure. Ironically, he tells me to be careful not to fall.
    We stopped off at a drink’s stall next to Ma Pampo’s house. She is the oldest inhabitant: 126 years old. There are a dozen centenarians for 70 000 inhabitants. I decided to drink just local juice, the energy of pure fruit. In front of a tired, old TV, five people were watching a cricket match. Dominica was an English colony before its independence. The cycle tour of the island has just been cancelled, the bicycles of the national team are in a pathetic state. Local economy is not much better.

    ‘Hurricane risk’ is the excuse for the CIA to disqualify the agricultural production of Dominica. In reality: investments are not advised. The young Dominicans learn Medicine (doctors and nurses) from the Cubans, The Venezuelan Embassy is located in Roseau. Two states which the Empire does not particularly appreciate.

    A LITTLE IN GREAT QUANTITIES
    The people of the South have little of everything. ‘Little’ in great quantities compared with the heaps of products available in the large northern continents beyond true necessity. In Roseau the capital, a new governmental building is ready to welcome investors. Six floors are at present empty.

    On this independent island since 1978 and member of the Commonwealth, about 70 % of the working age group are dispersed abroad: Guadeloupe, Antigua, St Maarten, New York and Boston, London and Birmingham. The first people to emigrate to Europe in the post-war years are returning after spending 40 years in England. They built houses, ten times bigger than the wooden shacks of their ancestors.

    Mister David Bruney, a returned attorney and notary diplomed in England, analyzes the situation.  » Status quo paralyzes Dominica. The rich? are on the top, three trading families dominate the island. The political parties? They are of little competence and are divided. The Ministers? are without training and succeed one and other accumulating failed projects. The civil servants? This “middle class” earns a guaranteed wage in a motionless administrative structure. The status quo of tranquillity.  »

    Imports out balance exports. Contrary to the necessity of stimulation of the internal growth, the ranges of different taxes are going to reduce the consumption of the people, in order to pay the salaries of the public sector and the repayments of loans. The average GNP by inhabitant is 4 000 $.

    NATURAL AGRICULTURE
    In the middle of the ocean, clouds cluster on the mountaintops, spraying the ground and vegetation with healthy rain. It is said that Dominica has 365 rivers, one for every day of the year, they embellish the island’s nature and are a supply of hydroelectricity. They are 8500 peasants including 1600 women whom toil the volcanic and fertile earth. One quarter are under 35 years old, 42 % between 35 and 54 years, one third are over 55 years old. They do not possess more than 4 hectares (10 acres). A solid and brave race, working the fertile ground and the lush vegetation, their heads held high and crowned with the best fruits and vegetables of our blue planet, just like Marcelinus.

    Everything is organic and grows at its own natural rhythm. These fresh products have not been granted the sanitary stamp for the certificate, which accompanies products for export, they do not attain the world trade standards imposed by the conglomerates of the northern countries. The final consumer is deceived with packagings, bar code labels and the perfect shaped fruits and vegetables that have been trafficked and are tasteless. The agricultural industry and chemical ingredients lead to bad eating habits, obesity and systematic sanitary disasters. The impressive packaging for the supermarkets shelves exclude from the world market the Dominican produce and its thousands of farmers. Two farming cooperatives and nine State farms are far too little in order for the agriculture sector, which counts for 40% of the working population, to keep the country at a balance with the export of the manufactured goods, which it does not possess.

    History repeats itself. The Colonies were deprived of the fabrication of brown sugar (cane) in favor of white sugar (the beet, which laboratories process to reach a 17 % sugar level) Man puts in the forefront the speed of productivity over the quality of the product. Growing faster than the natural cycle, to produce more with the machines of the factories. Farmers and workers of Europe are a race in extinction or without work, farmers of the South and of the islands are again threatened.

    This farming sector is bullied beyond belief: St Maarten for example, since January 2002, has been experiencing mistreatment from the Municipality, which has declined maritime exports by – 30 %. Why not help our neighbors of the South to export their
    fruits and their rare and delicious vegetables in the holds of the planes from the North, which often return empty.

    HOPES
    In the South of the Pointe Michel Island, Joseph Peltier cultivates and exports pineapple. He is the first person to obtain the international organic farming certificate. This pioneer is associated with Canadian investors who love the island of Dominica. He has restored a farm in ruins built in 1919 by his parents-in-law. It will be soon able to welcome green tourism holiday-makers. The tractor is new. Electricity is produced by solar energy.
    Like a rugby ball, the pineapples are thrown from one pair of arms to the next and placed in the pick-up truck. Some days later they will be in the luxury hotels of Barbados. Whilst away on his commercial prospecting travels, Joseph leaves the farm in the care of another agronomist. Seven other farms are in probationary period before they are granted a certificate, which will give them the right to export.

    Since 1944 the company ‘Bello’ has used these valuable fruits and vegetables supplied by more than 500 farmers. A very well equipped packaging plant employs fifty workers. Their concentrated syrups, jams and the famous spicy sauces are exported in Europe, the Caribbean, and USA, where the magazine Barbecue Business awarded them first prize for their spicy sauces.

    Th Green tourism sector is very promising in the Guest Houses, which can accommodate the nature-loving and sportive holiday-maker. In 1997, Dominica was registered on the Unesco listing of world heritage. A lush rain forest associated with the volcanic characteristics in the midst of the National Park based on Morne Trois Pitons, is of great panoramic and scientific interest, the volcano’s peak is at an altitude of 1342 m. I explored this area guided by David Williams of the Forestry Commission. A team of twenty five engineers ensure the testing of the water quality, the bio variety, the wild life, the forests and the National park. With its steep slopes, its deep valleys, there are 50 ‘smokeholes’ and warm water sources, three fresh water lakes, a bubbling  » lake  » and five volcanoes in 7000 hectares of an area of the richest biologic variety of the Lesser Antilles, the Morne Trois Pitons National park represents a rare combination of the characteristics of world’s natural heritage.

    Walking alone on the nature trails by the side of rivers where I bathed, I was reliving a slow pace of life and an enjoyable fatigue of walking by foot, picking up a ripe mango fallen from a tree, in my wanders I understood the meaning of true solitude. Just like the people who live in the big cities, lost in the madding crowd. Anonymous to the next faceless person who crosses his path without smiling, speaking, or even of seeing him. I peeled the fruit with my teeth, sampled the fleshy pulp and its delicate juice, then I threw the pit and the skin on the ground, without waiting for the new plant to start growing from the seed. This ancestral gesture is repeated when after having consumed the industrial contents of an aluminum beer can or a glass bottle,
    but alas the packaging is not biodegradable and naturally recyclable, like the seed. When someone spits on the ground, they spit at themselves.

    THE TERRITORY RESERVED FOR the AMERINDIANS

    In June 1903, the descendants of Indians obtained their own territory in Dominica. Today, they are 3 000 people living in harmony with nature in the North Eastern part of the island. To commemorate the hundredth anniversary, 2003 trees will be planted. The sap of the trees remind us of the Amerindians rocked by sweet sound of the wind in the trees. I am deeply drawn and have profound respect for the discretion of this community. The only knowledge of their past is what they have learned from the contents of a testimony written by the Father Raymond Breton in the middle of the XVIIth century. The three days that I spent with them, passed too fast, this first journey will certainly not be my last. I listened To Kent and Irvince Auguiste. (Cf. Discover N ° 7). My well-being is derived from my adventures, where money has little importance and I feel at peace where ever I decide to hang up my hammock in the peaceful night under the starry sky. The gifts that the planet has to offer us are offerings from Mother Earth. Man must treasure these precious gifts. It does not take much to break or damage them.

    Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *