Règles pour servir la Cité

martin martine

Citoyenneté 74. com

Sur le territoire du manteau partagé de Saint-Martin , saviez-vous qu’une Corneille noire entièrement noire y compris ses pattes et son bec, veille au nom de Dieu sur les âmes vivantes de cette Babel insulaire ?  Brevior est hominum vita quam cornicum. Un oiseau des îles vaccinant les consciences de morale chrétienne. Ecce Homo: le révérend père Cornelius. Father Charles.

father charlesDes comme lui, j’en ai rencontré quand je travaillais au CCFD. Mixte d’abbé Pierre et de Don Elder Camara. Pas le style hiérarchie vaticane, ni obéissance aux Cabotins fonctionnaires de Dieu en Gwada. Pourquoi muter le seul homme chez qui pauvres et sans logis peuvent s’abriter, en passant sous le manteau de son toit d’accueil ?

A l’occasion de la venue de l’an 2000 ( pour Discover Magazine) il m’avait dit trois choses : « Ici à St Martin nous rencontrons et nous trouvons des valeurs humaines remarquables, mais parfois bafouées déshonorées et affaiblies par l’égoïsme des sans foi ni loi . Avec le XXI° siècle, une nouvelle tradition politique et spirituelle doit s’affirmer pour se transmettre aux hommes de l’avenir, elle doit porter et susciter une évolution. Il s’agit de passer de la médiocrité à une condition politique qui aspire aux expressions les plus hautes de l’esprit humain et aux formes supérieures de la vie sociale à St Martin. »

En Mars 2003 à l’occasion d’une semaine de la citoyenneté, les formes supérieures de la vie sociale et politique de la Cité ont été formulées en neuf articles dans une Charte largement diffusée recto-verso Anglais / Français.

« Charte » un vieux mot du 13° siècle ( du latin Charta = papier et du grec khartes = feuille de Papyrus).

Des règles citoyennes écrites, un texte pour définir le comportement de ceux qui veulent servir la cité, ici et maintenant.

Cette charte du XXI° siècle naissant est celle de la collectivité territoriale du côté de chez Martin, au Nord de l’île. L’engagement d’établir entre les habitants une union des communautés.

D’où mon accord total avec Voltaire dans son commentaire sous la Tribune Citoyenne d’Ali Laggoune. Il faudrait que la majorité des habitants adultes puissent voter localement à la désignation des citoyens dirigeants de la cité insulaire « du quartier français tourné du côté de l’Anguille. »

La Friendly Island compte plus de 100 nationalités. C’est un grand privilège humain que de pouvoir rencontrer autant de citoyens du Monde sur une île confetti.

En vingt ans, les Caribéens « Borne here », tout en conservant le pouvoir politique, ont perdu la direction du schleumil blick. Ils ont pris conscience d’être dans un système qu’ils n’ont pas mis en place, qu’ils n’ont pas pensé, mais face auquel il importe de faire preuve d’intelligence pour en découvrir les rouages.

St Martin n’est pas St Barth. Les îles sont sœurs et voisines, l’une est malthusienne et blanche. L’autre est noire et ouverte aux hommes et femmes de la région alentour. Autre communauté importante à St Martin, surtout dans la fonction publique territoriale, des citoyens français venant de Gwada et Martinique.

Plus nombreux et plus anciens que les ressortissants de l’hexagone, il y a la communauté haïtienne en Exil. Le bonnet des jacobins noirs , au sommet de la cime du palmier tropical. Le citoyen habitant de St Martin a également la culture hispanophone de Santo Domingo.  De nombreux Saint-martinois sont mariées avec des espagnoles. C’est une donnée démographique et matrimoniale, une constance générationnelle depuis le début du XX° siècle.

Autre communauté active, nombreuse et anglophone, celle de l’île de la Dominique, décrite dans mon Voyage au jardin d’Eden . Faut préciser que la langue maternelle des saint martinois c’est l’Anglais, pas le hollandais ni le français.

Chez Martine, au Sud de l’île« du côté hollandais » les fonctionnaires sont payés en guilder antillais, pas en euros. La masse monétaire dominante, c’est le dollar us. Back yard des Etats Unis. Chez l’épicier Chinois du coin, le dollar et l’euro s’échangent à 1 contre 1.

Les trois valeurs basiques, applicables par un citoyen désireux de servir la Cité sont listées en préambule de la Charte :

la Liberté, L’égalité et la Solidarité constitutifs des fondements de la République française. Cocori coco, ici Blanc mangé Coco…

Mangé Coco

Mangé Coco

Les départements des Antilles françaises, les turpitudes de Sucette Miches aux levrettes que soulignent Kaseye Kahoa et Opéra dans leurs commentaires. Sans envergure historique à mon goût, moins importante que Christiane Taubira députée de Guyane ou l’écrivaine Maryse Condé.

Ce blog a pour objectif d’ouvrir aux citoyens un espace de liberté d’opinion, en contribuant a diffuser l’information, pour promouvoir un développement équilibré et durable de l’île de Saint-Martin. L’ambition d’être un portail où se retrouvent le miroir des habitants membres des différentes communautés.

Combien sont-ils ? Voici un indicateur fiable de 2005. E D F   décompte 14 000 clients abonnés, dont 11 200 familles et 2 900 professionnels.

Se fondant sur l’avenir, la charte citoyenne précise que : « la jouissance des droits de Citoyen de Saint-Martin entraîne des responsabilités et des devoirs tant à l’égard d’autrui qu’à l’égard de la société et des générations futures. »

gosses du quartier

De plus, les gens du pays souhaitent dirent ceci à chaque nouvel arrivant : « Cette Charte constitue le sens et l’esprit de la société de Saint-Martin qui t’accueille » Ce principe d’intégration s’accompagne du label d’une réalité locale la notion de « Friendly Island ».

C’est l’objet de Chez Nous le premier article mis en ligne à l’ouverture de ce blog il y a huit mois le 19 février 2006.

TESTEZ VOTRE NIVEAU DE CITOYENNETÉ

martin martineVous allez trouver ci-après les neufs règles à suivre en cas de désirs centrifuges pour servir la cité. Les dix commandements sont dans la Bible…

Le ressort citoyen est composé de neuf règles citoyennes à expliquer dans les écoles publiques, puis à appliquer et mettre en œuvre  par les adultes . Vous allez pouvoir mesurer vous-même votre niveau de citoyenneté personnelle. Simplement en notant votre accord et vos engagements relatifs à chacun des neuf items . Notez soit : zéro, un ou deux pour chacun des neuf articles. Si au total final vous atteignez quinze, nous nous recevons cinq sur cinq.

Mettant les articles de cette Charte citoyenne en ligne, neufs pistes de réflexions s’ouvrent devant nous. Des enquêtes sur le terrain, à  diligenter pour comprendre le fond des choses. Une mise en ligne ouverte aux libres commentaires des blog trotteurs.

 

 

AU NOM DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE

Saint Martin, Antilles françaises

ARTICLE 1 ~ Le Citoyen de Saint-Martin s’engage à respecter les lois de la République, ainsi que les traditions de l’île de Saint-Martin.

ARTICLE 2 ~Le Citoyen de Saint-Martin se voit consacrer le droit à la reconnaissance et à l’exercice, en plein égalité, des droits et libertés de sa personne, sans distinction, exclusion ou préférence donnée, notamment sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, l’opinion publique ou tout autre opinion, l’origine nationale ou sociale, la fortune, la naissance ou toute autre situation.

ARTICLE 3 ~La diversité culturelle et la reconnaissance de la différence du Citoyen de Saint Martin ne doivent, en aucun cas, servir de prétexte aux préjugés raciaux ou légitimer quelque pratique discriminatoire que ce soit.

ARTICLE 4 ~Le Citoyen de Saint-Martin s’engage à mettre en œuvre les moyens nécessaires pour vivre harmonieusement avec son voisin, en particulier dans le domaine de l’apprentissage du Français, langue de la République, et de l’Anglais langue maternelle de Saint-Martin.

ARTICLE 5 ~Le Citoyen de Saint-Martin a le devoir de contribuer pleinement au développement durable et harmonieux de la société qui l’accueille. Il s’investit en faveur de la paix, de la sécurité et de la fraternité.

ARTICLE 6 ~Le Citoyen de Saint-Martin a la responsabilité et le devoir d’adopter à l’égard de toute personne une attitude de respect de ses droits et de sa dignité. Il s’engage à être vigilant face à toute forme d’exclusion et de discrimination.

ARTICLE 7 ~Le Citoyen de Saint-Martin a droit à l’éducation et aux possibilités de sa promotion sociale et professionnelle pour le plein épanouissement de sa personnalité, ainsi qu’au bénéfice des mesures sociales en vigueur, notamment en matière de logement, d’emploi et de santé.

ARTICLE 8 ~Le Citoyen de Saint-Martin a le droit de prendre part librement à la vIe culturelle locale qu’il contribue à enrichir, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent pour l’harmonie des peuples.

ARTICLE 9 ~ Le Citoyen de Saint-Martin s’engage à préserver l’environnement et à valoriser son patrimoine historique et culturel tout en contribuant au développement économique de l’île.

 

 

Lycéennes

Lycéennes

 

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15 thoughts on “Règles pour servir la Cité

  1. Roro

    Jabiru, permettez quelques questions pratiques !

    1°/ Pourriez-vous nous indiquer ce que vous entendez par « citoyen de Saint-Martin » ?
    S’agit-il d’une simple formulation à connotation idéologique où d’une nouvelle désignation qu’il resterait à préciser conformément à la Constitution française actuellement encore en vigueur ?
    Dans ces conditions, ce « citoyen de Saint-Martin » ainsi défini, aurait-il seul le droit de voter pour choisir les élus de la future collectivité ?

    2°/ Au cas où les conditions requises pour obtenir cette reconnaissance de « citoyen de Saint-Martin » sont soumises à celles qui définissent la citoyenneté française, y aurait-il quelques critères spécifiques d’ajustement à mettre en œuvre afin de déterminer une capacité exceptionnelle de voter aux prochaines consultations ?
    Les règles habituellement en vigueur sur le territoire français devant alors être modifiées à l’occasion de ce scrutin, qui aurait autorité pour en faire la demande ? Quelle instance nationale (ou éventuellement locale ) pourrait prendre ces décisions ?

    Merci de vos éclaircissements.

    Roro

    REPONSE DE JABIRU :

    MON DISCOURS ECLAIRE UN MONDE WITHOUT STRANGERS

    La définition du citoyen de St Martin, c’est l’article 2 de la Charte.
    Les mots sont précis du côté de Chez Martin:  » Egalité entre toutes les personnes humaines, sans distinctions d’origine nationale, raciale, religieuse, de fortune, de naissance etc.. »

    Autrement dit en toute clarté :
    Sur ce petit territoire français en Amérique, la vie politique locale est spécifique : les citoyens habitants St Martin qu’ils soient français ou étrangers, élisent ensemble leur représentants à la gestion du territoire. Pas d’exclusion, pas de citoyen de seconde zone.

    En terme de citoyenneté locale compte tenu de la réalité socio économique, je trouve ça parfait.
    Comment fais-tu Roro si tu dois piloter la mise en place d’un Comité de Quartier ?
    Tu dois constituer le lien social avec les représentants des différentes communautés et générations. Il y a un exemple réussi, c’est Grand Case et les Harmony’s Night et l’activité de sa Mjc. L’harmonie dans la cité, valoriser ce qui nous rassemble.
    Ma proposition illustre le programme du Père Charles :
     » …passer de la médiocrité à une condition politique qui aspire aux expressions les plus hautes de l’esprit humain et aux formes supérieures de la vie sociale à St Martin.

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  2. Georg Lumpatzyvagabundus

    DE LA CITOYENNETE SAINT-MARTINOISE

    Comme toute politique coloniale, celle qui nous est infligée par l’État français a des conséquences désastreuses pour la survie de notre peuple sur la terre qui lui appartient.
    Afin d’y obvier, nous pensons que l’élaboration et la mise en œuvre d’un statut de citoyen de Saint-Martin est une des conditions qui permettrait à Saint-Martin de sortir de l’impasse économique, sociale et culturelle dans laquelle elle se trouve et d’assurer un avenir meilleur pour les enfants de cette terre.

    -L’Identité

    La question de l’identité occupe une place très importante dans la société moderne et à Saint-Martin plus qu’ailleurs. Cette idée d’appartenance qui se développe se rapproche de la notion de propriété commune, d’un destin commun qui peut-être le socle d’une citoyenneté différente entraînant des Droits différents.
    De nombreux pays en Europe et dans le monde reconnaissent les minorités et leur accordent des Droits spécifiques. Ainsi, aux Etats-Unis, le concept d’affirmative action procure des droits favorisant les minorités.

    1-L’Egalité n’est pas l’Uniformité

    En France, la situation est différente. La constitution et son application jacobine rejettent ce concept car il est contraire à la conception française de l’égalité. En effet, il aboutirait à créer de nouvelles « inégalités » en entretenant l’idée fallacieuse d’une soi-disant martyrisation des populations ainsi que l’exacerbation des différences.

    Pour notre part, nous refusons toute idée d’uniformisation car nous pensons que l’application du principe d’égalité conduit à nier l’existence d’un Droit fondamental, le Droit à la Différence. Imposer le mythe de « l’Égalité républicaine » sans tenir compte des réalités qui nous caractérisent (culturelles, géographiques,…) laminerait toutes les perspectives de développement et de Liberté.

    2-Le Statut de citoyen de Saint-Martin

    Le statut de citoyen de Saint-Martin tel que nous le concevons représente une étape importante dans la reconquête de nos Droits Historiques dont le Droit à l’Indépendance. Ainsi, ce concept de citoyenneté a vocation à évoluer pour devenir à terme le critère de nationalité saint-martinoise dans le futur Saint-Martin indépendant.

    3-Une notion ouverte et Intégrante

    Ce statut de citoyen de Saint-Martin pourrait cohabiter aux cotés de la citoyenneté française et européenne. Cette notion de pluri-citoyenneté consacrée par le Droit international et européen est désormais reconnue par tous. Ainsi, la citoyenneté de Saint-Martin ne sera pas une notion productrice d’exclus mais au contraire, elle se veut généreuse et ouverte. Ceux qui sont nés dans ce pays ou de parents nés dans ce pays seront de facto citoyens de plein droit. Néanmoins, on pourra aussi acquérir cette citoyenneté sous certains critères, notamment par une démarche volontaire ainsi qu’une condition de domicile de 20 ans sur l’île.

    Les critères donnant droit à la qualité de citoyen pourront faire l’objet d’un débat sur l’île.

    Cette citoyenneté devrait instituer différents types de droits dont :

    – La protection de l’emploi (préférence saint-martinoise pour les emplois )
    – La protection du patrimoine foncier
    – L’élaboration d’un corps électoral spécifique

    31. La protection de l’emploi

    – La situation actuelle

    Un petit pays comme Saint-Martin au marché de l’emploi limité et dont la jeunesse connaît un chômage croissant a le devoir de réserver les emplois en priorité légitimes à ses enfants. Il est donc contraint d’adopter des mesures protectionnistes face aux grands ensembles de population. La préférence saint-martinoise pour les emplois semble être une solution tant économique et sociale (baisse du chômage, fin de l’exil des jeunes…) que culturelle (sauvegarde de l’identité).

    32-Les mesures juridique nécessaires

    Pour favoriser la préférence saint-martinoise pour les emplois, nous demandons que des mesures soient prisent. Elles peuvent se baser essentiellement sur 2 axes :

    – La voie de la citoyenneté qui attribuerait prioritairement les emplois à Saint-Martin aux citoyens saint-martinois.
    – La voie linguistique qui favoriserait l’accès à l’emploi aux personnes ayant une connaissance de l’anglais saint-martinois.
    Les dispositions prisent à cette occasion devront être tant incitatrices que protectrices. En effet, cette préférence saint-martinoise pour les emplois devra s’effectuer aussi bien au niveau de la formation que du recrutement et de la promotion. Enfin, notre démarche ne s’inscrit aucunement dans une logique raciste ou ethnique mais plutôt dans un esprit de sauvegarde de notre peuple et de ses intérêts légitimes.

    33. La protection du patrimoine foncier :

    Le lien affectif qui nous unit à notre terre est très fort et très large car il constitue pour notre peuple l’appartenance à un lieu, à une communauté. La terre est un élément fondamental de l’identité saint-martinoise. C’est pourquoi nous demandons que des dispositions soient prises pour protéger le patrimoine foncier insulaire.

    Ainsi, la notion de citoyenneté pourrait permettre de préserver les intérêts de notre communauté du fléau de la spéculation immobilière. Il nous paraît envisageable de demander la mise en œuvre d’un système comparable à ceux existant dans les îles Anglo-normande.

    Ces mesures auraient pour objet de subordonner, à l’accord des autorités compétentes, le droit d’acquérir et de détenir des biens immobiliers ainsi que le droit d’établissement et le droit de prestation de services pour les non-citoyens.

    Dans un souci d’efficacité et de gestion du patrimoine, ces mesures doivent être complétées par un Code des Investissements.

    34. L’élaboration d’un corps électoral

    La question du corps électoral constitue une des clés dans la recherche d’une solution politique au problème saint-martinois. En effet, comment admettre qu’un « électorat passager » puisse participer à des scrutins déterminant l’avenir d’une communauté à laquelle ils n’appartiennent pas ?

    C’est pour cela que nous demandons, à l’instar de ce qui s’est fait en Nouvelle-Calédonie, l’élaboration d’un corps électoral spécifique.

    Ce corps électoral sera composé exclusivement de citoyens saint-martinois. Il est évident que personne ne serait privé de droit de suffrage, les citoyens français conserveraient leur droit de vote pour les élections de souveraineté française( présidentielle, législatives).

    Cette mesure serait de nature à procurer davantage de légitimité aux élus de Saint-Martin et permettrait d’établir des relations apaisées entre Saint-Martin et l’État.

    – Modifications du Droit

    L’application de ces mesures indispensables au devenir de notre nation passe nécessairement par des modifications :

    – Du Droit français avec une révision constitutionnelle (ex : Nouvelle-Calédonie)
    – Du Droit européen (ex : îles Anglo-normandes)

    G74AI

    Reply
  3. J.T.

    L’IMPORTANCE DES MOTS …

    Le Collectif portant ce même nom, indique dans son préambule
    « Les mots sont importants : vivre dans l’omission de cette évidence laisse la voie libre aux plus lourds stéréotypes, amalgames, sophismes et présupposés clôturant la pensée et la création mieux que ne le ferait la plus efficace censure.
    Il n’est évidemment pas question pour nous de dicter la bonne manière de penser ou de parler, pas plus que de dresser une liste des mots interdits. Mais si nous ne prétendons pas connaître la bonne façon de parler, nous considérons qu’il y en a indéniablement de mauvaises… »
    Or M.Jabiru, nonobstant la publicité que vous faites à ces collègues en reprenant notamment sur votre blog l’un de leurs articles intitulé « Honte d’être français », cela ne vous empêche guère de donner une réponse qui transgresse allègrement cette « bonne façon » de parler !

    En effet, à la question de Roro, vous demandant de préciser la formulation « citoyen de Saint-Martin », vous vous contentez d’un « c’est l’article 2 de la Charte » que vous reproduisez in extenso tel que tout un chacun pouvait déjà l’avoir lu ! Mais n’est-ce pas justement l’imprécision dudit texte qui aurait suscité cette interrogation ? Suffirait-il de produire un catalogue de redondances à connotation idéologique en lieu et place des lois définissant le droit de vote pour que lors de l’élection des membres de la future collectivité, tous « les citoyens habitants St Martin qu’ils soient français ou étrangers, élisent ensemble leur représentants à la gestion du territoire » ?

    Pourtant jusqu’à nouvel ordre la réponse restait invariablement la même : pour participer aux prochaines votations, il n’y a rien de nouveau, ni à St Barth, ni à St Martin. Seuls les électeurs régulièrement inscrits sur les listes électorales établies selon les mêmes règles que celles en vigueur pour les précédentes consultations, pourront participer à ce scrutin de liste à deux tours permettant l’élection de 23 membres élus pour cinq ans.

    S’il est vrai que sur le site du Sénat, le projet de loi portant dispositions statutaires et institutionnelles relatives à l’outre-mer en son §3, précise notamment à la fin de l’article 5 que « le projet de loi organique prévoit en outre la création, à Saint-Martin, de conseils de quartier dotés de compétences consultatives », il n’y est nulle part question de « citoyen de St Martin » !

    Par ailleurs, en supposant que ces conseils de quartier soient également régis par la loi du 27 février 2002 relative à la démocratie de proximité (qui faisait obligation aux maires de créer des conseils de quartier dans les villes d’au moins 80.000 habitants), il reviendrait alors – transfert de compétences oblige – au président du nouveau conseil territorial après avoir défini le périmètre de chacun des quartiers (théoriquement au nombre de trois), de fixer leur dénomination, composition et modalités de fonctionnement. De même, s’il existe déjà des « instances de quartier » par exemple créées sur l’initiative des habitants ou d’associations, il semble qu’elles pourraient être maintenues le cas échéant par la nouvelle autorité, avec des adaptations qu’elle jugera en conséquence…
    En tout état de cause, les attributions des conseils de quartier restent uniquement consultatives : ils peuvent, en effet, être consultés par le président du nouveau conseil territorial et prendre l’initiative de lui faire des propositions sur toute question concernant le quartier ou la collectivité.

    Cet espace de démocratie participative que certains résidents appelaient de leurs vœux et qui a retenu l’intérêt du législateur ne peut naturellement que réjouir tout individu souhaitant « participer à la vie de la cité ». Que les résidents qui pourront exprimer ainsi leurs doléances et présenter des projets plus adaptés à leur environnement puissent alors se considérer comme des « citoyens de St Martin », pourquoi pas ?
    Mais le discours qui consiste à faire croire au lecteur que dans le présent contexte « les citoyens habitants St Martin qu’ils soient français ou étrangers, élisent ensemble leur représentants à la gestion du territoire », sans modifier le droit de vote en vigueur à St Martin, relève au mieux d’une vertueuse incantation et au pire d’une regrettable contrevérité !

    Le ferment qui peut rassembler les différentes composantes de la population Saint-Martinoise ne saurait tolérer longtemps quelques nouvelles mystifications, d’autant plus que d’ici peu il incombera à la nouvelle assemblée de traiter elle-même l’épineux problème de l’immigration …

    Julius Trébuchet

    PS : Si vous disposez d’informations plus précises et plus récentes, nous sommes bien sûr preneurs et vous remercions par avance.

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  4. Jean HERITIER

    DISCRIMINATION POSITIVE : le triomphe de la confusion.

    I- Les raisons du débat.

    Nos élus locaux le plaident depuis longtemps dans l’élaboration de la future COM. Nicolas Sarkozy vient à nouveau de relancer le débat : la discrimination positive est à l’ordre du jour.
    Pour rappel, cette notion, héritée des Etats-Unis, est la prise en compte de l’appartenance ethnique, raciale ou encore sexuelle des individus lors du recrutement à des postes de la fonction publique, du secteur privé ou lors de l’admission aux grandes écoles. L’idée est d’octroyer un traitement préférentiel aux membres d’un groupe dont on juge qu’ils ont pu être ou qu’ils sont susceptibles d’être victimes de discrimination en raison de leur appartenance ethno-raciale. La discrimination positive est donc à la fois le désir de réparer un préjudice subi et de se servir d’un moyen inégalitaire pour atteindre des objectifs d’égalité. Illustration pratique : si un candidat noir postule à un emploi alors qu’il existe au moins un candidat blanc dont le niveau de qualification est supérieur, en dépit de ses meilleures qualifications, c’est le candidat noir que l’on retiendra… De là cette floraison d’annonces américaines d’offres d’emplois dont le profil requis est ainsi libellé : « Les femmes et les candidats de couleur sont encouragés à postuler » ou « les minorités sont encouragées à postuler ».
    Autant de le dire immédiatement. Je ne suis pas d’accord avec ce concept car la discrimination positive touche au principe même d’égalité républicaine proclamée par l’article 1er de la Constitution de 1958 : la République française « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion». La République ne reconnaît donc pas de groupes sociaux ni de minorités, ne veut connaître ni les origines ethniques ni les religions. Elle ne connaît que des citoyens, égaux dans leur relation directe avec l’État.
    Dès lors, une société qui viole les principes sur lesquels elle repose, même au nom de fins justes, ne peut pas être une société juste.
    J’ai bien conscience que le débat que je propose d’ouvrir risque hélas de tourner rapidement à l’excès verbal : à défaut de répondre intellectuellement à mes réflexions, quelques indépendantistes antillais, affichés ou tapis, hurleront au racisme et pointeront le Blanc comme « colonialiste ». D’autres parleront de négropolitains et inviteront brutalement les Métros à faire leurs valises…
    C’est beaucoup plus simpliste pour eux, car il y a, sur le sujet des discriminations, une forte base idéologique, héritée du marxisme, consistant à analyser systématiquement les rapports humains ou sociaux en dialectique dominants/dominés ou bourreaux/victimes, et qui tend à interdire au prétendu dominant d’intervenir dans les recherches que seuls les «martyrs» auraient vocation et compétence à mener.
    Les mois qui nous séparent de la mise en place de notre « Collectivité d’outre mer », va assurément ouvrir ce débat, dont on ne pourra plus faire l’économie. Encore récemment, au Conseil municipal, certains de nos élus se sont interrogés sur qui étaient Saint-Martinois et qui ne l’étaient pas. Pour les élections du 7 décembre 2003, les mêmes avaient proposé sans rire que seuls les Métropolitains ayant plus de dix ans d’existence sur l’île auraient le droit de s’exprimer…
    Sans voir le paradoxe de leurs propositions – « la fixation d’un seuil numérique dans le domaine professionnel », par exemple, pour reprendre l’expression du groupe Consensus (octobre 1995) – ils réactivent aujourd’hui le concept idéologique de la discrimination positive comme moyen de juguler la crise économique qui s’enkyste sur l’île.
    Ils devraient pourtant peser le poids des mots qu’ils emploient : une discrimination n’est pas positive ou négative ; elle discrimine, c’est tout. Car de deux choses l’une. Ou bien il s’agit tout simplement de donner à certaines personnes les moyens de se situer à égalité avec les autres et il n’y a rien là de très original : l’affectation de bourses aux élèves démunis, la proportionnalité de l’impôt, les services publics développés dans les zones populaires… sont des politiques très anciennes de promotion du principe d’égalité. Ou bien il s’agit de valoriser une fraction de la population en tant que telle, et la collectivité nationale s’émiette en catégories relevant de traitements différents.
    Allons même plus loin. La discrimination positive veut protéger les « candidats de couleur » et les « minorités sous représentées ». Principe louable et généreux, mais aussi notion très ambiguë car qui est sous représenté, et où, et par rapport à quoi ? Aux Etats-Unis, les juifs (2% de la population) ne sont pas considérés comme appartenant à une minorité, contrairement aux femmes (plus de la moitié de la population). Localement, les « Métros » ne constituent-ils pas une « minorité sous représentée » à Saint-Martin ? Dans le souci d’illustrer la diversité de la population locale, y a-t-il assez de Blancs à la Mairie ou comme chauffeurs de taxis ? A partir d’ailleurs de quel pourcentage d’homogénéité ethnique un métis sera-t-il encore vu comme un candidat de couleur ?
    Vue de près, la discrimination positive soulève beaucoup plus de questions qu’elle n’apporte de réponses, et les articles à suivre se proposent de les mettre à plat. Sans préjugés ni tabous, et surtout en essayant de résister aux tentatives d’intimidation et de culpabilisation.
    (à suivre)

    Jean Héritier,
    Historien et philosophe

    Reply
  5. Jab Post author

    Je mesure l’étendue de la distance qui sépare les idées du citoyen Héritier et le postulat de départ du citoyen  Georg Lumpatzi Vagabundus.
    Je me réjouis de pouvoir accueillir toutes les expressions.

    Le Postulat de départ de Georg le St Martinois est un constat : « Comme toute politique coloniale, celle qui nous est infligée par l’État français a des conséquences désastreuses pour la survie de notre peuple sur la terre qui lui appartient. »
    Nulle sensation de présence d’une égalité républicaine dans son constat.

    Héritier confesse : « J’ai bien conscience que le débat que je propose d’ouvrir risque hélas de tourner rapidement à l’excès verbal : à défaut de répondre intellectuellement à mes réflexions, quelques indépendantistes antillais, affichés ou tapis, hurleront au racisme et pointeront le Blanc comme « colonialiste ». D’autres parleront de négropolitains et inviteront brutalement les Métros à faire leurs valises… »

    IL FAUT UNE DISCRIMINATION POSITIVE dit Georg parceque :
     » Un petit pays comme Saint-Martin au marché de l’emploi limité et dont la jeunesse connaît un chômage croissant a le devoir de réserver les emplois en priorité légitimes à ses enfants. Il est donc contraint d’adopter des mesures protectionnistes face aux grands ensembles de population. La préférence saint-martinoise pour les emplois semble être une solution tant économique et sociale (baisse du chômage, fin de l’exil des jeunes…) que culturelle (sauvegarde de l’identité).

    Pour favoriser la préférence saint-martinoise pour les emplois, nous demandons que des mesures soient prisent. Elles peuvent se baser essentiellement sur 2 axes :
    – La voie de la citoyenneté qui attribuerait prioritairement les emplois à Saint-Martin aux citoyens saint-martinois.
    – La voie linguistique qui favoriserait l’accès à l’emploi aux personnes ayant une connaissance de l’anglais saint-martinois.
    Les dispositions prisent à cette occasion devront être tant incitatrices que protectrices. En effet, cette préférence saint-martinoise pour les emplois devra s’effectuer aussi bien au niveau de la formation que du recrutement et de la promotion. Enfin, notre démarche ne s’inscrit aucunement dans une logique raciste ou ethnique mais plutôt dans un esprit de sauvegarde de notre peuple et de ses intérêts légitimes. »

    Derrière cette notion de « préférence St Martinoise » il y a centralement un problème économique et social majeur incontournable à traiter : la qualité de l’intégration de la jeunesse dans la vie active.
    Essayons de faire abstraction des différents vernis idéologiques. Des citoyens de bonne volonté devraient pouvoir s’entendre sur les meilleures voies concrètes pour protéger les jeunes d’ici.

    Reply
  6. Jean HERITIER

    Je remercie Jabiru de ces remarques, si je regrette encore que l’on fasse toujours l’économie du débat de l’identité saint-martinoise. Qui est citoyen saint-martinois et qui ne l’est pas ? Les enfants métropolitains nés à Saint-martin sont-ils considérés comme tels ?
    En attendant un début de réponse, je continue, têtu, à brosser les conséquences de la discrimination positive.

    DISCRIMINATION POSITIVE : le triomphe de la confusion.
    II- Un bilan américain très mitigé.

    L’Affirmative Action, mise en œuvre à la fin des années 1960 aux Etats-Unis sous l’impulsion du gouvernement républicain de Richard Nixon, visait à favoriser, par des politiques de traitement préférentiel, l’accès à l’emploi, l’attribution de marchés publics ou encore l’admission dans les Universités des membres de certains groupes ayant fait l’objet dans le passé, à des degrés divers, de pratiques discriminatoires juridiquement sanctionnées : les Noirs, les « Hispaniques », les descendants de populations autochtones (Native Americans), parfois les Asiatiques et les femmes.

    Aussi hétérogènes que puissent être ces groupes, ils ont tous en commun d’avoir été victimes de discrimination officielle, avalisée et sanctionnée. Bien que cette pratique soit pourtant contraire à deux grands principes – le principe méritocratique et celui de la color-blindness (cécité à la couleur de peau) – elle se justifiait par le contexte explosif des années 1960 de l’Histoire américaine.
    Cette mesure, temporaire à l’origine, a été modifiée en 2003 par la Cour Suprême. Il est dorénavant possible de justifier une discrimination par un intérêt de « diversité » : une discrimination passée n’a ainsi plus à être démontrée.

    Etrangement pourtant, une personne originaire d’Inde peut se prévaloir de ses origines alors même que les Indiens n’ont jamais subi de discrimination particulière aux Etats-Unis, mais certaines minorités (souvent asiatiques) continuent d’être exclues des programmes d’affirmative action. En revanche, la Cour Suprême a formellement interdit l’usage de quotas et d’attribution automatique de points en fonction de critères raciaux, ethniques ou religieux : ainsi, l’Université du Michigan a dû mettre un terme à sa politique qui consistait à attribuer 20 points supplémentaires (100 points permettant à un candidat d’être admis) à chaque candidat issu d’une minorité ethnique.
    Reste que le bilan de ces actions est très limité. Au niveau des compétences, c’est la non-optimisation des ressources humaines : une étude réalisée en 1993 par des chercheurs américains a, en effet, démontré que l’affirmative action avait coûté 1,5 % du PIB annuel américain, la raison tenant principalement au mode de recrutement des candidats, qui n’a en vérité aucune logique économique. Au niveau juridique, la tentation de certaines entreprises d’employer fictivement, en échange de commissions généreuses, des membres de minorités pour participer aux attributions de marchés publics ont débouché sur de nombreux scandales : le New Jersey, par exemple, a donc finalement reconnu son programme comme portant atteinte à l’égalité des candidats, et comme une violation de la Clause d’égale protection des lois du Quatorzième Amendement de la Constitution des Etats-Unis.

    Pire, au niveau même des bénéficiaires, ils ressentent dans leur entourage professionnel le poids et la suspicion de leur traitement préférentiel : un article datant de novembre 2004, et publié par la Stanford Law Review, montre que les afro-américains s’en sortent mieux dans les facultés de droit qui ne pratiquent pas une admission fondée sur des critères raciaux, et qu’il y aurait finalement davantage d’avocats de cette minorité aux Etats-Unis si la sélection se faisait au seul mérite.
    Les coûts engendrés par une politique de discrimination positive sont dès lors aussi lourds que divers : hausse du budget des départements de ressources humaines, mise en conformité avec les obligations d’emploi de minorités, contrôle par l’administration, attributions de marchés publics à des entreprises composées de membres de minorités ethniques dont l’offre est pourtant moins avantageuse, perte de productivité du fait que les entreprises ne peuvent plus embaucher le meilleur candidat pour un poste vacant, un marché du travail encore plus rigide et réglementé…
    A l’évidence, la discrimination positive est la dernière réforme dont la France a besoin si elle souhaite intégrer ses minorités et rattraper son retard économique. Mais c’est sans compter sur nos hommes politiques qui croient y avoir trouvé la panacée…
    (à suivre)

    Jean Héritier
    Historien et philosophe

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  7. Brange

    La mesure de l’autonomie permettant a la future collectivite de prendre « des mesures justifiées par les nécessités locales en faveur de sa population, en matière d’accès à l’emploi, etc. » servant de base a cette serie de commentaires n’a – selon moi – rien a voir avec le principe de la discrimination positive tel qu’édicté ces dernières années en métropole… (ou depuis bien longtemps aux Etats-Unis) … Bien au contraire!

    Essentiellement la discrimination positive « à la Sarkozy » dans une société pluri/polyethnique est introduite pour intégrer les nombreuses « minorités ethniques » à ladite société en permettant à leurs membres d’accéder à une éducation de qualité et à des emplois qualifiés… Comment ?  En accordant à ceux-la même un traitement préférentiel pour rétablir une égalité des chances compromise par la généralisation de pratiques racistes et par une accentuation des inégalités socio-économiques (profil type en métropole la jeunesse des « quartiers » celle la même qui a mis le feu à la France l’an dernier et recommence ce mois-ci). Il s’agit là bas de tenir compte des conséquences de l’immigration!

    A Saint-Martin, la situation est très différente puisque s’il s’agit bien de favoriser l’emploi d’une minorité, mais contrairement aux grands pays pris en référence cette minorité est la population d’origine de ce territoire et non pas une population immigrée. La population immigrée étant majoritaire à Saint-Martin. Il ne s’agit donc pas ici d’intégrer des immigrés pour faire d’eux de meilleurs citoyens francais (quoique ce besoin existe également), mais de prendre en compte les difficultes que les habitants d’origine ont a trouver un emploi aujourd’hui dans leur ile. Autrefois ils étaient largement majoritaires, ce qui fait toute la différence selon moi avec la « discrimination » …

    Cette mesure qui pour respecter la constitution ne peut différencier entre les differents résidents : ceux qui sont nés ici (les fameux « born here ») ou ceux dont les parents sont nés ici, des autres justifiant d’une durée de résidence à déterminer jouera uniquement sur le fait que les non-residents chercheurs d’eldorado nouvellement arrivés (et dieu sait qu’ils sont toujours plus nombreux chaque année) ne passeront plus aussi facilement devant les autres qui galèrent depuis des années sur place – à compétence égale bien sur …

    On est loin donc de l’affirmative action ethnique à l’américaine mais plus proche d’une préférence locale (pas nationale comme le prône Le Pen) à la caribéenne comme elle existe dans toute ile independante de la caraibe mais aussi dans un territoire autonome comme la partie néerlandaise de notre confetti. Au Sud, à compétence égale un Antillean (First!) et ensuite un néerlandais a droit à être préféré… cela ne signifie pas que ce système fonctionne à la perfection… Cette mesure n’est évidemment pas la panacée mais comme pour les quotas tant décriés en leur temps, bien employée, elle peut avoir une utilité réelle…

    L’autonomie de l’article 74 de la CONSTITUTION l’autorise je ne vois donc pas pourquoi assimiler cette question prise dans des territoires particuliers de la République à une notion différente qui serait généralisée sur l’ensemble du territoire national… De plus cette mesure est incompatible avec les conditions d’appartenance à l’Union européenne… elle ne fera donc pas partie des mesures octroyées à la COM au départ, mais elle pourra être recherchée, elle ou une autre du même accabit, une fois le statut européen clarifié.

    Quand a savoir si « localement, les Métros ne constituent pas une “minorité sous représentée” à Saint-Martin », sur les 50 dernières années, les métros ont toujours constitué une minorité localement pour avoir volontairement délaissés cette ile arride jusqu’aux 20 dernieres années ou un développement lié à des avantages fiscaux les a fait revenir « massivement »… vu d’un oeil « saint-martinois »…

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  8. Jean HERITIER

    Je remercie Pierre pour ses propos intéressants. Je regrette toujours que l’on soit obligé de discuter ainsi, dans un media limité dans sa portée, parce que nos journaux locaux refusent au nom d’une autocensure – politique ou commerciale – ce genre de débat, pourtant très important pour l’avenir de la collectivité. J’avais, en effet, proposer d’ouvrir ce débat sur les colonnes du Saint Martin’s week, mais comme d’habitude j’avais été censuré car politiquement non correct. A croire que la plume qui est en cage au-dessus de la Maison de la Presse de Marigot est tout à fait le symbole de la liberté d’expression à Saint-martin !

    Cela dit, si je note avec satisfaction que Pierre, que je considère comme une voix autorisée et avertie, admette que la discrimination positive sera absolument dépendante de la précision « à qualité égale », on ne me répond toujours pas sur qui est citoyen saint-martinois et qui ne l’est pas ? Je comprends l’embarras, et j’attends avec amusement les réponses et les contorsions. Cela fait plus de douze ans que j’attends une réponse valable…. 🙂
    Continuons donc a enrichir le débat.

    DISCRIMINATION POSITIVE : le triomphe de la confusion.

    III- La tentation de la France.
    En dépit du bilan mitigé de l’expérience américaine, la France a décidé de reprendre l’idée pour faciliter l’intégration des « minorités » et des groupes mal représentés. « L’Affirmative action » américaine s’est alors transformée en « discrimination positive », (ce qui a un tout autre sens), ajoutant à la longue liste des oxymores (figure de style qui réunit deux mots d’apparence contradictoire) dont l’Etat a seul le secret : une « fédération d’Etats-nations », un « Traité constitutionnel »…, bref des mots creux d’un discours public qui tente de rassembler et séduire en imposant des choix non clarifiés.
    Sans conteste, c’est la loi de juin 2000 sur la représentation paritaire des sexes au Parlement et dans les collectivités locales qui a ouvert cette voie et… considérablement accéléré les effets désastreux du communautarisme. Au nom, en effet, de la loi universelle de la nature de la dualité des sexes, les idéologues de la parité se sont persuadés qu’ils fallaient désormais alterner les hommes et les femmes pour se mettre en règle avec la démocratie. Idée heureuse, à l’origine, mais dont la logique d’asseoir un statut juridique sur une condition biologique a aujourd’hui abouti à légitimer le déchaînement des passions identitaires collectives au détriment de l’usage individuel de la raison.
    De là, à présent, la virulence des revendications identitaires qui font peu à peu céder le pacte républicain : ici, le recrutement dérogatoire au concours des grandes écoles, ouvertes aux meilleurs élèves de certains lycées situés en zones d’éducation prioritaires (ZEP) ; là, France Télévision, avec le soutien du Haut Conseil pour l’Intégration (HCI) et du CSA, qui présente un plan pour favoriser la représentation des minorités à l’antenne ; à Bègles le mariage d’un couple homosexuel, qui désire à présent adopter un enfant…
    Reconnue du bout des lèvres, la discrimination positive est de toutes façons très malaisée dans sa mise en pratique. On peine, pour les élections, à trouver des femmes en nombre suffisant pour constituer les listes ; les jeunes des banlieues régionales contestent le seul recrutement réserver au ZEP de l’agglomération parisienne ou d’autres très ciblées; comment calculer la représentation d’une Antillaise de 20 ans à un jeu télévisé, puisqu’elle est à la fois noire, femme et jeune ?
    Face à ce problème de choix idéologique qui va bientôt saturer les débats, la première question qu’il faut se poser est alors la suivante : depuis quand l’entreprise, les médias, l’armée ou l’administration ont-ils vocation à représenter le sexe, la couleur de peau ou les moeurs de leurs clients ou usagers ?

    Depuis quand les partis politiques, qui doivent en principe représenter les différents courants d’opinion et les conceptions distinctes du bien commun, se mesurent-ils au nombre des testicules et des ovaires ? Depuis quand un préfet « musulman » serait-il autre chose qu’un préfet ?
    La vocation de l’entreprise n’est-elle pas de réaliser son objet social, une administration de servir le public, une armée de défendre la nation et un média d’informer, de cultiver et de distraire le public ? Ils n’ont aucunement pour mission de «représenter» qui que ce soit, ni quoi que ce soit.
    Mais, encore une fois, c’est une idée de bon sens et de conception républicaine qui échappe à nos politiciens. Si persuadés qu’il faut explorer tous les chemins pour lutter contre le chômage, érigé en défi national par le nouveau gouvernement, ils se montrent prêts à emprunter la route absurde et dangereuse de la discrimination positive. Pour quelles raisons ? Désir réel d’intégration des minorités, ou surf sur des opinions publiques traumatisées par le chômage et l’immigration ? A leur décharge, il est clair que l’émancipation des individus via leur responsabilisation est un projet moins facile à « vendre » que le compassionnel.
    A l’évidence, nos élus locaux ont décidé de suivre aussi cette pente, et font de la discrimination positive une des clés de l’acceptation du fameux statut autorisé par l’article 74. La logique échappe à toute raison, mais les conséquences risquent d’être proprement dramatiques.
    (à suivre)

    Jean Héritier
    Historien et philosophe

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  9. david off

    Le concept de discrimination positive a Saint Martin touchera au principe même d’égalite Républicaine proclamé par l’article 1er de la Constitution de la Republique française du 4 octobre 1958 :

    « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalite devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée»

    Tant que le mot race n’aura pas été supprimé du-dit article premier de notre chère constitution, ce à quoi notre député Victorin Lurel s’atelle de par sa Proposition de loi N° 1918 http://www.assemblee-nationale.fr/12/propositions/pion1918.asp
    Que les choses soient claires

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  10. Jean HERITIER

    DISCRIMINATION POSITIVE : le triomphe de la confusion.

    IV-La revendication des droits.

    Le propre du discours actuel sur la discrimination positive est de transformer a priori en « droit » n’importe quelle revendication, de telle sorte que son éventuelle contestation soit par avance interdite par le politiquement correct mué en juridiquement correct.

    Il fût pourtant une époque où, avant de consacrer un droit dans la législation ou la jurisprudence, on se donnait la peine de mûrement réfléchir à l’opportunité de satisfaire telle ou telle revendication particulière, en pesant soigneusement ses avantages et ses inconvénients.
    Aujourd’hui, on fait fi de la réflexion et de la prudence, on économise le temps de l’observation et de la logique. Le scoop, l’audimat, les sondages, les cotes de popularité, l’obsession des réformes, la démagogie, le clientélisme et l’électoralisme font sombrer la pensée politique dans le mercantilisme et l’inconsistance. Qu’un individu se pose en «victime» devant une caméra de télévision et le voilà aussitôt gratifié d’un «droit» qu’il sera moralement et politiquement interdit de contester ou même simplement de vouloir analyser.

    Un homosexuel aime-t-il un autre homme qu’il devrait avoir aussitôt le droit de se marier et d’adopter des enfants. Une génération impatiente, sans faire l’effort de conquérir des diplômes ou une expérience, réclame le droit d’obtenir un travail très bien rémunéré et peu contraignant. Un agriculteur, mécontent de la politique européenne, s’autorise du droit de casser une préfecture pour exprimer son malaise social… Capricieux et tyrannique, atteint d’une profonde immaturité – appelée le «syndrome de Peter Pan» par les psychanalystes – le communautarisme n’hésite plus à exiger tout et son contraire.

    Ce phénomène est particulièrement sensible sur le sujet de l’égalité sociale dans les départements d’outre-mer. Ici, comme ailleurs, les pouvoirs publics continuent à prêter une oreille complaisante et insuffisamment méfiante sur l’apologie des identités culturelles régionales. La justice, elle-même, si prompte d’ordinaire à sanctionner les propos racistes, sexistes, homophobes…, est étrangement muette sur les multiples revendications de «préférence locale» dont il est pourtant clair qu’elles sont de la même veine que la grande sœur «nationale» de l’extrême droite (« la France aux Français » ; « les Français d’abord ») et plus contraires encore au principe d’égalité.

    De ce point de vue, la préférence ethnique consacrée par le nouveau titre XIII de la Constitution française pour les élections et l’accès aux emplois en Nouvelle-Calédonie – consacrant ainsi le «droit du sang» dans une partie du territoire français – est totalement contraire aux valeurs républicaines. Mais personne, à l’évidence, ne trouve plus rien à y redire, et la prétendue consternation du Président de la République qui découvrit récemment que le recensement néo-calédonien comportait désormais des données ethniques semble bien hypocrite…
    La dérive est autorisée par l’article 73 de la Constitution qui, en reconnaissant la «situation particulière» des DOM, admet la possibilité d’y adapter la législation nationale. Louable intention, encore une fois, mais il est frappant de constater que la définition précise des éléments constitutifs de cette particularité est toujours soigneusement évitée. On se borne à énumérer des banalités telles que l’insularité, le relief et le climat, mais on fuit devant les réalités économiques et sociologiques que l’on ramasse sous le terme vague de « spécificités ». De là les tolérances ambiguës de l’Etat français qui laisse l’observateur perplexe.
    A Saint-Martin, par exemple, un conseil municipal qui se tient en anglais. Une administration fiscale admettant, jusqu’aux années 1980, une exonération fiscale de facto pour les saint-martinois natifs. Des contrats d’assurances de Nagico rédigés en anglais et payables en dollars, en infraction avec le Code du Commerce. Un Trésor public qui accepte au guichet le paiement en monnaie américaine. Une sur-rémunération des fonctionnaires qui fait que beaucoup de jeunes ne rêvent plus que d’accéder à ce précieux statut…
    La municipalité n’est pas en reste. Un drapeau et un hymne locaux pour remplacer le drapeau tricolore et la Marseillaise. La revendication de pouvoir recruter la majeure partie des enseignants parmi les Saint-Martinois. Un certificat de résidence pour les Métropolitains, rangés quelquefois au rang d’étrangers avec les Haïtiens et les Santo-domingos. Une police municipale armée. Une vigilance agressive qui fait que toutes tentative de différenciation sociale est immédiatement qualifiée de «discriminatoire», «colonialiste» ou même «raciste»…
    Français à part entière, donc, mais aussi entièrement à part. Droit à la différence, mais aussi différence des droits. La nouvelle gouvernance de l’Etat français se fait désormais à la « carte » (le lex shop, pour reprendre la belle expression de l’historien Philippe Muray).
    Faut-il alors parler de discrimination ou de différenciation ?

    Même en admettant que l’égalité républicaine n’est pas une égalité mécanique et aveugle, et qu’il appartient au législateur de déterminer les différences qu’il entend consacrer et celles qu’il décide d’ignorer dans l’intérêt supérieur de tous, le débat local qui ne manquera pas de s’ouvrir prochainement sur l’application de la COM va immanquablement déboucher sur une revendication de droits avec moins d’obligations, dans un opportunisme pouvant déboucher sur l’incivisme et la violence.

    Il est alors urgent de se réapproprier le sens des mots.
    (à suivre)
    Jean Héritier
    Historien et philosophe

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  11. Julius Trébuchet

    Dans la lutte contre les discriminations, la voie est étroite …

    … la majeure partie des enseignants parmi les Saint-Martinois(1).

    Un certificat de résidence pour les Métropolitains(2) …

    Une police municipale armée(3).

    Une vigilance agressive qui fait que toutes tentative de différenciation sociale(4)

     … Droit à la différence, mais aussi différence des droits(5).

     … le débat local qui ne manquera pas de s’ouvrir prochainement sur l’application de la COM va immanquablement déboucher sur une revendication de droits avec moins d’obligations(6),

    dans un opportunisme pouvant déboucher sur l’incivisme et la violence(7).

    Il est alors urgent de se réapproprier le sens des mots(8)

    Quelques observations indépendantes de celles de Mme la professeur de droit public Anne-Marie Le Pourhiet …

    (1) Peut-être faut-il préciser qu’il s’agirait d’enseignants ayant une capacité d’enseigner dans les classes maternelles et primaires en maîtrisant l’anglais comme langue d’enseignement. Quant à la leur formation – hormis cette compétence langagière -, elle resterait jusqu’à nouvel ordre, dépendante d’un parcours sanctionné par un recrutement classique de type IUFM, comme tout autre enseignant !

    (2) Pourriez-vous nous préciser quels sont les services qui à St Martin exigent un certificat de résidence aux métropolitains et singulièrement pour quels motifs ?

    (3) Aux termes de l’article L.412-51 du code des communes, dont la rédaction est issue de la loi n°99-291 du 15 avril 1999 relative aux polices municipales, les agents de police municipale peuvent être autorisés nominativement par le représentant de l’Etat dans le département à porter une arme, sur demande motivée du maire. Cela existe dans de nombreuses communes en métropole et n’est donc pas une spécificité saint-martinoise !

    (4) Pourriez-vous nous préciser ce que vous entendez par « toutes tentative de différenciation sociale » ?

    (5) S’agissant de la « différence des droits », pensez-vous qu’il faille y inclure également les dispositifs de défiscalisation destinés à développer les financements réalisés dans les DOM-TOM par des particuliers qui investissent par exemple dans des logements neufs destinés initialement à être loués et qui ont droit, selon certaines conditions, à des abattements fiscaux. (lois Pons, Paul et Girardin et consorts)

    (6) Pour que la prochaine COM puisse fonctionner, il faut une assemblée dont les 23 membres seraient élus suite à un scrutin de liste à deux tours (avec prime de 8 sièges pour la liste majoritaire) par les électeurs régulièrement inscrits sur les listes électorales établies selon les mêmes règles que celles en vigueur pour les précédentes consultations.

    (7) L’incivisme et la violence – chiffres vérifiables au niveau de l’INSEE – ont réellement pris leur essor avec le désordre sociétal issu de cette fameuse défiscalisation, étant entendu que la binationalité ainsi qu’une sorte de « droit coutumier » ont toujours favorisé par le passé « une sorte de no man’sland juridique » qui apparemment ne gênait quiconque!

    (8) Mais tout autant que le sens des mots, ne faudrait-il pas non plus se réapproprier leur mise en pratique ?
    L’exercice de la démocratie ne se traduit-elle pas également par le droit de se présenter sur une liste concurrente, afin de soumettre un autre programme aux suffrages des électeurs ?
    Qu’en pensez-vous M. l’historien philosophe ?

    J.T.

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  12. Julius Trébuchet

    PRUGHJETTU DI SUCIETA ou Observatoire des Communautés ?

    Le document intitulé « De la citoyenneté saint-martinoise » proposé par Georg Lumpazyvagabundus ne manque certes pas d’intérêt… encore qu’il semble convenir plus particulièrement aux souhaits de certaines mouvances de l’Île de Beauté ! En effet, en y regardant de plus près, on peut y découvrir une curieuse parenté avec une prose pratiquée depuis quelques années déjà par quelques groupes d’étudiants indépendantistes corses…
    Pour s’en convaincre, il suffira de rechercher davantage de précisions sur le site Ghjuventù Indipendentista et lire le texte intitulé PRUGHJETTU DI SUCIETA !

    Un observateur attentif de ce qui se lit sur ce blog …

    J.T.

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  13. Jean HERITIER

    Je reviendrai sur les propos de M. Julius trébuchet, que je remercie par ailleurs pour la finesse de ses réflexions. Le temps me manque aujourd’hui pour lui répondre, mais je ne manquerai pas de le faire très prochainement.
    Pour continuer de susciter des commentaires et faire avancer le débat, je me permets de poursuivre ma réflexion sur la discrimination positive.

    DISCRIMINATION POSITIVE : le triomphe de la confusion.

    V- L’amalgame des mots.

    La question qui se pose n’est pas celle de l’égalité et de la différence, mais celle de l’analyse objective et rationnelle des différences sociologiques existantes et de la nécessité de les prendre ou non en considération juridique. C’est donc, avant toutes choses, une affaire de légitimité : il s’agit de savoir si une distinction est juste et bonne (auquel cas on lui réservera le terme de différenciation) ou si elle est, au contraire, injuste ou mauvaise (auquel cas on la qualifiera plutôt de discrimination).

    Une des stratégies des partisans de la discrimination positive est de confondre les deux définitions, notamment sur des sujets aussi épidermiques et porteurs que la race, le sexe, les moeurs (ou orientation sexuelle, doit-on dire maintenant), la nationalité, l’état de santé, les coutumes, les religions ou les territoires… Il y a pourtant une catégorisation à faire entre les différences non choisies, échappant à la libre détermination de chacun, et celles qui résultent de choix (ou de non-choix) sur lesquelles l’individu a un minimum de prise. La race et le sexe, par exemple, échappent indubitablement au choix du nouveau-né et sont inhérents à la nature. En revanche, la religion, la coutume ou les moeurs ne sont pas des données innées, mais acquises, sur lesquelles l’individu peut influer.
    Dans la pratique, réserver des vestiaires ou des lavabos distincts pour les Noirs et les Blancs constituait, aux États-Unis, une ségrégation insupportable, mais la même distinction pour les hommes et les femmes ne doit choquer évidemment personne. Qualifier de discriminatoire, raciste ou xénophobe le fait de réserver, les emplois publics ou le droit de vote aux nationaux d’un État est pour le moins abusif et de mauvaise foi. La nationalité est fondamentalement et substantiellement différentielle : c’est même la raison pour laquelle un Saint-Martinois peut participer à l’élection du président de la République française, mais pas un Polonais non naturalisé. On voit mal ce qu’il y a de raciste ou de discriminatoire dans cet état du droit. A l’inverse, comment qualifier l’obligation pour un Guadeloupéen ou un Métropolitain d’intégrer un Saint-Martinois natif pour créer une entreprise du côté hollandais ? Une discrimination positive, ou une contrainte raciste ?

    A ce jeu du raisonnement et de la logique, on comprend donc rapidement que la discrimination n’est pas la différenciation, et il conviendrait de s’en souvenir pour ne pas utiliser des associations aussi abusives que ridicules, telles que «les femmes et les handicapés» ou «les Noirs et les homosexuels», voire l’utilisation même du mot « homophobe » qui, littéralement, veut dire « la peur de l’homme ».

    Le discours militant, hélas, ne s’arrête pas à ces subtilités puisqu’il manifeste une propension certaine à utiliser le mot «racisme» à tort et à travers (racisme anti-corse, racisme anti-homo…), non seulement en raison de la force dissuasive qu’il engendre, mais surtout parce qu’il légitime la volonté de réserver des quotas d’emplois pour les femmes ou les Noirs, au préjudice des Blancs ou des Asiatiques. N’étant d’ailleurs pas à une contradiction près, il feint ainsi d’ignorer que la discrimination est toujours positive pour celui qui en bénéficie, et négative pour celui qu’elle exclut.

    Les mots ont donc un sens, mais il semble bien que tout effort sémantique se trouve rapidement opposé à un véritable terrorisme intellectuel et à un chantage moral, allant quelquefois jusqu’à l’exigence de répression pénale de l’opinion contraire.
    (à suivre)

    Jean Héritier
    Historien et philosophe

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  14. jépa hérité

    Y a t-il encore un avenir en Guadeloupe pour les guadeloupeens ?

    La politique qui cherche uniquement à séduire ou à gagner des parts sur le marché des idées a secrété une production de l’imbécillité.

    Il n’ y a pas que notre économie qui est réduite à zéro. A grand renfort de slogans et de propagande conçus pour des crétins, c’est tout notre univers qui est apprivoisé par la techno ­science et le capital.

    La question la plus profonde, celle de la raison de vivre, celle des traditions, de l’identité, ne résiste pas au rapport meurtrier que nous imposent des théories surgelées mondialisées et une République devenue peu soucieuse de ses colonies départementalisées.

    Au plus vite, s’ils ne se ressaisissent pas, les Guadeloupéens seront totalement dépossédés de leur pays. Comme les juifs jadis, ils deviendront des hommes sans terre, avec leur seul être comme territoire.

    Ces propos ne sont en rien alarmistes et encore moins excessifs. Interroger l’être humain tant dans son fonctionnement psychique que dans son rôle social dérange toujours.

    Mais, est-ce excessif de dénoncer la politique ségrégationniste qui empêche de plus en plus nos diplômés de vouloir travailler et vivre dans leur pays natal. Est-ce excessif de dire que les entreprises et leur filiale viennent avec leur staff exogène et que les Indigènes ne sont recrutés qu’à des places subalternes.

    Est-ce excessif d’affirmer que même les entreprises locales préfèrent à égalité de compétence, recruter des cadres exogènes.

    L’éducation nationale a été et reste le plus gros pourvoyeur d’emploi. Au regard des origines du person­nel, est-ce excessif de dire, qu’il y a là, quelque chose de malsain. Surtout quand on sait que ceux qui obtiennent leur CAPES interne (mariés, avec enfants) sont systématiquement mutés vers l’hexagone, alors que des jeunes compatriotes métropolitains, sitôt leur diplôme en poche, alléchés par l’exotisme et les primes viennent y faire leur pre­mière arme.

    Après les Corses, les syndicalistes martiniquais, eux aussi, tirent la sonnette d’alarme. Pour cette entrée scolaire, ils n’ont pas souhaité la bienvenue à tous leurs collègues!

    Je frémis encore en l’écrivant. Mais il faut témoigner. Votre serviteur, alors en troisième année de licence en droit, postulant au concours d’inspecteur du Trésor, ne s’est-il pas trouvé dans l’obligation ( comme tant d’autres) de signer une déclaration l’interdisant de demander son affectation dans son départe­ment d’origine et cela pour une durée de 7 ans au moins! Les années se suivent, mais après une accalmie, elles peuvent se ressembler. Les politiques ne peuvent tout faire pour obtenir une petite dérogation.

    Ceux qui passent les concours doivent se préparer à un long et épuisant exil.

    Bien sûr me direz-vous, il reste les collectivités qui ont un grand besoin de cadres. La culture de l’imbécillité et du clientélisme politique, voire alimentaire, il est vrai, n’a pas favorisé que les meilleurs dans le recrutement. La facture des erreurs politiques est toujours salée ( impôts élevés, incompétence, freins pour l’investissement, grèves…).

    Certes, nous avons dénoncé en son temps le BUMIDOM, qui était la seule trouvaille du gouvernement français pour solu­tionner le problème de l’emploi et du mal développement. Césaire, le Progrès Social avec les frères Rodes et d’autres progressistes, ont inlassablement dénoncé cette politique de génocide par Substitution.

    Qu’on ne s’y méprenne pas. Le monde est grand. Nos enfants doivent aussi y faire leurs armes. Nous ne rêvons pas comme certaines mères, que nos enfants sont faits pour nous fermer les yeux. Ce que nous dénonçons, c’est ce système d’airain, verrouillé, implacable qui leur interdit le choix de vouloir travailler et vivre au pays en occupant des postes de responsabilité.

    Aujourd’hui, le terme de travail par substitution serait plus adéquat que celui de génocide par substitution. Il n’en reste pas moins vrai, que nous, de la génération du papy boom, pour voir nos enfants ou pour qu’ils viennent nous voir, après que nos ancêtres aient fait la fortune des com­pagnies des Indes occidentales, sommes-nous, à notre tour condamnés à faire la fortune des compagnies aériennes, des télécommunications , et de l’immobilier de France ? Et cela d’autant plus que le scandale de la continuité territoriale reste encore sans solution!

    Nous voilà condamnés à une splendide solitude à la recherche de compagnes pour veiller nos corps vieillissants!

    Le pays sera-t-il une réserve de vieux avec des moins doués la botte d’exogènes ayant comme patrie, uniquement le fric et l’exotisme?

    La solution à cette vision dantesque existe. L’identité n’est PAS seulement culturelle.

    Les Juifs, les Palestiniens, même sans terre, sont toujours restés fidèles à leur origine.

    Savoir qu’on est des Gwada, avec notre langue, nos traditions, notre musique, notre cuisine, c’est bien. Mais, il faut aussi conquérir l’identité politique.

    C’est à dire le droit, sur notre sol d’être en tout, le premier concerné, c’est à dire les premiers acteurs du développement. Et qu’on ne vienne pas nous parler d’égalité hypocrite, de loi républicaine, d’art 73, ou tout est faussé depuis 1848 !

    Une région insulaire, avec une double, une triple insularité, n’a pas les mêmes contraintes qu’une région continentale. Bruxelles et Paris doivent mettre en place une politique pour que les dés soient moins pipés.

    Il faut là aussi, comme avec l’avènement de la femme en politique, instaurer la règle de la discrimination positive, avec des quotas, s’il le faut. En Corse, on parle de parité insulaire!!!.

    Le colonialisme avec sa brutalité imbécile avait secrété dans nos pays des anticorps, des alternatives avec des mouvements progressistes prêts à toutes les formes d’aventures et de lutte.

    (fisi, jandam, nou pa pè ! ansanm, ansanm, nou ké gan­nyé! )

    L’épidémie imbécile sans âme se répand. La pandémie menace. Il faut trouver l’antidote en instaurant la culture de la responsabilité.

    Messieurs et Mesdames les politiques, n’acculez pas le peuple guadeloupéen au désespoir. L’argument ultime pour se faire entendre et comprendre ne doit pas être toujours en réserve la seule puissance de la violence.

    L’angoissante, la terrible question est posée. Y a-t-il encore un avenir en Guadeloupe pour les Guadeloupéens ?

    DURIZOT JOCELYN
    (Source : Le progrès social, septembre 2004, N°2480 )

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  15. Jean HERITIER

    DISCRIMINATION POSITIVE : le triomphe de la confusion.

    VI- La victimisation à outrance


    L’autre méthode habituellement utilisée pour le repérage des discriminations consiste en une approche purement quantitative et arithmétique assez primaire. S’il n’y a «que» 11 % de femmes députés à l’Assemblée nationale, par exemple, cela suffit à conclure à une pratique partisane sexiste et donc discriminatoire du milieu politique. S’il y a peu d’acteurs ou de figurants noirs au cinéma, à la télévision ou dans la publicité, c’est que les médias pratiquent des discriminations volontaires ou «indirectes»…
    La technique est aussi efficace que le piège qu’il tend, et pour deux raisons.
    La première est qu’il revient au présumé coupable d’apporter la démonstration qu’il n’a pas commis de discrimination. C’est non seulement agir en contradiction avec l’esprit des lois françaises qui veut que c’est à l’accusation de prouver son préjudice, mais la défense est même dans l’impossibilité statistique de produire des chiffres de minorités puisque la loi fait interdiction de faire mention de l’origine, de la race ou des tendances sexuelles des personnes.
    L’autre raison est dans l’incapacité de pouvoir mesurer les effets pervers des doctrines communautaristes. Comment, en effet, faire la preuve que l’incitation à cultiver la différence, à refuser les codes dominants (vestimentaires, civilités…), quand ce n’est pas légitimer ouvertement la violence et la délinquance, finit aussi par créer une méfiance diffuse. Comment, par exemple, expliquer qu’un employeur métropolitain ne peut pas engager un jeune saint-martinois qui reste résolument attaché au port de son bonnet ? Comment faire confiance à ce dernier quand l’absence ou les retards deviennent une justification culturelle ? Comment travailler avec lui quand la moindre demande du respect du Code du Travail est aussitôt considéré comme un retour de l’esclavage ?
    Même si en droit civil « nul n’est fondé à se plaindre de sa propre turpitude», il est aujourd’hui impossible de faire la part entre ce qui relève de la discrimination sexiste ou raciste évidente, et ce qui est imputable aux membres des groupes considérés eux-mêmes, et qui relève donc de leur propre responsabilité.

    La difficulté atteint même son point d’orgue avec la technique de la victimisation à outrance qu’excelle à développer le communautarisme. Les «populations d’outre-mer», victimes de la colonisation et de l’esclavage, auraient ainsi un droit éternel à réparation. Pas un jour, en effet, où n’est pointée la faute passée des Blancs ; pas un journal télévisé de RFO sans que soit fait référence à l’atrocité de l’esclavage.
    Sans vouloir minimiser cet épisode douloureux – et ce n’est que justice de l’avoir qualifié de « crime contre l’humanité » – l’honnêteté voudrait pourtant que l’on admette aussi que la page est enfin tournée. Comme une femme actuelle ne peut raisonnablement se plaindre de subir des discriminations juridiques, ou un Breton de l’an 2000 d’avoir été brimé dans son expression linguistique, pas un Antillais contemporain ne peut sérieusement prétendre aujourd’hui avoir connu l’esclavage. C’est comme si, en tant que fils de Résistant, j’allais demander des réparations à l’Allemagne actuelle pour son passé nazi…

    Ce passé douloureux de servitude justifie pourtant à lui seul l’exigence de droits supplémentaires ou d’obligations moindres. Bien que Aimé Césaire disait qu’il ne fallait pas « être esclave de l’esclavage », ce crime ancestral est toujours brandi par les élites «domiennes» pour conserver ou obtenir des privilèges fiscaux, salariaux, sociaux ou des trombes de subventions. Pire, il sert de moyen par excellence pour accabler et culpabiliser les Métros qui sont pourtant, comme les créoles, tributaires de l’Histoire. A suivre le raisonnement des « victimes », le Blanc, obligatoirement nanti et raciste, vivant nécessairement dans le luxe et l’abondance, serait chargé de tous les maux. A peine peut-on faire remarquer qu’en France des familles populaires sont ravagées par le chômage, l’alcool et la désespérance ; que les SDF dans le métro ne sont pas tous des étrangers ; qu’un candidat français de 50 ans est nettement écarté de l’embauche (près de 4 fois moins de réponses), à peine moins qu’un candidat maghrébin; qu’à contrario, parmi les grosses fortunes de France figurent des footballeurs, des chanteurs, des athlètes d’origine immigrée… Que localement, des habitants, Blancs et Noirs, vivent chichement à Concordia et à Quartier d’Orléans, alors que d’autres, Blancs et Noirs, se pavanent en grosses cylindrées et se gavent dans les quartiers résidentiels. Rien n’y fait : on veut combattre des préjugés en assenant péremptoirement d’autres préjugés.

    Le phénomène n’est certes pas spécifique aux Antillais, et on pourrait aussi citer les petits-fils de Harkis dont la volonté est de transmettre de génération en génération la dette de la France à l’égard de leurs grands-parents.
    Mais le désir local d’entretenir ici une sorte de «mentalité de créanciers » n’est, à la finale, ni honnête ni constructive, et aura, à coup sûr, de graves conséquences dans un proche avenir.

    (à suivre)

    Jean Héritier
    Historien et philosophe.

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