Don Quichotte de Red Rock

Les citoyens doivent être consultés 

Dans mon article du 11 Octobre, la question était soulevée : Pour ou Contre le Projet d’éoliennes  ?

Les amoureux de l’éolien vont  se réjouir. A Red Rock le « Tour de Table des investisseurs »  engage 3,8 millions d’euros ( Alain Crenn et Richard Hennessy) dans un calcul de rendement à 12% l’an. Leur savoir-faire habituel, leur compétence, c’est le pognon rapide pour le développement durable de leur patrimoine financier.

Est-il compatible à nos yeux, avec l’intérêt touristique qui consiste à préserver absolument la beauté naturelle de notre littoral ? Les habitants de Cul de Sac nous alertent et rendent sensibles à la réflexion  les autres citoyens de ce petit Territoire.

 Vu le bétonnage au Sud de l’île ( Cupecoy,  Dawn Beach,  Guana Bay …) la valeur d’avenir du côté de chez Martin n’est-elle pas de préserver aujourd’hui la beauté du paysage insulaire de demain ?

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Mon propos ne remet pas en cause les recherches  ingénieuses du bureau d’étude, ni le savoir-faire des industriels. Je ne critique pas la conception nouvelle et performante d’une éolienne de haut rendement, dont le démontage est adapté aux risques d’alertes cycloniques ( dès lors qu’une équipe locale compétente est disponible.) L’industriel Sarens participe à l’innovation.

Un tel projet a séduit et impliqué le Maire du Moule en Guadeloupe. La Guadeloupe va développer cette présence éolienne.

Du côté de chez Martin, le projet éolien est bien réel. Des zones éoliennes sont prévues depuis l’an 2000  dans le Plan d’Occupation du  Territoire.  Pour que le niveau de 10%  d’énergie éolienne livrable à l’EDF soit atteint comme l’indique le rapport  d’enquête publique, il conviendra en réalité d’installer au moins six autres nouvelles éoliennes en plus de la ferme de Red Rock. Ces autres sites existent.

Une douzaine de moulins à vent sur cette île ?

Est-ce que cela ne mérite pas préalablement débat, échanges d’informations et référendum  citoyen ? Gouverner c’est prévoir. Les pessimistes diront que  les leaders politiques eux-mêmes ne seront pas capables de décider. 

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Ici l’avantage naturel c’est le soleil. Notre carte maîtresse : un taux d’ensoleillement qui est géographiquement l’un des meilleurs de la planète. C’est là-dessus que les ingénieurs peuvent innover et les fabricants audacieux trouver une demande des ménages et des collectivités sur le marché régional antillais. Les propriétaires équipés anti-cyclonique représentent une clientèle captive pour l’installation d’une énergie renouvelable. C’est une filière créatrice d’emplois. Comment expliquer cette absence totale de panneaux solaires photovoltaïques sur le toit des maisons individuelles ?  Sur leur voiliers, pour leurs besoins à bord, les marins modernes génèrent leur électricité  de bord par la présence naturelle du vent et du soleil.   Blog 1 2 3 Soleil

 

Sachant que sur la facture Edf la part des climatiseurs représente souvent 70% de la consommation, avec des climatiseurs économiques  ( adaptés pour consommer moins ) n’y a t’il pas une piste sérieuse à envisager pour réduire la consommation énergétique des ménages ?

 Du retour du Sénat où ils viennent d’obtenir entière satisfaction sur le contenu de l’article 74 fixant les prérogatives de la nouvelle Colletivité d’Outre Mer, le Maire et les élus territoriaux devraient s’impliquer sur la place des énergies de substitutions à prévoir dès aujourd’hui pour les quinze prochaines années. Avec ou sans éoliennes ?

Développement durable ~ Définition  : « Un type de développement qui permet de satisfaire les besoins des générations présentes, sans réduire la possibilité des générations futures de satisfaire les leurs ». Antoine de St Exupery dit simplement  «  Nos enfants n’héritent pas de la Terre, nous leur empruntons ».

L’homme consomme les ressources plus vite que la planète ne peut les régénérer. La planète ne peut plus suivre notre croissance. Les effets industriels produisent  un réchauffement climatique, dont la preuve évidente est la fonte de la banquise sur les  Pôles en chaleur

La seule  certitude, c’est  la contribution sur la grande Arche de Noé de notre île confetti  par la surveillance de son sanctuaire baleinier, en hiver à la saison de la reproduction dans une eau à 28°.

C’est assez ?  

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4 thoughts on “Don Quichotte de Red Rock

  1. busterk

    bravo pour ton superbe blog ! je vois que tu t’es adapté très vite à la nouvelle plate-forme ! j’ai une question concernant le portfolio : quelle option actives-tu pour partir d’une vignette et faire apparaître l’image en grand ? c’est classe !

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  2. OPERA

    C’EST BIEN DE S’INTERROGER SUR LES EOLIENNES.
    MAIS QUE DOIT ON DIRE A PROPOS DU PERMIS DE CONSTRUIRE DELIVRE POUR LA CONSTRUCTION D’UNE VILLA JUSTE AU BORD DE L’EAU EN FACE DE L’ILET PINEL ?

    ET LES RESIDENCES DONT L’ARCHITECTURE EST DEGUEULASSE, CONSTRUITES PAR LA SEMSAMAR TOUT LE LONG DE LA ROUTE QUI MENE A LA DECHARGE ?

    ET LA DECHARGE QUI FUME DEPUIS DES ANNEES ET QUE L’ON REPERE A DES LIEUES ?

    ALORS SE LAMENTER POUR 3 OU 4 EOLIENNES TOUTES GENTILLES ET QUI N’ ONT JAMAIS FAIT DE MAL A PERSONNE JUSQU’A PRESENT, JE TROUVE CELA MALHONNETE.

    ET PUIS S’IL Y A DES GENS QUI ONT PRIS LA DECISION DE FAIRE DU FRIC GRACE A CELA TANT MIEUX POUR EUX.

    EN ATTENDANT Y A PERSONNE POUR FAIRE QUELQUE CHOSE POUR LA COMMUNAUTE. ST MARTIN C’EST L’ILE DU « ON NE VEUT PAS » :

    ON NE VEUT PAS DE ROUTES POTABLES.

    ON NE VEUT PAS D’EAU POTABLE.

    ON NE VEUT PAS D’ECOLE OU ON PEUT APPRENDRE.

    ON NE VEUT PAS DE LA BONNE BOUFFE POUR NOS ENFANTS.

    ON NE VEUT PAS LE BIEN DE NOS COMPATRIOTES.

    ON NE VEUT PAS DE PERSONNELS COMPETENTS POUR L’HOPITAL, L’AEROPORT, L’ELECTRICITE, LA COMMUNE ETC ETC.

    ON NE VEUT QUE DES SALOPERIES. QUAND ON VIT AVEC DES CONS DANS DE LA MERDE ON NE SE PREND PAS LA TETE.

    BON COURAGE POUR LA NOUVELLE COLLECTIVITE.

    OPERA

    @ Opéra

    T’es drôlement fa chez mon ComiC

    Bien sûr con voeux toussa : des Rtes Potables, des bonnes écoles, de l’eau potable ET des citernes pluviales  etc …

    Moi qui  balance entre deux âges, j’écoute la fin de ton message. Le temps ne fait rien à l’affaire :  » On ne veut que des saloperies, quand on vit avec des cons dans de la merde, on ne se prend pas la tête »

    L’Opéra dégoût : Pourriez-vous étayer votre point de vue, en vous référant à la place citoyenne pour l’éthique, la morale et le social  ?

    Respect, Tolérance & Fraternity

    Jah Be

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  3. Julius Trébuchet

    ATIKAHAO, RAVAGEE PAR LE TOURISME ET LE SORT 

    Il y a quelques années je faisais relâche sur Atikahao, un petit havre abrité dans le passage de Mona, à la frontière de Kiskéïa et au sud-ouest de Borinken. Irriguée par 4 sources, c’était sans doute l’une de ces îles les plus ignorées du monde. Elle abritait alors un splendide verger de plus de 170 hectares plantés de 4 000 arbres produisant agrumes, cocos, choux palmistes et autres mangues. Ce véritable paradis de verdure bordé de plages, entourées d’un lagon au sud, surplombait la mer par une sorte d’abrupt de rochers volcaniques au nord-est.
    Depuis des générations, l’agrumiculture et la pêche nourrissaient les êtres humains qui y vivaient, parfaitement intégrés au biotope du territoire. La production maraîchère (pois divers, blettes, tomados, bananes, ignames,…) garantissait l’équilibre alimentaire d’une population apparemment en bonne santé. Selon toute vraisemblance l’organisation agricole, centrée sur une utilisation raisonnable de l’eau, permettait une production vivrière importante.

     Depuis longtemps, le plan d’irrigation fondé sur l’exploitation rigoureuse des sources et des citernes assurait une répartition de l’eau mesurée et gérée de façon commune. Chacun avait alors accès gratuitement à l’eau qui circulait dans toutes les parcelles grâce à un ingénieux réseau d’irrigation. Les conflits inhérents à l’arrosage lorsqu’ils apparaissent, étaient réglés par un tribunal populaire souverain qui assurait l’équilibre social d’une population autosuffisante sur le plan alimentaire. Tout le monde trouvait ainsi sa place dans cette organisation qui assurait finalement au groupe les moyens de sa reproduction.

    Quelque temps après avoir quitté avec regret Atikahao, j’apprenais que cette oasis de tranquillité risquait bientôt de se voir confrontée à l’un des plus terribles chamboulements n’ayant jamais franchi le passage de Mona : des financiers semblaient s’intéresser au développement touristique de la zone, bien sûr sans se préoccuper de la qualité de vie des autochtones qu’ils finissent toujours par soudoyer …
    En effet, le fragile équilibre économique et social d’Atikahao va être fortement remis en question vers les années 1986, période durant laquelle le gouvernement – à l’aide de lois léonines assouplissant notamment les contrôles de mouvements de capitaux – met en œuvre les charmes discrets de l’État minimal et donne la priorité au tourisme international. Il cofinance l’aménagement d’un aéroport international à Atikahao pour désengorger les côtes d’autres zones touristiques surpeuplées par les occidentaux. Une douzaine d’hôtels de grand standing apparaissent pour attirer des touristes du monde entier vers des séjours clés en main. Tout est garanti par le tour-opérateur, de la fête antillaise au zouk le soir, avec musiciens « folklorisés », jusqu’aux croisières de plaisance sur quelques catamarans, également défiscalisés.
    Coupés de toute communication avec la population locale, les visiteurs participent à cet apartheid touristique dans la juxtaposition d’un monde schizophrène où les quelques contacts existants sont d’origine commerciale. Ce qui ne permet à aucun moment aux deux mondes de se comprendre ou de partager les mêmes préoccupations.

    Cantonnés dans un rapport social de consommation, les visiteurs consomment l’eau sans retenue : unités de dessalement pour les jardins, les pelouses, les piscines et canalisations d’eau potable assurent l’approvisionnement des réserves à touristes. « Celui qui voyage sans rencontrer l’autre ne voyage pas, il se déplace.» Il emmène avec lui ses représentations du monde et repart avec les mêmes idées, renforcées par l’expérience puisqu’il n’a pas su s’enrichir au contact de la culture des peuples autochtones.
    Couplée à une fragilisation du régime des pluies et à une montée générale de la moyenne des températures annuelles, la situation des agriculteurs de l’île s’est fortement dégradée. Gérée historiquement de manière raisonnable, l’eau est devenue un bien comme les autres. « Celui qui peut payer obtient le produit. » Cette substance autrefois suffisante est devenue rare en se commercialisant. Elle est désormais payante pour l’arrosage et peu d’agriculteurs ont pu survivre. Progressivement, ils abandonnent le travail de la terre pour se consacrer aux activités touristiques. Ils passent rapidement de la logique de l’Homo situs à celle de l’Homo economicus, tournant le dos à des siècles de survie sur leur territoire.
     

    Le mythe des îles des mers du sud


    Cela ne sera pas sans conséquences sur les personnes les plus fragiles de la communauté, c’est-à-dire les jeunes. Quelques-uns ou plutôt quelques-unes vont trouver des emplois dans les hôtels et chez les tour-opérateurs de l’île. La grande majorité, plus flexible encore, sert de réserve pour s’ajuster à la demande touristique. Or, depuis les événements du 11 septembre 2001, ce secteur d’activité est en crise. Ainsi, avec plus de 30 % de chômage, toute la zone se trouve maintenant dépendante de l’offre extérieure.
    Tout d’abord sur le plan alimentaire. Les légumes arrivent surtout de l’extérieur : ils sont produits dans d’autres lieux à forte productivité, où les équilibres écologiques et sociaux sont bousculés, mais avec des coûts de production inférieurs à ceux de l’île. Le calcul et la philosophie en termes de coût se sont imposés à la place de la capacité d’auto-organisation des insulaires. L’économisme larvé a déstabilisé le fragile équilibre du territoire.
    Ensuite au niveau financier. Face au manque de liquidités, l’économie touristique demeure la seule source de revenus monétaires. Mais cette activité dépend du contexte international. Alimenté par les médias, le mythe des îles des mers du sud connaît toujours un certain succès. Toutefois, même les prix attractifs ne peuvent contrebalancer la crainte du terrorisme ainsi que celle liée à une réelle délinquance locale.
    Enfin dans le domaine culturel. La référence devient le modèle américain. L’attraction du tourisme de masse génère des besoins que la production locale ne peut satisfaire. Les jeunes sont prêts à vendre leur âme – et au besoin leurs corps – pour obtenir une pièce, un objet ou même une adresse… Premiers éléments de l’illusion migratoire qu’ils entretiennent comme seule issue à leur frustration. Ces relations fugitives masquent progressivement la qualité de l’accueil traditionnel.
    Charles-Abel, le vieil écrivain public de l’île, en est le témoin : « Il y a quelques années encore, les jeunes voulaient bien faire des efforts pour respecter la tradition… Mais maintenant, cette jeunesse nous désespère. Ils ne veulent plus travailler la terre de nos ancêtres, ils préfèrent se pervertir au contact des groupes de touristes. Ils cherchent l’argent et pas l’amitié : ce sont deux choses différentes. L’insulaire doit accueillir l’étranger et partager avec lui ce qu’il possède de meilleur. – Vous n’essayez pas de leur montrer où sont les valeurs du peuple d’Atikahao ? – Bien sûr, mais ils sont fascinés par le monde américain… »La minorité possédante et le capital touristique occidental ont rapidement mis la main sur cette rente touristique au détriment de la population locale. Pis, le tourisme est regardé comme la seule solution pour le prétendu développement de la zone. Le vecteur principal de cette colonisation des imaginaires demeure le mythe du développement et de l’Occident.
    « Autrefois, je pêchais avec mon père et mon oncle, confie Jojo, 30 ans, assis sur un banc et attendant les touristes. Mais le travail était dur. Et souvent, malgré nos efforts, on ne parvenait pas à ramener l’argent nécessaire à la famille. Avec le tourisme et le poison congelé qui vient du Pérou ou d’ailleurs, il n’y a plus de place pour les pêcheurs d’Atikahao. Le travail que faisaient nos anciens, nous, on n’est plus prêts à le faire. On préfère « trafiquer un peu » et travailler avec les touristes. » Et si les touristes ne viennent pas ? « Eh bien, on attendra qu’ils arrivent… La situation finira bien par s’améliorer ! »
    Cette pollution physique et morale est symbolisée par le recul de la végétation et des cultures au profit du béton. Seules 15 % des terres sont encore cultivées, et de nombreux arbres fruitiers ont disparu faute d’arrosage et d’entretien. Plages, jardins, bords de route et chemin servent de réceptacle à bouteilles et détritus de toute sorte – résidu matériel et dérisoire d’une pollution touristique que les insulaires eux-mêmes finissent par ignorer.
    Le circuit routier d’à peine 123 km est encombré de véhicules surtout de type 4X4 qui à certaines heures roulent à la queue leu leu comme dans les plus grandes métropoles occidentales. Voici deux ans les responsables politiques ont affrété plusieurs grosses barges afin de débarrasser plus de 210 carcasses de voitures en direction d’une usine de compactage situé sur Kiskéïa …
    De plus, au lieu de construire une déchetterie et l’indispensable unité de retraitement des ordures, un chantier pharaonique de construction de golf en zone longtemps protégée comme lieu unique de nidification d’oiseaux migrateurs, défigure les derniers vestiges de ce qui fut le verger d’Atikahao. Comment faire pousser du gazon avec au minimum « 35°C à l’ombre » durant toute l’année ? C’est le pari relevé par ce chantier de terrassement qui va se ravitailler à la nouvelle usine de dessalement pour maintenir des gazons plantés en plein soleil. On peut donc penser que le pire est encore à venir… Voilà comment une île jadis autosuffisante au niveau alimentaire, fière de sa culture et de son identité, a laissé à une minorité d’individus le soin d’organiser son présent et son avenir. Les projets « développementistes » tournent le dos à la tradition pour imposer une industrie hôtelière et touristique au service des Occidentaux et d’une minorité possédante, qui pourront toujours faire du golf sous les cocotiers… Plaisir obscène et dérisoire, qui remet en question les fragiles équilibres écologiques et sociaux d’une population locale déstructurée, ayant déjà vendu son âme et quasiment sa terre …  
    Le mauvais sort et le mystère
     Du temps passa. Après une longue absence je m’en retournais dernièrement en Mer des Caraïbes et tirais quelques bords dans le canal de Mona à la recherche de la fameuse Atikahao dont je finis par retrouver la trace. Après en avoir franchi la passe et amarré mon bateau, je regagnais la terre ferme qui paraissait curieusement déserte. Quelques cocotiers faméliques disputaient la place à des buissons d’épineux et à des herbes folles qui recouvraient des monticules, ruines ou vestiges de ce que fut le village. Poursuivant mon exploration je retrouvais un pan délabré du mur pourtant si épais de la chapelle St Léopold construite en 1714. Autour, le cimetière d’aspect plus vaste paraissait à l’abandon et des tombes sans inscriptions étaient comme gardées par des sentinelles-cactus, raquettes et autres « têtes à l’anglais ».
    Prenant la direction du verger de l’île, je constatais la disparition des routes et chemins ainsi que de toutes ces constructions hôtelières et commerciales qui avaient attirées autrefois tant de touristes et de résidants sur le paradis d’Atikahao. Plus rien ! Pas le moindre vestige de fenêtre ou de porte, d’enseigne, de panneau ou d’installation électrique ! Tout avait entièrement disparu. Seul parfois un bref rayon lumineux provenant d’une brisure de verre usé m’éblouissait, tandis que le bruissement d’un anoli fuyant sur les feuilles sèches me mettait aux aguets…
    J’arrivais aux confins du verger de l’île, là où le golf était en projet lors de ma dernière visite. Grimpant vers les rochers de la falaise, je découvris au creux de la ravine une petite case en bois, totalement invisible depuis le bord de mer. Sur l’arrière coulait l’eau limpide d’une des 4 sources, que des canalisations de bois fouillé acheminaient à nouveau vers un terrain planté d’une dizaine de jeunes arbres tous différents, où je reconnus l’oranger, le citronnier, le latanier, le choux palmiste, mais aussi un manguier, deux cocotiers nains et un acajou.
    Revenant songeur sur mes pas, je contournais la petite case par la gauche et tombais en contrebas sur un jeune « kenettier » sous lequel un petit terre-plein était surmonté d’une croix de bois.

    Je pus y déchiffrer l’inscription suivante gravée au couteau : CHARLES-ABEL L… 1921-2012. Avant de quitter la région, lors d’une escale dans un port voisin j’appris par un vieux pêcheur de Desecheo les malheurs qui avaient frappé Atikahao. Selon ce brave homme, l’île fut d’abord touchée par une curieuse épizootie des batraciens et des lézards qui périssaient en consommant l’eau stérilisée des unités de dessalement. Quelque temps plus tard un enfant d’origine européenne mourut d’une grosse fièvre. Après que d’autres cas se produisirent, le corps médical indiqua qu’il s’agissait vraisemblablement d’une grave pandémie de paludisme, transmis par des « Anopheles funestus » importés par des touristes en provenance de Madagascar. Ces moustiques se développant partout à très grande vitesse du fait de l’absence de prédateurs pour les éradiquer, se révélèrent également résistants aux insecticides et infectèrent près des 3/5 de la population qui préféra s’enfuir et même s’expatrier, laissant tout en l’état.
    Les habitants qui restèrent étaient en fait des autochtones immunisés contre cette maladie. Ils furent néanmoins confrontés un mois plus tard au cyclone Samson, lequel 20 ans après le cyclone Hugo déferla toute la nuit sur l’île avec des vents de l’ordre de 200 nœuds. Atikahao subit le même sort que Sodome et fut totalement détruite par les flammes d’un incendie qui éclata à l’aube alors que le vent soufflait encore à près de 90 nœuds !Les survivants de la catastrophe quittèrent l’île maudite le surlendemain après avoir enterrés à la hâte leurs défunts tout à l’alentour de la chapelle St Léopold, fendue en deux. Seul le vieil écrivain public à moitié aveugle refusa de s’en aller, prétextant qu’il avait encore à faire sur Atikahao avant de partir.
    La vedette des phares et balises lui rendait visite toutes les semaines et le second, son ami Paulo ne manquait jamais de le ravitailler en tafia et en allumettes. C’est ainsi qu’il y a un mois, le Capitaine remplaçant son second malade, vint pour accomplir sa mission hebdomadaire. Il trouva le vieil homme comme assoupi dans sa berceuse. Curieusement, Charles-Abel ne répondit pas au bonjour du Capitaine ! Il tenait juste dans ses bras une croix de bois où était gravé au couteau …Il me vint alors à l’idée de retourner vers mon ancien havre de paix afin de saluer une dernière fois le verger et son curieux écrivain public. Pendant deux jours j’ai tiré bords sur bords, quadrillant le passage de Mona en tout sens, hélant chacune des embarcations croisées, en vain ! Pas d’île d’Atikahao en vue !
    N’ayant plus personne à qui m’adresser, je consultais fébrilement mes cartes et mon carnet de bord. Je ne trouvais plus nulle part la moindre trace d’Atikahao…
    Et vous, avez-vous peut-être entendu parler de cette île ?  

    (Cette fiction a été probablement réalisée partiellement à partir d’un article de Cl. Llena, le 2 novembre 2013) 

    Julius Trébuchet  

    PS : Je viens de recevoir un courrier contenant une vieille feuille de cahier sur laquelle sont écrits quelques mots d’une écriture tremblante quoique régulièrement calligraphiée :  

    EN TAINO,  ATIKAHAO VEUT DIRE « TRIANGLE DES BERMUDES » 

    signé CHARLES-ABEL L…  DEPUIS LE VERGER, LE 12 NOVEMBRE 2013

    Le timbre à date de l’enveloppe jaunie était totalement illisible !

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  4. ebolavir

    « Sachant que sur la facture Edf la part des climatiseurs représente souvent 70% de la consommation, avec des climatiseurs économiques ( adaptés pour consommer moins ) n’y a t’il pas une piste sérieuse à envisager pour réduire la consommation énergétique des ménages ? »

    Hélas, le climatiseur économique, c’est comme le radiateur électrique à faible consommation. Celui qui consomme moins chauffe (ou refroidit) moins, c’est tout. Le seul moyen de baisser la consomation, c’est de ne pas chauffer le paysage, donc d’isoler la maison, de la mettre à l’ombre si on peut. Et aussi accepter d’avoir un peu chaud (ou un peu froid, à l’endroit d’où j’écris).

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