Clin Deuil du Destin

La vie est un Contrat à Durée Déterminée

Nul ne peut être indifférent aux jeunes vies brisées devant ses yeux. Dans le rétroviseur de ces dernières années, deux crimes et un accident mortel, trois signes du Destin ont interpellé mon éthique citoyenne. Élucider la vérité.  En quête  ni de sensationnel ni de scoop,  mais simplement comprendre pourquoi  la Camarde a fauché. Ces malheurs pour les familles et les amis sont des signes du destin que ma conscience n’a pu contourner. L’œil du Jabiru n’est pas celui de l’autruche.

Fedior Dostoïevski pointait en connaisseur, tant sa vie avait été mouvementée, que « la vérité vraie est toujours invraisemblable ».
Ce qui était invraisemblable dans le meurtre de Cédric Dat (27 ans), à Pâques 2003 ( pour un scooter à 900 € ) c’était son destin dans la paume de la main écrit. Sa ligne de vie lui avait été  prédite avec une  mort jeune et violente. Ce qui était également invraisemblable, fut le comportement de censure conforme aux pratiques du Journalisme local .

Du côté de Marigot, les familles St Martinoises de souche et leurs élus, n’ont pas de penchants actifs pour les outils de communication . Le vide a été comblé par les Blancs-France, tant pour les magazines touristiques que pour la presse quotidienne. Le traitement de l’information locale influence la conscience collective. Les silences et les complicités  journalistiques sont lourds de conséquences pour la santé de la démocratie.

L’invraisemblable  dans les propos de douleurs de Stéphanie Clin, c’était «  la réjouissance du personnel hospitalier ».

La rumeur de St Martin propagée sur le Oueb a tout simplement travesti une erreur professionnelle fatale, en soit-disant conflit racial. La caisse de résonance médiatique est parvenue à créer le fantasme d’un climat de haine raciale sur la Friendly Island. 

Un effet du choc psychologique de la veuve du gendarme ( sa cauchemardesque invention relative au comportement des urgenciers)  a  été diffusé avec ardeur  par les commentateurs dans l’Hexagone, puis exploité idéologiquement (  Finkel Croute des Rosiers a lui-même grappillé cet exemple en surenchérissant sur des faits  non-vérifiés). Mais surtout les manipulations de l’extrême droite pour attiser la haine, étaient au rendez-vous du délire médiatique.

Les propos du Maire affirmant  « nous allons porter plainte contre X », l’espérance des citoyens à dire  «  la justice tranchera », sont restés sans suite immédiate. La passion collective est éteinte, la douleur des familles reste intacte. La justice des hommes et celle de Dieu …  Raphaël Clin  (31 ans). Le clin deuil  du destin.

Il y a un an pour lutter contre la désinformation, j’ai ouvert ce blog qui est devenu  la source la plus complète et la plus objective sur Internet concernant les circonstances  de la mort de ce gendarme.

En métropole, la police n’est plus  seulement en charge du maintien de l’ordre public et de la lutte contre la criminalité. Elle doit juguler les désordres nés de la dégradation sociale et économique des milieux populaires, laminés par vingt cinq ans de chômage massif, de précarité professionnelle et d’insécurité existentielle. Cette fonction de régulation des surnuméraires pour l’ordre libéral se reflète dans les statistiques policières.

Alors que les faits constatés par les services de police et de gendarmerie doublaient entre 1974 et 2004, le nombre de personnes interpellées pour infraction à la législation sur les stupéfiants  était multiplié par 39 et pour infractions à la législation sur les étrangers par 8,5… Dans le même temps, les taux d’élucidation (affaires résolues/faits constatés) régressaient fortement, passant de 43,3% à 31,8%.
Autrement dit l’activité policière se concentre sur des petits délits dont la constatation résulte de la présence policière dans la rue, ainsi que de l’intensification du contrôle de certains groupes sociaux. La police opère un profilage social quasi systématique, dont les « jeunes » des quartiers populaires et les migrants sont les principales cibles.

Pour mener à bien ces nouvelles missions, la priorité a été donnée à une police d’intervention plutôt qu’à une police d’investigation . Le développement des brigades anti-criminalité est significatif de ce mouvement, que certains policiers n’hésitent pas à dénoncer comme une « militarisation » de leur métier. Fortement dotées en matériels offensifs et défensifs (flash-ball et tasers), ces unités musclées préfèrent le « saute-dessus » à l’enquête.

Au delà de certains cas avérés de racisme, la brutalité des forces d’intervention a des raisons plus structurelles, au premier rang desquelles leur jeunesse. Celle-ci s’explique, outre les sélections physiques nécessaires pour y entrer, par le fort turn-over qu’elles connaissent.

Le directeur général de la gendarmerie, Guy Parayre, en déplacement sur l’île

Guy Parayre directeur général de la gendarmerie,
Guy Parayre directeur général de la gendarmerie,

a annoncé que les effectifs actuellement composés de 68 gendarmes seraient renforcés par 13 gendarmes supplémentaires, en raison « de résultats insuffisants en matière d’insécurité ».

Les policiers expérimentés les désertent, faisant jouer leur ancienneté pour demander leur mutation dans des services plus « tranquilles » ou des rapprochements géographiques de leur région d’origine. Ces unités restent donc dépourvues « d’anciens » qui pourraient inculquer des savoir-faire opératoires et donner quelques clés de décryptage de situations incompréhensibles à beaucoup.
Ces jeunes policiers, souvent issus de petites villes de province, sont socialement très éloignés des cités et de leurs habitants, qu’ils soient ou non d’origine immigrée. D’où leur malaise à intervenir dans des grands ensembles dont ils ne connaissent ni les codes ni le fonctionnement, ce qui se traduit à la fois par la peur d’intervenir et surtout par l’absence de distance au rôle qui caractérise des policiers de proximité plus expérimentés et en affinité avec leur terrain.

Dans un contexte politique appelant à la « reconquête des cités », ou plus simplement à « faire du chiffre », leurs interventions se résument le plus souvent à une répression sans délits, à des contrôles sans infraction qui sapent l’autorité de la police. Les interactions quotidiennes avec les groupes de jeunes prennent la forme de confrontations ritualisées dans lesquelles toute défaite, symbolique ou physique, de l’un ne peut être perçue que comme une victoire de l’autre.

Cette forme de rivalité mimétique explique les attroupements systématiques lors des contrôles et les « caillassages » des policiers par les jeunes, auxquels répondent d’inutiles vérifications d’identité à répétition, des intimidations, des humiliations, des coups, et l’usage de plus en plus fréquent des catégories « outrage » et « rébellion ». Cette situation induit une spirale de violence qui ne résoud rien en matière de désordres.

Le 24 Février 2oo6 je réfléchissais à voix haute  sur le contexte entourant l’accident mortel.Le Gendarme et le vieux Baobab de St Martin

Verba volent, scripta manent.  J’écrivais ceci :  » Si les mots DEVELOPPEMENT DURABLE ont un sens, que la République crée des tuteurs sociaux, pas seulement des militaires. Des emplois d’éducateurs de rue, moniteurs sportifs et artistiques… Ici l’horizon insulaire n’est pas le gris des cités de banlieues de l’Hexogone, mais le ciel bleu des Tropiques et la douce caresse des alizés. « 

La République a répondu à cette attente. Deux gendarmes et une gendarmette spécialisés dans la Prévention de la Délinquance Juvénile sont arrivés. Cette Brigade est dirigée par l’adjudant Jean Marie Thevenet. Il dit :  » Nous sommes une unité spéciale dans la gendarmerie nationale. 240 spécialistes, quarante brigades en France, plus une pour St Martin. Nous portons l’uniforme, mais pas d’armes. Nous ne faisons pas d’enquête judiciaire. Notre formation est psychologique. Mon travail c’est la compréhension des futurs adultes en difficulté, sans distinction de couleurs de peau ni de religion. »

L’adjudant a déjà servi en Corse, au Pays-Basque, en Russie et au Tchad avant de se retrouver aux Antilles. De ce qu’il m’a expliqué, j’ai compris que sa devise pour l’action, c’est le genre  « Restons groupés, l’union fait la force ».  Sa didactique est fondée sur l’application de la méthode du travail en réseau, à la base de la société civile. Fédérer les énergies, casser les cloisons bureaucratico-administratives, tisser les liens sociaux, repérer les besoins de résilience des « Los olvidados ». L’homme a de réelles qualités d’empathie.

Cette présence gendarmique pour la prévention des conneries juvéniles, sera utile pour dynamiser le peu d’éducateurs de rue dont nous disposons actuellement. L’incompétence notoire de Daniel Gumbs en qualite de 2° ajoint au maire, censé piloter les six années du Contrat Ville, plus la totale inertie de trois adjointes au Maire ayant délégation pour la jeunesse, pour les associations et la condition féminine, sont autant de symptômes révélateurs de l’urgence du tri sélectif des ordures payées à ne rien faire d’autre que trahir le mandat des électeurs. L’or dur de certains élus à ne s’occuper de rien d’autre que la gestion de leurs intérêts personnels . In goLd we trust,tandis que le peuple souffre !

L’adjudant  Thevenet et ses deux collègues  montent au filet,  en organisant un  tournoi de Street-Basket le 28 février. Bel hommage à leur collègue Raphaël Clin, car lui aussi se voulait  gendarme de proximité. Clin deuil du destin, le logo pour ce tournoi du fair-play de la BPDJ de St  Martin est réalisé par un Jacobin noir :Lucien Guillaume. Les frontières sont dans nos têtes

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Auteur/autrice : Jabiru

French Reporter in the West Indies

3 réflexions sur « Clin Deuil du Destin »

  1. « Mieux vaut une injustice qu’un désordre »

    La citation exacte est : « J’aime mieux commettre une injustice que tolérer le désordre ». Dans le contexte, Goethe tentait de convaincre (il a réussi) les magistrats de Mayence de ne pas exécuter un criminel (ça ferait désordre) la veille de l’entrée de l’Archiduc dans la ville. L’injustice consistait donc ici… à ne pas appliquer la justice…
    Si l’on positive la formule, cela nous donne « Mieux vaut la justice que l’ordre ».
    Ségolène nous parle d’ « ordre juste » et Nicolas lui répond, « l’ordre juste, c’est juste de l’ordre »…
    Est-ce un débat « romantisme » vs. « pragmatisme » ?
    De fait, l’idée de justice (et on peut en dire autant de l’idée d’ordre) – hormis dans la sphère religieuse -, n’est pas un en-soi. la justice ne se définit que par rapport à une injustice. Celle-ci est « relative »: ce qui est considéré injuste varie dans le temps, dans l’espace et même selon les individus.

    « S’il n’y avait pas d’injustice, on ignorerait jusqu’au nom de la justice »
    Héraclite d’Ephèse

    En réalité, il y a bien imbrication des dimensions religieuses et sociales : l’horizon de la justice est forcément divin (il a ses prétentions à l’universalité si l’on préfère), et l’ordre vient toujours d’en haut…
    Ceci pour dire que nous devrions nous placer dans les deux cas du point de vue de l’éthique.
    Et là, je crois que nous penserions tous que l’injustice crée du désordre comme le désordre crée de l’injustice.
    Ce qui frappe le plus un observateur à SXM, c’est que tout le monde pense être une victime: c’est dire le niveau d’injustice et de désordre, que chacun peut du reste constater.

    « Une injustice n’est rien, si on parvient à l’oublier »
    Confucius

    « Si on pouvait fouiller les coeurs et les consciences, on retrouverait presque toujours à l’origine des haines sociales, une souffrance physique ou morale, une injustice ou un vice d’argent. »
    Laurent Barré

    Hannah Arendt nous a montré que le social, c’est l’exclusion. les groupes sociaux se forment en rejetant d’autres groupes. La frontière est un marqueur plus significatif que le projet dans la sphère sociale. (Les frontières sont dans les têtes.)
    Je crois qu’on pourrait dire que la question ordre/désordre relève de cette sphère.
    A l’inverse, la sphère politique, selon l’auteure, a pour base comme pour horizon l’égalité.
    Je crois qu’on pourrait dire que la question justice/injustice relève de cette sphère.
    Autrement dit, je crois que la politique poursuit les fins du religieux par d’autres moyens (… sans renoncer au monde).
    Qui prendra le temps de méditer sur les écumes qui se forment dans les contacts permanents entre ces deux sphères pourra – peut-être? – nous indiquer comment sortir du syndrome de la victimisation à SXM et de ses effets délétères sur la justice comme sur l’ordre.
    Nous attendons toujours la femme ou l’homme politique qui n’opposera pas vainement idéalisme et pragmatisme, celui ou celle qui saura insuffler dans le corps social les anticorps nécessaires pour l’édification d’un avenir qui tiendrait ses promesses.
    Vu l’état du corps social à SXM, sans doute faut-il un thérapeute plus qu’un prophète. Une femme ou un homme qui permette à tous les groupes sociaux d’effectuer un transfert dans un projet orienté vers le bien commun, en transcendant toutes les définitions de ce dernier que l’on trouve dans les cultures co-existant dans le territoire.
    Il faudrait donc ouvrir les portes du présent, du passé et de l’avenir… et enfin reconnaitre que la conscience collective saint-martinoise bénéficie des apports de tous les groupes sociaux et culturels.
    Même un thérapeute ne peut avoir le « monopole du coeur ».
    Nous devons tous réapprendre à être humains.

    Arlindo.

    PS: ceci doit beaucoup à P. Sloterdijk

  2. J’aime bien l’application exotique de la république: sous les palmiers et aux sons langoureux de la guitare. J’adore l’art naïf, haïtien en particulier.
    Cher ami, ton blog me « vague  » à l’âme!

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