Sur l’ébriété supposée de Sarkozy au G 8

Par Richard Werly

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Heiligendamm, jeudi 7 juin, 17h30…

Source  Le Temps -Journal Suisse

Je vous parle en connaissance de cause. J’étais au troisième rang, juste devant la caméra dont les images du président français circulent aujourd’hui abondamment sur l’Internet. Ceux qui avaient pu, comme moi, atteindre le centre de briefing d’Heiligendamm étaient pour la plupart dans la salle. Presque un exploit : les protestataires anti-G8 ayant bloqué le train à vapeur reliant le centre de presse à la salle de briefing, distants d’une dizaine de kilomètres, les rescapés avaient été convoyés dans l’après-midi en bateau…. ou en hélicoptère. Beaucoup de journalistes français, coincés et furieux, durent d’ailleurs se contenter de regarder ce jour-là leur président sur écran.

GRAND VIDE

Résumons : l’intervention de Nicolas Sarkozy était la seule à cette heure. Pas de tension particulière ni d’agitation sécuritaire donc, dans ce centre de briefing monté de toute pièce à l’extérieur du Grand Hôtel Kempinski, pour que les grands de ce monde ne soient pas importunés par les reporters. Le reste s’est passé comme ça : Sarko est arrivé en retard, pressé. Eméché ? Cela ne m’est pas venu à l’esprit. Il ne titubait pas. Il semblait plutôt étonné d’être propulsé là, au milieu des journalistes, tous leur carnet de notes en main. Je l’ai senti plutôt angoissé par un grand vide. Pris de vertige. Un peu comme un trapéziste qui voit soudain le sol défiler sous lui. Il n’était pas serein (mais lui arrive-t-il de l’être?). Plus grave : il ne semblait pas non plus très bien préparé par ses conseillers à son premier punching-ball diplomatico-médiatique.

EUPHORIE PLANANTE

Le malaise venait du ton. Je l’ai dit dès la fin de la conférence à mon collègue Yves Petignat, aussi sur place pour couvrir le G8. L’hôte de l’Elysée était euphorique. Il planait. Au point de nous prévenir qu’il avait « gardé son calme » devant Poutine. Au point de demander, devant ses conseillers un tantinet éberlués, si  » la diplomatie française peut lui accorder un peu de marge de manœuvre « …Ce Nicolas Sarkozy paraissait éberlué, bluffé, étonné lui-même d’être enfin là, dans ce « saint des saints » de la puissance mondiale. « Dans ce G8, on n’a pas une seconde, on court de réunion en réunion », a-t-il poursuivi. Regards déconcertés des confrères. Ce président-là ressemblait à un grand ado un peu perdu, sortant de sa pochette surprise ses propositions pour sauver le monde : moratoire de six mois sur le Kosovo, annonce d’une prochaine visite au Royaume-Uni pour convaincre Gordon Brown de soutenir son « traité simplifié »…

A CÔTÉ DE LA PLAQUE

Je l’ai, pour tout dire, vraiment trouvé à côté de la plaque. Pas alcoolisé. Plutôt survitaminé. Comme dopé. Quelque chose sonnait faux dans ses mots. Il n’était pas ce soir là le chef de l’Etat français. Il était « Sarko » : cet énergique politicien qui vous veut du bien, vous sourit mécaniquement, est bourré de tics et ramène tout à lui : la victoire arrachée à Bush sur le climat, l’arrêt des souffrances au Darfour… Je l’ai suivi en campagne électorale, avec le correspondant du Temps à Paris Sylvain Besson. Il est comme ça. Il lui faut du pathos, de l’adhésion, une bonne dose de « Je », de « moi ».

Sarko G 8

IVRE D’ÊTRE LÀ

Amphétamines, alcool, déprime? Laissons de côté les rumeurs qui vagabondent sur l’Internet. Ce qui m’a sidéré, en cette fin d’après-midi au G8, c’est que Nicolas Sarkozy ne parlait pas de l’état du monde. Il nous parlait de lui, de sa « franchise », de son « agenda », de son « calme ». D’abord ivre d’être là. Saoulé par ses propres paroles.

 Richard Werly

Lire également sur le blog :  Blair et Sarko
 

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5 thoughts on “Sur l’ébriété supposée de Sarkozy au G 8

  1. Jean-Michel

    Le pouvoir suprême est une drogue dure bien supérieure, dans son ivresse, aux chimies trafiquées de Cali ou de Kaboul. A chaque instant, l’argent vous est donné, les sexes vous sont offerts, le destin, la carrière, la liberté, la vie, hier encore, de tous et de chacun, vous appartiennent.

    Le gamin de Neuilly commence sa véritable addiction. Le fils d’immigré hongrois au grand-père Juif, le fils d’une femme abandonnée par son mari, le petit gars d’1, 63 m (sans talonnette) et sans tune (chez les vrais riches), il rêvait de la dope la plus pure. Mais pour ne pas en crever tout de suite, pour en savourer l’exquise épouvante, il fallait y goûter un peu, juste un peu, mais très tôt, au sortir de l’adolescence, avant 30 ans déjà maire et député.

    Et puis, lorsque la profonde intoxication aura envahi l’être dans son entier, lorsque la vie même sera accrochée par l’extase du sommet, le dealer (le peuple) risque de se détourner, de ne plus renouveler les doses. Alors, comme un pantin maudit il cherchera l’ombre des sensations perdues, interdites et dans l’enfer du manque plus personne ne se demandera pourquoi il titube.

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  2. Voltaire Post author

    C’est un fait qu’au niveau du tourbillon des fréquentations diplomatiques à l’international, B. Kouchner Consultant a quelques longueurs d’avance. Le tarif des honoraires de cet imminent représentant de la Gauche caviar, est largement supérieur aux petites tricheries de Madame Tiberi.

    Félicitations à Jean-Michel pour le contenu de son analyse psychologique. Puisse sa prédiction être vraie. Et merci à Jabiru pour la qualité générale de sa production. C’est toujours un grand plaisir de pouvoir lire les articles de ses livraisons. Quand aux photos …

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  3. Pingback: Régis

  4. vincent

    Bravo, je pense que cet article devrait être publié sur tous les sites web de diffusion de vidéo, afin de remettre les petits révolutionaires anti-sarko, à leur place!

    Merci Monsieur le Suisse (si je ne m’abuse…)

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  5. JM

    Pourquoi ces ressentiments ?

    Notre fringant Président vient d’être intégré à la prestigieuse assemblée du G8, qui regroupe les Chefs des Etats les plus industrialisés et les plus puissants de la planète. Elu par 53% des Français, il y représente désormais à lui seul, la Nation française et en ressent une réelle fierté.

    Bien que les grands décideurs rotors de ce groupement possèdent une certaine longueur d’avance dans la pratique de ces rencontres, M. Sarkozy va s’empresser d’en découvrir les arcanes.. Evidemment, le nouvel venant devra s’exprimer dans un espace redoutable où la subtile indécision diplomatique demeure de règle. Et bien qu’il aime se présenter comme conciliateur, il tentera comme ses collègues de faire valoir ses points de vue tout en préservant certains intérêts bien compris… Car ce combattant des valeurs morales reconquises, ce valeureux résistant à la « pensée unique inversée », ne manquera pas d’y vouloir affermir prestige et aptitudes de fin manœuvrier.

    Convié pour la première fois à se prononcer dans de hasardeux débats, il lui faudra d’abord s’adapter aux traditions. Ainsi après que leurs sherpas leur aient préparé le terrain, tous ces hommes d’importance se retrouvent, parlementent et se congratulent. Notre Président pourra enfin intervenir, mais sans trop pointer le doigt. Puis il lui faudra jouer au jeu des questions-réponses, mais avec un panel de journalistes autorisés. Il leur confiera alors finalement ce que lui… et accessoirement quelques collègues ont estimé devoir mettre en œuvre afin d’améliorer le sort du pauvre Monde !
    D’ailleurs si le G8 se réunit régulièrement dans la foulée du Club de Bilderberg*, c’est en réalité afin d’autoriser nos édifiants démocrates à communiquer les grandes orientations décrétées en tapinois ailleurs, mais paraissant résulter de leurs laborieux et fructueux échanges. Ainsi notre talentueux tribun va-t-il être confronté à l’exercice périlleux de la conférence de presse internationale d’un G8, qui fut si diversement commentée par quelques journalistes, faut-il le souligner, non issus du sérail hexagonal.

    Un entretien prolongé avec Vladimir Poutine occasionnant un léger retard et voilà le motif de l’imbroglio qui mit notre Président sur la sellette ! Alors que tout essoufflé et plutôt « guilleret » M. Sarkozy sollicitait les excuses de son auditoire, un présentateur de la RTBF trouva là matière à soupçon. Sans doute peu habitué à la belle spontanéité de notre Chef d’Etat, il suspecta le grand homme de manifester quelques signes d’imprégnation. Il est vrai que sa mine réjouie, les démêlés avec son oreillette, ses hochements spasmodiques du chef et les blèsements dans ses propos liminaires pouvaient expliquer ces hâtifs commentaires, somme toute sarcastiques…ou simplement dignes d’une blague de Belge ? Allez savoir !
    D’ailleurs quel homme politique, face à toutes les potentialités qu’offre une telle tribune, ne serait pas un tant soit peu « émoustillé »? Saurait-il garder, en pareil cas, mieux que M. Sarkozy, toute la sérénité que requiert sa fonction ? D’autant que le G8 ne se livre pas de bonne grâce à ces nouveaux venus, surtout lorsqu’ils paraissent un peu trop confus dans leurs élans communicationnels…

    Heureusement, M. Sarkozy bénéficiait déjà de l’adoubement de son excellent initiateur états-unien. De même, son compère anglais n’allait guère se compromettre en lui promettant, juste avant son départ, une adhésion de principe à son traité simplifiée, chef d’œuvre actuel de notre grand homme. Et si les exquis entretiens avec le Japonais Shinzō Abe ont été délaissés, il est probable que ce fut par défaut. Quant à Mme Merkel, Présidente de ce G8, rien n’indiquant alors l’existence de la plus petite mésentente entre eux, M. Sarkozy n’y fera aucune allusion. En fait, le plus beau fleuron de ses intercessions resta pour lui son fascinant débat avec son « très calme » et « très intelligent » homologue – depuis lors quasi-ami – Vladimir Poutine.
    Selon ses dires, leurs échanges pertinents forcèrent notre Président à faire preuve d’autant de tolérance que de détermination. Et bien qu’il déploya toute sa capacité à esquiver l’adversité, il ne put que se persuader d’avoir convaincu son interlocuteur… puisqu’il n’obtint pas le moindre engagement de la part du malin moujik, formaté au KGB. Les « questions qui fâchent » furent pareillement abordées, provoquant sans doute ce fameux retard. De plus, certain du succès de ses entreprises auprès du Président russe, M. Sarkozy pouvait légitimement paraître « éberlué, bluffé, étonné lui-même d’être enfin là, dans ce “saint des saints” de la puissance mondiale. »

    Alors serait-ce finalement ce journaliste suisse du quotidien Le Temps, qui aurait vraiment cerné toute l’affaire ? En tout cas son commentaire fut encore plus sévère que celui du belge ! Selon lui, M.Sarkozy ne maîtrisait pas ses dossiers, d’ailleurs mal préparés par ses conseillers ; en réalité, notre Président n’aurait participé à cette conférence que pour parler de lui et de ses nombreuses interventions.

    Bien que plausibles, ces explications nous paraissaient toutefois incomplètes. Aussi après avoir mené notre propre enquête nous osons cette autre version des faits…
    En arrivant tout haletant devant le parterre de journalistes, Président eut ce qu’on appelle chez les coureurs, une sorte de fringale. Comme cela se produit souvent dans ce genre de situation, il se mit à « pédaler avec les oreilles » c’est à dire à produire ce mouvement incontrôlé de la tête, qui en dodelinant, trahit le coureur presque au bout de ses forces.
    Subitement il pensa à un discours que son nègre de service Henri Guaino lui avait préparé à tout hasard … au cas où …et qu’il venait de retrouver au fond de sa poche alors qu’il cherchait ses remèdes salvateurs. Pris d’une ultime frénésie, notre homme se croyant candidat à l’élection de futur président du Monde, déclama à mi-voix :

    « …Le régime nouveau sera une hiérarchie sociale. Il ne reposera plus sur l’idée fausse de l’égalité naturelle des hommes, mais sur l’idée nécessaire de l’égalité des « chances » données à tous … de prouver leur aptitude à « servir ». Seuls le travail et le talent redeviendront le fondement de la hiérarchie… Aucun préjugé défavorable n’atteindra [qui que ce soit] du fait de ses origines sociales, à la seule condition qu’il s’intègre dans [ce régime nouveau] et qu’il lui apporte un concours sans réserve. On ne peut faire disparaître la lutte des classes, fatale à la [globalisation], qu’en faisant disparaître les causes qui ont formé ces classes et les ont dressées les unes contre les autres. Ainsi renaîtront les élites véritables que le régime passé a mis des années à détruire et qui constitueront les cadres nécessaires au développement du bien-être et de la dignité de tous. »**

    C’est à ce moment précis que son petit récepteur auditif le rappela à davantage de discernement. Après quelques chuintements inaudibles, M. Sarkozy retrouva ses repères. Il entreprit aussitôt de répondre aux questions des journalistes, en usant de ses habituels stéréotypes qui conviennent si bien à toutes les situations…en somme toute la quintessence de sa realpolitik.
    Alors finalement que notre homme fut grisé de vodka, de dopants ou de lui-même, quelle importance ! Nos concitoyens désormais avertis des « exubérances » de l’ex-candidat président ne s’étonnent plus guère de ses logorrhées ni même de ses singulières pantomimes. Au mieux ont-ils esquissé un sourire complice…tandis que les autres en feront leur affaire. Car si en France, nous tentons de nous habituer à notre nouveau boulevardier de l’Elysée, nous devrions aussi comprendre nos amis Belges, Suisses et quelques autres qui sont encore un peu déconcertés !

    Plus intéressante sans doute reste l’étrange discrétion des commentateurs et des médias français. Et que dire encore des nombreux internautes – plus de 15 millions en quelques jours – qui visionnèrent les séquences reprises en boucle à partir du reportage de la RTBF ?
    Enfin pour ceux qui firent l’effort de lire ou d’écouter la totalité de la prestation de notre fringant Président, il leur suffirait peut-être de prendre connaissance des conclusions de ce G8, présentées le lendemain par Mme Merkel…Ils ne manqueraient pas de constater que l’analyse pondérée des propos respectifs des deux Chefs d’Etat ne souffre guère la comparaison.

    Benjamin Disraeli disait que « le monde est gouverné par des personnages très différents de ce qu’imaginent ceux qui ne sont pas dans les coulisses »! Mais savons-nous seulement que la République ne consiste pas à s’en remettre à un seul homme… si fringant fut-il?
    JM

    Notes

    * Outre les permanents de ce Club très discret, on redécouvre d’autres influents protagonistes de la globalisation, tels que cette année notre French Doctor, le généreux homme au sac de riz, nouveau Ministre des Affaires Etrangères et spécialiste du concept « d’ingérence humanitaire ».
    ** Cet extrait d’un discours bien connu a été très légèrement modifié afin de mieux s’harmoniser au contexte. Si le cœur vous en dit, recherchez donc l’original…

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