Les mœurs changent mais les préjugés persistent

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MARTIN LUTHER KING DAY

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par Opera

Je vais commencer par une histoire qui a défrayé la chronique aux Etats-Unis. Une histoire bien morbide à la sauce « Ketchup » comme il y en a plein au pays de l’ Oncle Sam . En 2oo7, cette affaire est devenue un emblème national dans la lutte pour les droits des noirs.

L’ARBRE DE JENA

jena.1201299302.jpgLes états sudistes nostalgiques d’une période bien sombre sur fond de Ku Klux Klan arrivent toujours à repousser les limites du cynisme et de ce qu’un esprit humain (normalement constitué) d’occidental européen peut supporter. Voila c’est l’histoire d’une petite ville – Jena – qui se situe en Louisiane; Etat bien sudiste à plus de 80 % blanc contrairement à ce que veulent nous faire croire les cartes postales. Dans cette ville il y a un lycée la « Jena high school », et dans la cour chauffée à blanc par le soleil il y a un arbre et une vieille tradition.

Autour de cet arbre il y a une frontière dans les têtes , invisible, car l’ombre de cet arbre est réservée aux élèves blancs! C’est comme ça depuis toujours.

« La tradition et le progrès sont deux ennemis du genre humain » écrivait Paul Valéry un auteur parmi tant d’autres très certainement inconnu dans ce lycée. Puis soudain un élève noir eut la malheureuse idée de vouloir rompre la coutume. Il écrivit au proviseur et demanda à ce dernier s’il pouvait s’asseoir autour de l’arbre du côté des élèves blancs. Réponse de l’administration :  Vous pouvez vous asseoir où vous voulez.  L’élève s’exécuta et s’assit dans le frais ombrage de l’arbre.

lynchage.1201287423.jpgLe lendemain trois nœuds coulants sont suspendus aux branches de l’arbre. Histoire de rappeler aux nègres les bonnes vieilles méthodes et le savoir-vivre. Un avertissement peut-être : si vous continuez ce sera pour de bon. Les vieux démons ressurgissent, tollé général de la communauté afro-américaine qui réclame justice et le renvoi définitif des auteurs de ce délit. Mais les manifestations à répétition n’y changeront rien car d’après la direction de l’établissement, il n’est pas nécessaire de renvoyer définitivement des élèves pour une petite plaisanterie de mauvais goût, quelques jours devront suffire. S’ensuivent alors plusieurs incidents qui aboutissent finalement au tabassage d’un élève blanc par six jeunes noirs, dont un jeune et talentueux joueur de football américain de 16 ans en fin d’année 2006.

Arrestation en bonne et due forme avec lecture des droits ( vaut mieux pas de vice de forme) des six jeunes et  incarcération. Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Le procureur en charge du dossier poursuit les six jeunes pour tentative d’assassinat et réclame ni plus ni moins 50 années de prison. Mais les indignations et la mobilisation sur le plan national des organisations de lutte contre la discrimination conduisent à la réduction des charges. Mychall Bell jeune espoir de son lycée et qui a participé à l’agression fera tout de même 9 mois de prison.

Les Etats-Unis de la France profonde 

chaines.1201286423.jpgPour revenir à notre confetti insulaire, l’amitié entre les peuples n’est pas au goût de tout le monde et encore moins dans les sphères politiques. Les frontières sont dans nos têtes et l’arbre de Jena est là pour nous rappeler des choses fondamentales plus importantes que de simples discours moralisateurs.

Si je prends l’exemple de Madagascar, le roi Ramada Ier avait su dès 1810 continuer une politique d’unification, soit réunir près de 17 ethnies différentes. J’envisage mal un pays sans union entre différentes communautés. C’est comme cela que la France s’est construite au fil des siècles.

Sur notre île, les communautés sont trop marquées. Les blancs d’un côté les noirs de l’autre. Les haïtiens d’un côté, les saint-martinois de souche de l’autre, les dominicains d’un côté ainsi de suite… La communauté antillaise (ou plus généralement des noirs du monde)  est stigmatisée par les déclarations de pseudo-intellectuels ou d’artistes en mal de reconnaissance, qui reprennent inlassablement les mêmes thèmes : identité nationale, colonisation, décolonisations, l’esclavage etc….
Mais la place de l’histoire, de la culture, du savoir est souvent gommée. Et ce sont les vieilles rancœurs, les haines qui sont abreuvées  et les chaînes infinies de l’esclavage qui encerclent nos têtes.

Arrêtons la langue de bois ! Barack Obama est-il considéré par les noirs américains comme  noir ou simple métis ? Un noir est-il américain ou afro-américain ? Pourquoi le terme négro-politain ? On a de plus en plus tendance à banaliser le poids des mots. Nous enfermons notre jeunesse dans un carcan de souffrance identitaire, un héritage de l’incompréhension des anciens face à la mondialisation et à l’assimilation forcée ou non à la mode occidentale.
Edouard Glissant déclarait à la télévision que la France est un pays raciste. Encore un pseudo-intellectuel que l’on n’a pas entendu lorsque Nicolas Sarkozy avait déclaré que l’Afrique était aussi responsable de ses malheurs.
Et les méfaits de la décolonisation ? L’on a qu’à dire que c’est la faute aux africains : ils avaient qu’à faire Polytechnique au lieu de danser comme des idiots et bouffer des bananes…
Comble du cynisme cela n’a pas empêché notre président d’appuyer la candidature du socialiste Dominique Strauss-Kahn à la tête du F.M.I , ce même fond dont les diverses politiques ont largement contribué à la ruine des pays du sud.

OÙ EST LA SOLIDARITÉ NOIRE ?

Je n’ai pas peur de dire que le premier ennemi du noir est le noir lui-même, qui allait chercher ses frères aux fins fonds des savanes pour les vendre aux bateaux négriers; que le bâton est sculpté par nous-mêmes pour mieux nous battre et le coutelas aiguisé par nous-mêmes pour mieux nous charcuter.

Le Rwanda et le Kenya en ce moment, sont deux exemples parmi des milliers des conséquences des tensions intercommunautaires qui existent souvent depuis des siècles. Le modèle antillais et afro-américain est calqué indubitablement sur le modèle africain. Nous n’avons pas encore pris conscience que le méchant blanc qui prenait un malin plaisir, il y a quelques décennies de cela, à se moquer ouvertement des nègres, a laissé la place désormais aux noirs qui le font tout aussi bien et même mieux.

En ce XXI° siècle, à l’heure où l’on parle de mondialisation, d’économie de marché qui obligent les différents peuples à être solidaires, je veux prendre comme exemple les indiens, les chinois, les peuples du pacifique, les européens. Où est la solidarité noire ?

Tant que nous continuons à croire ceux qui nous disent que le reste du monde est notre ennemi et en particulier le monde blanc,  nous ne pouvons pas voir que nous nous déchirons entre nous, que nous nous jalousons, que nous nous confortons dans le malheur de notre frère de couleur et que nous préférons tendre la main à un étranger plutôt que de tendre la main en premier lieu à notre frère de couleur.

La misère et la violence continueront à s’acharner. Il faut des histoires comme Jena, ou encore un noir traîné derrière une camionnette conduite par des fous furieux alcoolos et racistes au Texas, puis démembré par le macadam, pour que la communauté noire se réveille. Mais le quotidien reprend toujours le dessus.

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2 thoughts on “Les mœurs changent mais les préjugés persistent

  1. Jean-Michel

    Européen marié à une Africaine je sais que le doré sera l’adorée de l’avenir !

    Merci Opéra de ce chant nouveau, toujours nouveau… la lucidité mais mon frère n’oublies pas que comme disait Térence: « La complaisance procure des amis, la franchise des ennemis ».

    Amicalement.

    Reply

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