Lucien Guillaume, peintre et scupteur ayitien, mort trop jeune.

lucien guillaume
lUCIEN gUILLAUME PEINTRE ET SCULPTEUR HAITIEN

18 aout 1965- 1 janvier 2013

Je suis triste. Triste comme quand un ami meurt, un ami plus jeune que soi, le corps terrassé par un cancer du pancréas. Un  pronostic effroyable, puisque le taux de survie à 5 ans est de 3 à 4 % seulement. Trop tôt disparu. Né le 18 Aout 1965, il n’avait que 47 ans.  Il a précisément rendu son dernier souffle le 1er Janvier à 22 heures, tandis que l’ami Cyrinc Griffith, le doyen des artistes-peintres du confetti, soufflait lui ses 94 bougies.

dec-2007Guillaume était toujours souriant, calme, disponible et de bonne humeur, Jamais médisant, toujours mieux disant avec son large sourire.

Je t’ai rapidement  croisé  avant Noël à Concordia. J’étais pressé et t’ai salué de loin, heureux de te savoir de retour à St Martin. Tu m’as paru bien amaigri et affaibli. La nouvelle de ta mort c’est ton grand frère spirituel Charli  Etchegoyen qui me l’a annoncé. Sous sa protection (il t’a connu en Haiti à Camp Perrin)  tu as tenté ta chance ici à partir de 1991 puis tu t’es installé à Saint Martin.

Notre seconde patrie, est celle que l’on choisi pour y vivre heureux auprès de son arbre. Une boucle vient de se fermer, celle de l’amitié que nous avions tissé ensemble depuis 1998 dans l’association Art et Culture que je présidais pour la promotion des peintres locaux, flambeau depuis repris par l’association Art Lovers.

Sur le luxueux calendrier des peintres que j’avais édité en 1999, ton « Calmos Café » illustrait le mois de Mai. Plus tard pour illustrer le bi-centenaire d’Ayiti en 2004, j’ai publié ton portrait sépia, la palette  et le pinceau à la main. ( Discover Magazine n°19  page 78).

 Avec cette mort prématurée, toute la diaspora haïtienne de St Martin est en deuil. Guillaume était connu et apprécié par la majorité de ses compatriotes, qui comme lui se sont bien  intégrés sur cette île d’accueil. Tous les gosses que tu as éveillé et révélé à eux-mêmes sur le chemin de la création en arts plastiques  (que tu enseignais à l’école Sohane  à Marigot rue de la Liberté) se souviendront longtemps, longtemps de toi. L’Ayitien créatif  né à Port au Prince, qui s’est intégré et épanoui à St Martin, dans la constance de l’action artistique, avec les hauts et bas de l’équilibre financier des artistes.  Tu laisses un fils, Johny Guillaume qui vient de terminer  ses études en droit  international. Tu étais très fier de lui..

MonocycleL’œil de la cocasserie naïve s’exprime dans ses toiles,  certaines sont allées chez des collectionneurs en Bretagne avec l’aide de Sylvie Debonnet, sa compagne française, directrice de l’école Sohane.  J’en ai une qu’il m’a offert pour mon anniversaire en Novembre 2009, tandis que je renaissais à la vie après une lourde opération cardiaque au Chu de Fort de France en Martinique.

 Les tableaux sont des fenêtres ouvertes pour la rêverie. Surtout ceux de l’école ayitienne, les grecs de la Caraïbe que  les deux André – Breton et Malraux – défendirent. Dorénavant ton tableau devient une icône à notre amitié trop tôt rompue par ce clin deuil de la Grande Clémence.

Je me souviens d’une d’observation que tu avais relevé, en me décrivant une scène qui t’avait choqué dans les couloirs du métro de la ville où je suis né.

« J’ai vu dans le métro à Paris, dans les longs couloirs de la station Montparnasse, un homme marcher vite sur un tapis roulant, en mangeant son sandwich ! ». La vision de cet homme  sandwich pressé, m’a laissé rêveur. Comment bander la vie dans le stress des sous-sols  des grandes villes ?

Tout, dans les tableaux de Guillaume est à l’opposé de la fourmilière humaine urbaine. C’est en cela qu’il est profondément caribéen, inspiré par l’indolence sous la chaleur et la caresse des alizés. Les peintres ayitiens, malgré la pauvreté dans la survie quotidienne, poétisent l’existence et subliment la misère par la beauté naïve de leurs créations. Caresses des alizés ? Tu ne dédaignais  pas les lendemains de cyclones, pour stocker ta matière première de sculpteur végétal… Les troncs de cocotiers aux racines renversées, font cheveux sur la tête de tes hommes troncs. Ils sont nombreux à décorer les restaurants des plages de St Martin. On en trouve toujours au Galion  sur la Baie Orientale et au Calmos Café. Qui te remplacera ?

Voici le tableau que Guillaume m’a offert avec générosité, signé le 22.11.09 pour mes 59 ans, avec au verso cette dédicace : » A un amoureux de l’art haïtien, Jabiru mon ami de dix ans ». A la commande j’avais proposé un thème, lui décrivant au téléphone les différents éléments de l’image souhaitée. Auprès d’un « cocotier jacobin »,  ma vision du bonheur terrestre ! Maintenant  ce tableau devient pour moi une icône de haute valeur celle de la Fraternité Humaine. Guillaume je t’aimais bien et c’était réciproque. Nous étions fidèles l’un à l’autre.

Tes toiles sont signées L.Guillaume alors je t’appelais Guillaume, mais ton vrai prénom, c’est Lucien.

La tombe Lucien…

Auprès de mon arbre

Auprès de mon arbre – Collection privée

affiche exposition à l'hôtel de ville de St Martin

 

Chaulmère en Bretagne

 

 

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7 thoughts on “Lucien Guillaume, peintre et scupteur ayitien, mort trop jeune.

  1. ROGERS GHISLAINE

    C’est un choc pour moi tu m’apprends la mort d’un peintre que j’admire, quelqu’un de très gentil, serviable…a good person.
    Tu le fais revivre dans ce très bel hommage. PAINT ON MY FRIEND LET THE COLORS SHINE IN THE SKIES THE SEAS THE MOUNTAINS…LET THEM SHINE IN OUR HEARTS.

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  2. stephanie

    Bel hommage,j’ai moi aussi 2 toiles qu’il mavait offertes en 2000,bien sur à disposition pour une éventuelle expo…

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  3. nadege

    J’ai su que t’es parti mon ami, il y a juste quelques jours, je suis triste et tu resteras dans mon coeur pour toujours, je pleure encore ce départ inattendu. Je garderai précieusement la toile que tu m’as offerte avant de quitter St martin pour la France. Je n’ai que ce moyen pour te dire combien tu vas me manquer…
    REPOSE EN PAIX

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  4. Elsa M

    Voilà donc un bon article, bien passionnant. J’ai beaucoup aimé et n’hésiterai pas à le recommander, c’est pas mal du tout ! Elsa Mondriet / june.fr

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