Vent printanier au Vélodrome d’Hiver

Vel d'hiv

En jaune devant la Place de l’Etoile …

Texte initialement mis en ligne le 22 Juillet 2012

Le président Hollande vient de commémorer la rafle du Vélodrome d’Hiver de Juillet 1942 tandis que le vainqueur du Tour de France  est aux Champs Elysées,au pied de la place de l’Etoile avec son maillot jaune.

Soixante dix années plus tôt,  le 1er juin 1942, un décret du Commandement militaire allemand, impose le port de l’étoile de David en tissu jaune portant l’inscription JUIF, pour tous Juifs  de plus de 6 ans et de nationalité allemande, polonaise, hollandaise, belge, française, croate, slovaque et roumaine. Cette mesure touche quelque 100.000 Juifs dans la région parisienne. Malgré les efforts de Darquier de Pellepoix, le maréchal Pétain refuse de l’appliquer en zone sud. Elle y sera remplacée après l’opération « Anton » du 11 novembre 1942 par l’apposition du mot « Juif » sur les cartes d’identité et d’alimentation…

Les Allemands constatent très vite que l’état d’esprit général est plutôt celui d’une certaine compassion en faveur des Juifs. Il règne une grande indignation unanime au sujet des étoiles juives,  parce qu’elle touche les enfants. En fait, l’étoile jaune entraîne la première désapprobation populaire  à l’encontre des mesures antijuives, et a sorti les Français de leur apathie dans ce domaine, préparant les gestes de solidarité dont ils feront preuve quand la liberté et la vie des familles israélites seront en jeu.

Conséquence immédiate du port de l’étoile jaune : une ordonnance allemande du 8 juillet 1942, empêche les Juifs devenus maintenant  repérables de se mêler à la vie des Français non Juifs. Les arrestations massives  débutent une semaine plus tard avec la Rafle du Vélodrome d’Hiver.  Chargée de veiller au port réglementaire de l’étoile jaune, la police française arrête des milliers de Juifs  qui seront conduits à Drancy et déportés.

J’ai plusieurs fois abordé le souvenir de cette période qui a marqué l’histoire de ma famille, notamment dans  L’ Edelweiss, la Suisse, la Shoah.

La tempête du « Vent printanier », c’était le nom de code dans la police française des rafles de juillet 1942 –  a  provoqué le passage en zone Sud et brisé la vie pour certains des miens. Au total 13.152 juifs, dont 4.115 enfants sont pris dans les filets de la Police française.

Ma génération née après la guerre, se doit d’alimenter la mémoire  de ces temps de haine raciale, pour qu’ils ne se reproduisent plus.  A cet effet voici le témoignage  que m’a transmis mon cousin Jean-Michel Kahn sur son grand-père maternel, Maurice Netter (oncle de ma mère) né à Besançon en 1896,  décédé en septembre 1943 à Auschwitz.  

    Un petit vélo lui trottait dans la tête depuis la guerre de 14-18 ...

TÉMOIGNAGE  Il a été arrêté par les allemands le 8 avril 1942, suite à un différend qu’il a provoqué dans le métro avec un officier allemand. Etant mutilé de guerre, il avait droit à une des places assises réservées aux mutilés dans les transports en commun.  Il a été blessé en 1916 à la bataille de Verdun  et a gardé un éclat d’obus dans la tête. Ce qui a fini par lui provoquer des crises d’épilepsie, l’obligeant à prendre du Gardénal tous les jours.

Déterminé à résister comme il le pouvait à l’occupation, il ne manquait pas une occasion de faire lever un soldat allemand assis à une place réservée. Les Allemands se levaient sans protester, jusqu’au jour où un officier a sans doute mal pris la chose. Jugé sommairement par un tribunal de l’armée allemande, et condamné pour « insulte à l’armée allemande » à 6 mois de prison.

A l’expiration de sa peine de prison, (sa femme et ses filles étaient alors déjà parties en « zone libre »), il a été transféré au camp de Drancy, les Allemands ayant décidé de ne plus libérer les juifs qui étaient internés pour une raison ou une autre.

Quelques mois plus tard il a été hospitalisé à l’Hôpital Rothschild (où étaient soignés les prisonniers de Drancy, et où habitaient encore l’ancien directeur de l’hôpital et sa femme, qui étaient amis de la famille ) pour y être opéré d’une hernie sans gravité.  Après sa convalescence, il a pu – grâce encore à des interventions amicales – rester à cet hôpital, où la vie était confortable et l’ambiance chaleureuse, jusqu’à la fin d’août 1943. 

C’est alors que, suite à l’évasion de l’un de ses camarades de détention, le groupe de malades et convalescents a été transféré à Drancy, et de là déportés à Auschwitz.  (Convoi N° 59, départ de Drancy le 02/09/1943 pour Auschwitz). 

Il a été assassiné dès l’arrivée au camp : il avait supporté le « voyage », mais il a fait une crise d’épilepsie lors de sa descente du train. Les renseignements sur son arrivée à Auschwitz sont dus au témoignage de Maxime Antkowiez (né en 1925), un compagnon de voyage qui, ayant survécu, a été mis en contact avec notre famille, en août 1946, grâce aux organismes d’aide aux familles de déportés.

Les déportés étaient sélectionnés directement à l’arrivée du train. L’un à gauche, l’autre à droite, les familles étaient séparées.
Les hommes bien portants et d’apparence costauds ainsi que les femmes de bonnes conditions étaient mis d’un côté pour le travail souvent très lourd. Les enfants, les malades, les vieillards, étaient mis d’un autre côté, et devaient monter sur des camions pour être transportés directement dans les douches et être gazés jusqu’à que mort s’en suive. Souvent les déportés ne se rendaient pas compte de ce qui allait leur arriver.

 

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21 thoughts on “Vent printanier au Vélodrome d’Hiver

  1. Jabiru Post author

    Voici un extrait du discours de François Hollande :
    …  » L’infamie du Vel d’Hiv s’inscrivait dans une entreprise qui n’a pas eu de précédent et qui ne peut être comparée à rien: la Shoah, la tentative d’anéantissement de tous les Juifs du continent européen.
    76.000 Juifs de France furent déportés vers les camps d’extermination. Seuls 2.500 en sont revenus.
    Ces femmes, ces hommes, ces enfants, ne pouvaient pas s’attendre au sort qui leur avait été réservé. Ils ne pouvaient pas même l’imaginer. Ils avaient confiance dans la France.
    Ils croyaient que le pays de la grande Révolution, que la Ville Lumière, leur serviraient de refuge. Ils aimaient la République avec une passion inspirée par la gratitude. C’est en effet à Paris, en 1791, sous la Constituante, que, pour la première fois en Europe, les Juifs étaient devenus des citoyens à part entière. Plus tard, d’autres avaient trouvé en France une terre d’accueil, une chance de vie, une promesse de protection.
    Ce sont cette promesse et cette confiance qui furent piétinées il y a soixante-dix ans.
    Je tiens à rappeler les mots que le grand rabbin de France Jacob KAPLAN adressa au maréchal PETAIN en octobre 1940, après la promulgation de l’odieux statut des Juifs : « Victimes, écrivait-il, de mesures qui nous atteignent dans notre dignité d’hommes et dans notre honneur de Français, nous exprimons notre foi profonde en l’esprit de justice de la France éternelle. Nous savons que les liens qui nous unissent à la grande famille française sont trop forts pour pouvoir être rompus. »
    Là se situe la trahison.
    Par-delà le temps, au-delà du deuil, ma présence ce matin témoigne de la volonté de la France de veiller sur le souvenir de ses enfants disparus et d’honorer ces morts sans sépulture, ces êtres dont le seul tombeau est notre mémoire… »

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  2. BOF

    ISRAEL recherche toujours ce qu’elle nomme « les justes »
    de trop rares français qui ont pris des risques pour cacher des Juifs et les sauver ainsi de la mort. Cette Année Israel a invité les petits enfants de ces héros anonymes. la transmission orale n’est pas prête de s’arrêter et c’est une bonne chose. Avoir su pardonner sans oublier est la plus belle des leçons. La France pays des droits de l’homme a enfin accepté de reconnaitre ses erreurs, Le Grand Charles a été le premier à le faire en banissant le Maréchal Pétain lui refusant la sépulture à Verdun.

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  3. Opéra

    @BOF
    De Gaulle n’a jamais demande pardon et n’a jamais reconnu la responsabilité de la France dans (entre autres) la rafle du VEL d’Hiv… ni aucun Président sous la Veme République…. Il a fallu attendre le toutou Sarkozy pour ça.

    Perso: la France n’a rien à voir dans la rafle…. je considère que la France et toutes les valeurs qu’elle a sues propager à travers le monden’est pas morte en 1940. La France est intemporelle, et il serait temps que les politiques s’occupent des vrais problèmes et non de l’Histoire…

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    • PH

      c’est vrai cela…Un peu comme Pinocchio, balayé le 6 mai, inculte en toutes choses, d’abord en Histoire mais que le génocide arménien intéressait néanmoins davantage que la Princesse de Cléves…

      Ps : salut Jabi !!!

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  4. Jabiru Post author

    Salut Jean,
    Tu as donc retrouvé ma trace … loin sous les Tropiques ! ça fait plaisir de te saluer ici. Arras, la Table Ronde. 22 années dans le rétro !

    Il y a 22 ans, nos conviviales soirées Chez Chavroche au Buffet de la Gare. Fin Juillet 1990 je quittais mon appartement de la rue St Aubert, pour une maison à Beaurains …

    J’ai bien sur toujours en mémoire nos échanges emprunts de respect et de tolérance réciproques. Sur ce blog le « Grand Différent » tu découvriras probablement le même en « plus pire » ?

    Pour faire court, tu pourras lire ici ma biographie en 2.400 mots et te voir sur l’une des photos !

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  5. felix cissoko

    question a Opéra :que veut dire la phrase: Perso: la France n’a rien à voir dans la rafle…. je considère que la France et toutes les valeurs qu’elle a sues propager à travers le monde n’est pas morte en 1940. La France est intemporelle, et il serait temps que les politiques s’occupent des vrais problèmes et non de l’Histoire…

    alors que le president Hollande vient d’avoir le courage de reconnaitre cet acte odieux commis par la police francaise…..

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  6. Opéra

    @Felix…

    De quel courage parles-tu?

    Le courage c’aurait été de dire que 65% de juifs ont été sauvés par des français. Que la France, sous l’occupation était la terre de refuge par excellence car ils étaient mieux protégés que dans d’autres pays d’Europe.

    Que fait-on aussi de tous les résistants qui au péril de leur vie falsifiaient des documents d’identité, volaient des tampons? Que fait-on de tous ces bons français qui ont caché des enfants juifs?

    Le courage c’aurait été de dire que la France (avec un grand F) n’a aucune responsabilité dans la rafle du vel d’hiv, mais de la responsabilité de certains collabos et de certains juifs qui se dénonçaient aussi.

    Quant au discours de François Hollande, faudrait que j’écrive un article entier pour cela, car c’est un vrai discours made by Flanby…..

    Je pense aussi que le vrai courage de François Hollande aurait été de s’excuser et de reconnaître la responsabilité du parti socialiste dans la collaboration : le Front populaire a voté les pleins pouvoirs à Pétain en 1940,et la SFIO?

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  7. JM

    Histoire et mémoire !

    « L’histoire et la mémoire sont deux rapports au passé qui ont chacun leur logique propre et qu’on ne peut pas hiérarchiser. Elles peuvent être parfois en conflit, mais elles ont besoin l’une de l’autre.
    Les groupes d’entrepreneurs de mémoires viennent revendiquer une souffrance qui est compréhensible, mais de plus en plus de personnes sont obligées de se référer à cette nouvelle règle du jeu. C’est extraordinairement malsain, car si on laisse faire cette logique au nom de l’Histoire, [le] métier d’historien n’a plus de raison d’être. Ce problème n’est pas nouveau, mais il est devenu existentiel aujourd’hui, notamment parce que certains hommes politiques jouent le jeu du clientélisme pour récupérer des voix. »
    (Gérard Noiriel – http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1121)

    Le rôle de l’Histoire ?

    « Les trois quarts des personnes qui parlent d’Histoire traitent de leur rapport personnel au passé qu’ils exhibent. Dans nos sociétés, il y a des inégalités, dans le sens où certaines personnes ont accès à l’espace public et d’autres non. [Le] rôle d’historien est d’être vigilant afin de corriger ces inégalités et de ne permettre, ni aux historiens, ni à certains groupes, d’instrumentaliser, au nom de l’Histoire, des revendications personnelles. L’aspect positif de la pédagogie républicaine, qu’on oublie souvent, ce n’est pas d’inculquer des normes morales, mais de transmettre des outils qui permettent l’autonomie de la personne face à l’Histoire. C’est dans ce sens que l’historien se différencie d’une démarche de type mémoriel, qui est toujours dans l’assignation identitaire en ne retenant qu’un aspect du passé. »
    (Gérard Noiriel, idem)

    A propos des commémorations de la rafle du Vel d’Hiv, ce que l’on peut dire aujourd’hui !

    1°/ Voir le décret du 3 février 1993

    Après de nombreux atermoiements, en prenant le décret n° 93-150 du 3 février 1993, François Mitterrand fut le premier président français à décréter la reconnaissance officielle de la République , « instituant une journée nationale commémorative des persécutions racistes et antisémites commises sous l’autorité de fait dite « gouvernement de l’État français » (1940-1944) ».
    Il inaugura d’ailleurs toujours aussi officiellement le monument du Vel d’Hiv le 17 juillet 1994, où est mentionnée l’inscription suivante :

    « La République française en hommage aux victimes des persécutions racistes et antisémites et des crimes contre l’humanité commis avec la complicité du gouvernement de Vichy dit  » gouvernement de l’État français (1940-1944) « .
    N’oublions jamais ».

    2°/ Voir la déclaration du 16 juillet 1995

    Lors du 53e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv le président Jacques Chirac reconnaissait à son tour que :

    « Ces heures noires souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé et à nos traditions.
    Oui, la folie criminelle de l’occupant a été, chacun le sait, secondée par des Français, secondée par l’État français.
    La France, patrie des Lumières, patrie des Droits de l’homme, terre d’accueil, terre d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. »

    3°/ Voir le Conseil d’Etat qui par un arrêt d’Assemblée du 16 février 2009, se prononce sur la responsabilité de l’Etat en estimant que les actes et agissements de l’Etat ayant concouru à la déportation de personnes considérées comme juives par le régime de Vichy constituaient des fautes et engageaient sa responsabilité …

    4°/ Extraits du discours du président François Hollande du 22 juillet 2012
    « Nous devons aux martyrs juifs du Vélodrome d’Hiver la vérité sur ce qui s’est passé il y a soixante-dix ans.
    La vérité, c’est que la police française, sur la base des listes qu’elle avait elle-même établies, s’est chargée d’arrêter les milliers d’innocents pris au piège le 16 juillet 1942. C’est que la gendarmerie française les a escortés jusqu’aux camps d’internement.
    La vérité, c’est que pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé pour l’ensemble de l’opération.
    La vérité, c’est que ce crime fut commis en France, par la France.
    Le grand mérite du Président Jacques CHIRAC est d’avoir reconnu ici-même, le 16 juillet 1995, cette vérité.
    « La France, dit-il,la France, patrie des Lumières et des droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable ».
    Mais la vérité, c’est aussi que le crime du Vel d’Hiv fut commis contre la France, contre ses valeurs, contre ses principes, contre son idéal.
    L’honneur fut sauvé par les Justes, et au-delà par tous ceux qui surent s’élever contre la barbarie, par ces héros anonymes qui, ici, cachèrent un voisin ; qui, là, en aidèrent un autre ; qui risquèrent leurs vies pour que soient épargnées celles des innocents. Par tous ces Français qui ont permis que survivent les trois quarts des Juifs de France. »

    Pour une meilleure approche de « La France de Vichy » il conviendrait peut-être de continuer à se documenter et par exemple s’informer grâce à l’ouvrage éponyme de Robert O. Paxton dans sa nouvelle édition de 1997.

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  8. Jabiru Post author

    JM a bien raison de nous renvoyer vers « la France de Vichy » de Robert Paxton, une bonne mine. Paxton précise notamment dans sa préface de 1997 :

    « Mon livre démontre ( et cela m’a demandé bien du travail) que le principal objectif de Vichy a toujours été de trouver une troisième voie, c’elle d’Etat neutre au sein de l’Europe hitlérienne, et ensuite, quand la défaite allemande est entrée dans le champ du possible, celle d’arbitre entre les deux camps. »

    « Les français qui sont restés neutres et attentistes sont bien plus nombreux que ceux qui se sont engagés avec enthousiasme dans la collaboration ou dans la résistance… La perte de confiance de l’opinion dans le gouvernement de Vichy ( mais pas dans le prestige du maréchal Pétain) n’a pu empêcher la machine de l' »Etat Français » de fonctionner jusqu’à la fin. Aucun historien ne propose de revenir à l’idée que Vichy était un régime imposé par l’étranger et privé de tout soutien populaire. »

    « Le régime de Vichy aura été de bout en bout souillé par son péché originel, le fatal choix de juin 1940 : au lieu de s’en tenir aux clauses de l’armistice et de limiter son action à l’administration du territoire, le nouveau gouvernement s’est lancé dans cette entreprise de revanche politique et de discrimination civique qu’était la révolution nationale … les nazis n’en demandaient pas tant. Le régime en sera souillé, au point que sa pratique administrative la plus routinière sera associée à des actes de collaboration scandaleux. Bien des citoyens vertueux seront donc contraints de se faire complices d’actes qu’ils auraient abhorrés en d’autres circonstances. En cela, le maréchal Pétain et ses conseillers ont trahi bien des patriotes qui leur faisaient confiance et croyaient n’accomplir que leur devoir de cItoyen : la faute la plus grave du régime est là. »

    « Ce sont les mesures discriminatoires de Vichy contre des groupes entiers( la gauche, les Juifs,les francs-maçons,les naturalisés de fraîche date, les instituteurs) qui ont créée dès le début une fracture dans la société. »

    « Vivre ces années noires, aux changements si rapides, était une expérience si difficile que tous ceux qui l’ont vtraversée ont bien du mal à la considérer retropsectivement avec sérénité … Pierre Péan a monter à quel point le cas de François Mitterand était ici exemplaire »

    Sur le blog – même sujet

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  9. plotin

    Beaucoup d’erreurs factuelles

    L’ordonnance allemande sur le port de l’étoile jaune est du 29 mai 1942 et entre en vigueur en France le 7 juin1942. Elle concerne tous les juifs sur le territoire occupé sauf des dérogations.

    La phrase suivante est incompréhensible :

    « Les arrestations massives de Juifs débutent une semaine plus tard avec la Rafle du Vélodrome d’Hiver. Chargée de veiller au port réglementaire de l’étoile jaune, la police française arrête des milliers de Juifs qui seront conduits à Drancy et déportés. »

    Le mélange entre la rafle dite du vel d’hiv et les arrestations suite à la vérification du port de l’étoile jaune ne permet pas de savoir de manière précise comment les arrestations ont été opérées. Pour la rafle c’est à partir de fiches tirées de fichiers et non au vu de l’étoile.

    C’est important car le gouvernement de vichy a négocié avec les nazis que seuls les juifs étrangers seraient livrés et non ce que demandait les nazis tous les juifs quelque soit la nationalité.

    Ceci a une conséquence les 22000 arrestations pour la région parisienne ne pourront avoir lieu car elles comprenaient des juifs français, les chiffres atteints reflètent donc aussi l’action du gouvernement de vichy.

    C’est ce choix : essayer de sauver les juifs français mais laisser les juifs étrangers sans protection qui est le cœur du débat.

    Devait-il refuser en bloc toute déportation, déclencher une grève générale de la police française sur le modèle de la réaction allemande à l’occupation de la Ruhr en 1923 et donc mettre fin à l’armistice et a son existence ?

    Car ce n’est pas le gouvernement de vichy qui décide de la déportation et du sort des déportés, il ne décide pas non plus de l’action de la police en zone occupée.

    Si crime il y a il faut le définir avec rigueur et non par le flou rhétorique. Le gouvernement de vichy n’est pas la cause du massacre des juifs, il ne l’a pas ni pensé, ni voulu, ni organisé. Dans tous les domaines il a louvoyé contre un pouvoir qui appliquait des méthodes révolutionnaires basées sur la force et niant qu’il y ait un droit ou une morale commune.

    Il a louvoyé sur les prisonniers, les travailleurs du STO, les juifs, etc.

    Sa démarche était de faire la part du feu et de céder ce qu’il pensait ne pas pouvoir garder ou protéger.

    Pour la génération dite morale d’après les années soixante la réponse est simpliste : il fallait se révolter, dire non etc… comme elle l’a fait pour le vietnam (paxton est né de cela et son livre est d’abord une réaction « morale »face au péché de vichy mais pas véritablement un livre d’historien), mais bizarrement pas pour le goulag.

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  10. Vince

    Bonjour, aux fidèles lecteurs du blog de Jabiru.

    Je me permet de réorienter un peu le sujet mais je crois qu’on ne le répète pas suffisamment. Bon comment vous le dire ,toutes ces atrocités viennent d’un seul homme !
    Hitler qui arrive au pouvoir en 1933 par le suffrage populaire allemand. Maintenant pourquoi a t’il réussi et bien a cause de la crise de 1929, le célèbre jeudi noir.L’onde de choc est arrivée en Europe et s’en est suivi la grande dépression. Voila comment on arrive à de tels malheurs avec des financiers véreux et inconscients.

    Et aujourd’hui on remet le couvert avec les mêmes.Exemple les mesures d’austérités sur les grecs sont quasi identiques à celles préconisées par Bruning en Allemagne et qui on conduit le pays à voter national socialisme en Grece, le retour de l’aube dorée a l’assemblée est le signe du début de la déliquescence. Et en France aussi l’extreme droite progresse.
    Alors parfois j’ai peur que de telles horreurs puissent un jour resurgir.
    Merci de votre attention .

    Reply
    • Jabiru Post author

      Un homme seul peut-il mettre son empreinte sur le cours de l’Histoire ? Ce fut bref et dramatique et ce fut un cataclysme qu’Hitler déclencha.

      Encore fallait-il que le peuple allemand soit à l’unisson et qu’un large faisceau de circonstances entraîne son « adhésion » à la dictature d’un Chef : militarisation de l’économie en réponse au chômage, revanche sur le Traité de Versailles, élimination des opposants …

      Bien sûr aujourd’hui, la globalisation financière, la montée du chômage déstabilisent des esprits vers des positions extrêmes. La xénophobie contre des Boucs-émissaires, pauvres immigrants, jamais banquiers. La haine est bégayeuse.

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  11. plotin

    L’explication par la crise de 1929 et son extension à l’europe ne tient pas ou est insuffisante.

    Elle n’est qu’une étincelle dans un baril de poudre.

    Cette explication a base économique est le dogme utilisé depuis la fin du second conflit mondial pour expliquer cette crise et passer à coté d’autres questionnements. Elle permet de mettre en place un système de consommation effréné qui est la base du nihilisme actuel (cf sa description par dostoievski).

    La plupart des pays occidentaux subissent cette crise de 1929 sans avoir un parti nazi qui se développe et prend le pouvoir.

    La crise en Allemagne commence avec la guerre de 1914-18 et la paix de versailles.

    On a plusieurs facteurs :

    · La révolution bolchevique et son extension à l’Allemagne qui produit à la fois la peur des classes moyennes et un modèle révolutionnaire à un mouvement nationaliste et anti-bourgeois.

    · L’existence de toute une population ayant connu la militarisation, les horreurs de la guerre industrielle, la « brutalisation » de ces conditions d’existence où les modèles de la société libérale disparaissent.

    · Le nihilisme comme refus du christianisme de l’occident et acceptation de la volonté et du désir comme seul critère de l’action.

    · Une révolution social-démocrate (la république de weimar) qui remet en cause en partie la société sans assurer véritablement une stabilité tant intérieure qu’extérieure.

    · Le problème du traité de Versailles et des réparations qui grèvent la possibilité économique de l’Allemagne, rend impossible une place ou un rôle dans le monde à ce pays.

    Tous ces facteurs expliquent l’existence d’un parti révolutionnaire à droite et d’un parti révolutionnaire à gauche (bolchévique) décidés à appliquer des méthodes radicales basées sur la force et le non respect de la vie des individus, le non respect de la parole donnée. L’assassinat en masse des ennemis est accepté par ces deux forces et non pour ce que cet ennemi à fait mais par rapport au danger qu’il représente ou l’obstacle qu’il est. La vie humaine n’a plus beaucoup d’importance quand il s’agit de construire la société parfaite.

    Il faut donc expliquer et le nazisme et le bolchevisme. Comment des hommes acceptent le meurtre de masse afin de réaliser un objectif. Comment la puissance de la technique leur permet de régner et de mettre en place leurs tyrannies. Comment la technique moderne en tant que manière d’être, d’horizon de pensée et d’action dans l’ensemble des masses d’occident est le plus sûr socle de ce genre d’action.

    Reply
  12. JM

    Vagabondages

    Le livre « Désobéissance civile et démocratie. Sur la justice et la guerre » – réactualisé en 2010 – permettrait sans doute de faire nôtre ce constat de l’auteur qui semble si bien s’appliquer à la France :

    « Dans notre pays, nous jouissons de trois choses parmi les plus précieuses qui soient : la liberté de parole, la liberté de conscience, et la grande prudence de ne pas les exercer. »

    Aussi nous est-il toujours loisible d’encourager la prolongation ad vitam aeternam de ces débats animés par quelque bonimenteur de foire, peintre d’histoires ou ersatz de procureurs … qui n’ignorent sans doute pas que dans « La Vie en fleur » dès 1924, M. Anatole France se délectait déjà :

    « C’est une question de savoir si le langage humain se prête parfaitement à l’expression de la vérité ; il est sorti du cri des animaux et il en garde les caractères ; il exprime les sentiments, les passions, les besoins, la joie et la douleur, la haine et l’amour. Il n’est pas fait pour dire la vérité…Tout ce que je peux dire c’est que j’ai été de bonne foi. Je le répète : j’aime la vérité. Je crois que l’humanité en a besoin ; mais certes elle a bien plus grand besoin encore du mensonge qui la flatte, la console, lui donne des espérances infinies. Sans le mensonge, elle périrait de désespoir et d’ennui. »

    Et pour conclure et satisfaire quelques amateurs de « factuel » retrouvons avec plaisir M. René Barjavel qui sur le tard de sa vie rappelait non sans lucidité que « c’est la forme la plus exquise du comportement politicien, qui consiste à utiliser un fait vrai pour en faire un mensonge. »

    Reply
  13. plotin

    se délectait ?

    Quitte à faire des citations faisons les exactes et complètes.

    Ce sont les dernières phrases de La vie en fleur. Anatole France est très proche de la mort, il la sent venir. Et il continue de douter du bien-fondé de l’engagement et de l’action.

    « J’ai déjà dit que j’étais tenté de défier comme Jean-Jacques tout homme de se dire meilleur que moi. Je me hâte d’ajouter que je ne m’estime pas beaucoup pour cela. Je crois les hommes en général plus méchants qu’ils ne paraissent. Ils ne se montrent pas tels qu’ils sont ; ils se cachent pour commettre des actes qui les feraient haïr ou mépriser et se montrent pour agir de manière à être approuvés ou admirés. J’ai rarement ouvert une porte par mégarde sans découvrir un spectacle qui me fit prendre l’humanité en pitié, en dégoût ou en horreur. Qu’y puis-je faire ? Ce n’est pas bon à dire, mais je ne puis me retenir.

    Cette vérité que j’aime passionnément, lui ai-je été toujours fidèle ? […] Après mûre réflexion, je n’en jurerais pas. Il n’y a pas beaucoup d’art dans mes récits ; mais peut-être s’en est-il glissé quelque peu ; et qui dit art, dit arrangement, dissimulation, mensonge.

    C’est une question de savoir si le langage humain se prête parfaitement à l’expression de la vérité ; il est sorti du cri des animaux et il en garde les caractères ; il exprime les sentiments, les passions, les besoins, la joie et la douleur, la haine et l’amour. Il n’est pas fait pour dire la vérité. Elle n’est pas dans l’âme des bêtes sauvages : elle n’est point dans la nôtre, et les métaphysiciens qui en ont traité sont des lunatiques.

    Tout ce que je peux dire c’est que j’ai été de bonne foi. Je le répète : j’aime la vérité. Je crois que l’humanité en a besoin ; mais certes elle a bien plus grand besoin encore du mensonge qui la flatte, la console, lui donne des espérances infinies. Sans le mensonge, elle périrait de désespoir et d’ennui. »

    Reply
  14. JM

    Le vagabondage, un délit … « périmé » !

    Peut-être eut-il mieux valu écrire qu’en 1922 M. Anatole France « s’y délectait déjà amèrement « , précisant ainsi le sens pondéré et volontairement tronqué de ce bref extrait de « La Vie en fleur » ?
    Peut-être pouvait-on aussi rappeler que – singulièrement chez les sceptiques – l’idée de plaisir que suscite ce verbe se trouve parfois liée à des impressions perçues d’ordinaire comme plutôt désagréables ?
    Peut-être fallait-il encore indiquer que l’intégralité du texte figure à la fin de la postface de « La Vie en fleur » page 348-349 dans l’édition publiée chez Calmann-Lévy en 1924 ?

    Mais peut-être surtout que ce « Vent printanier », zéphyr iconoclaste, ne restera sans doute dans l’esprit de certains, n’est-ce pas, … qu’un simple « point de détail de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale » ?

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  15. plotin

    Peut-être faut-il, au seuil de la mort, abandonner la posture « sceptique » et l’être véritablement et donc rechercher la vérité de l’être plutôt que la jouissance tirée des brumes dont on se couvre.

    Peut-être faut-il en finir avec la protection toujours attendue et désirée de l’apparition du grand méchant loup qui permet de ne jamais avoir à penser.

    Peut-être faut-il penser rigoureusement ce qui n’est pas un détail. Il faut essayer de comprendre en quoi la modernité est la cause de la volonté de détruire et comment elle a remis en place l’idée de l’extermination, de la page blanche, de la guerre totale….

    Peut-être faut-il commencer par faire des citations exactes et ne pas mêler les sceptiques à un plaisir trouble qui ne les concernent en rien. Pyrrhon, Agrippa, Sextus Empiricus recherchent la vérité et ne savent comment la fonder, leur démarche est rigoureuse et logique. En dehors, donc du plaisir et de ce sentiment morose décrit par JM.
    (voir Marcel Conche).
    ===============

    Entretien sur Daily Motion

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  16. maurice libermann

    un extrait de la lettre que j adresse au directeur du tourisme de st martin:
    je suis venu ici pour acheter une maison pour passer tranquillement ma retraite. Quelle déception après 15 jours sur ce bout de terre qui de loin pouvait faire penser a une terre privilégiée ,sans armée, sans conflit de religion …
    plusieurs exemples: allant déjeuner sur la marina, nous voyons passer des commandos de gendarmerie équipée comme s’ils partaient en guerre, (tenue de ninja, gilets pare-balles, etc…)très sympathiques, ils disent a ma femme, « de ne pas laisser votre sac a main parterre, il faut se méfier des petits voyous » des barrages routiers avec arme de guerre en bandoulière sur la route des plages, je me pose des questions :ou suis je?
    Pour mieux connaitre ce territoire, je lis la presse locale et aussi malheureusement les blogs dont celui ci et la qu’elle n est pas ma stupeur. je ne fuis pas mon histoire (l histoire de la légende des juifs mais j essaie de m en écarter un peu en venant ici) .article sur la déportation, histoire que l on ne connait trop malheureusement et aussi un article sur un dénommé Cohen la encore a ma très grande surprise, je découvre que même sur ce petit lopin de terre, on est d abord juif avec cette légende qui passe a travers le temps au lieu d être citoyen français avec juste une religion différente dans un pays laïque .En France actuellement le sionisme crée l antisémitisme mais des iles comme celle la , ont elle besoin d’être alimenter par des propos pareils pour développer ce sentiment malsain qu’est l’antisémitisme?
    je ne connais pas l auteur de ce texte et je ne souhaite pas le connaitre mais il ni a pas être fier d’utiliser les mots pour créer un mal de vivre en société. une veille phrase des rabbins dans l enseignement talmudique : » parler de la différence crée la différence » a méditer…….
    En conclusion, je vais faire comme beaucoup de retraités Français, je vais prospecter du coté du Portugal ou même du Maroc pour m’ écarter de cette histoire de France que je ne veux plus cautionner. Maurice Libermann

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