Nine Eleven

Histoire contemporaine

(Propagande, mensonges et intoxication)

11-sept 2001

Discours  du Psdt.  Einsenhower à la Nation

« Dans les conseils du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence sans garantie, voulue ou pas, du complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d’une augmentation désastreuse d’un pouvoir mal placé existe et persistera.
Nous ne devrons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et processus démocratiques. Nous ne devons jamais rien prendre pour acquis et seul des habitants bien informés pourront éviter la contrainte de l’engrenage possible d’une énorme machine industrielle militaire afin de l’adapter avec des méthodes et des buts paisibles, de sorte que la sécurité et la liberté puissent prospérer ensemble. »(17 janvier 1961)

Business et politique. Halliburton ou le pillage de l’État exemple de la gouvernance états-Unienne, quand le PDG Dick Cheney devient vice Président.

La guerre préventive impériale

Le 21 mai 1991, à la demande de Dick Cheney, alors secrétaire à la Défense, une équipe de stratèges civils du bureau politique du Pentagone dresse un tableau de la situation stratégique au lendemain de la dissolution de l’Union soviétique et de ses implications pour la sécurité nationale des Etats-Unis.

L’exposé est présenté par le sous-secrétaire à la Défense chargé des questions politiques, Paul Wolfowitz. L’équipe comprenait également Lewis Libby, adjoint de Wolfowitz; Zalmay Khalilzad de l’université de Chicago, et Eric Edelman, un diplomate de carrière subordonné à Wolfowitz. Tous quatre détiendront des postes importants dans le gouvernement Bush: Wolfowitz sera numéro deux du Pentagone (puis Psdt. de la Banque Mondiale) Libby est chef de cabinet et conseiller à la sécurité nationale de Cheney, Edelman est l’adjoint de Libby et Khalilzad est chargé des liaisons entre la Maison Blanche et l’opposition irakienne.

Lors de cette présentation, Wolfowitz proposa que les Etats-Unis adoptent une politique d’action préventive afin d’empêcher, par tous les moyens, une nation ou un groupe de nations de défier la « primauté » militaire et économique des Etats-Unis.

Lorsque Cheney intégra ce concept dans sa Defense Policy Guidance (DPG – ses recommandations pour la politique de défense), cela provoqua une levée de boucliers. Des officiers supérieurs firent parvenir de larges extraits du rapport au New York Times et le président Bush, son conseiller à la sécurité nationale, le général Brent Scowcroft , et son secrétaire d’Etat, James Baker III, rejetèrent en bloc l’unilatéralisme de la stratégie prônée par Cheney et Wolfowitz.

En fin de compte, on rédigea une nouvelle version de la DPG qui ne comportait plus qu’une version édulcorée du plan. Puis, entre la défaite de Bush aux présidentielles de novembre 1992 et l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement, Cheney et son équipe lancèrent une dernière salve, en publiant Defense Strategy for the 1990s: The Regional Defense Strategy, une proposition de défense régionale qui reprenait non seulement l’idée d’une guerre unilatérale préventive, mais soutenait que les Etats-Unis devaient mettre au point une nouvelle génération de « mini » armes nucléaires, destinées à être utilisées contre des cibles dans le tiers monde.

Cheney et Wolfowitz étaient furieux contre le président Bush pour avoir refusé, suite à la « Tempête du désert », d’envoyer sur Bagdad les forces de la « coalition », dirigées par les Etats-Unis, pour renverser Saddam Hussein.

Un mois après le Discours de Dominique de Villepin à l’ONU , le vice-président Dick Cheney avait accordé le 16 mars 2003, une interview d’une heure à Tom Russert pour son émission Meet the Press sur NBC, au cours de laquelle il avait clairement laissé entendre que, quoi qu’il fasse, Saddam Hussein n’empêcherait pas les Américains d’envahir l’Irak. A plusieurs reprises, il fit référence aux attaques du 11 septembre 2001, les qualifiant de « tournant historique » ayant justifié, pour la première fois, une guerre préventive unilatérale de la part des Etats-Unis.

En réalité, il y a une douzaine d’années déjà que Cheney a épousé l’idée de guerre préventive – pas spécifiquement contre Saddam Hussein- mais contre toute nation ou groupe de nations osant défier la puissance militaire globale des Etats-Unis dans l’ère post-soviétique. Sur la question de la guerre préventive, Cheney a donc menti. Mais ce n’est que le sommet de l’iceberg.

En fait, la prestation du vice-Président était presque entièrement bâtie sur de la désinformation, en partie déjà discréditée. Il prétendit notamment que Saddam Hussein travaillait activement à l’acquisition d’armes nucléaires, alors que quelques jours auparavant, l’inspecteur en désarmement de l’ONU, Hans Blix, avait déclaré devant le Conseil de sécurité que ces accusations reposaient sur des documents falsifiés.

Dans le numéro du 31 mars du New Yorker, le journaliste d’investigation Seymour Hersh exposait en détail comment les enquêteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) avaient établi, en quelques heures, que les prétendus communiqués du gouvernement nigérien confirmant la vente de 500 tonnes d’oxyde d’uranium à Bagdad, étaient des faux grossiers, rédigés sur un entête officiel périmé depuis longtemps. Selon Hersh, les faux avaient été transmis à l’administration Bush par le service de renseignement britannique MI6 et auraient été fabriqués soit par ce dernier, soit par le Mossad, ou encore par des cercles de l’opposition irakienne, associés au Congrès national irakien (CNI) d’Ahmed Chalabi.

Le vice-président américain a également émis l’accusation, déjà totalement discréditée, selon laquelle Saddam Hussein entretenait des liens « de longue date » avec Al-Qaïda et serait sur le point de fournir aux terroristes des armes de destruction massive – biologiques, chimiques, et avec le temps, nucléaires. Pourtant, il savait pertinemment que le parti de la guerre – notamment l’ancien directeur de la CIA, James Woolsey – n’avaient trouvé, en dépit de leurs efforts acharnés, aucun élément de preuve crédible de tels liens, encore moins avant le 11 septembre 2001.

Quant à la guerre qui sera lancée quelques jours plus tard, Cheney prétendit qu’elle ne serait qu’« une simple balade » et que les Américains seraient accueillis à bras ouverts. Il alla jusqu’à prévoir que l’action militaire américaine pour renverser Saddam Hussein stabiliserait le Moyen-Orient. Cheney déclara qu’une réponse ferme et forte des Etats-Unis aux menaces contre eux « contribuerait beaucoup, franchement, à calmer les choses dans cette partie du monde ».

SOURCES SUR INTERNET

Sur l’expertise concernant  L’avion magique du Pentagone le document de référence pour qui cherche à comprendre ce qu’il en est du «  soit-disant missile » est rédigé par le Commandant Pierre-Henri Bunel, Saint-Cyrien, ancien officier d’artillerie.Il a participé à la Guerre du Golfe, aux côtés des généraux Schwarzkopf et Roquejeoffre. Son expertise est reconnue dans les domaines suivants :

  • effets des explosifs sur les hommes et les bâtiments,
  •      effets des armes d’artillerie sur le personnel et les bâtiments,
  • lutte anti incendie sur les feux spécifiques, épaves et restes d’avions détruits.

Avocat des familles de victimes qui ont renoncé à la bagatelle de 500.000 dollars offerts par le gouvernement en échange de leur droit à engager des poursuites, voici L’interview de Stanley Hilton

Sarkozy et l’Afrique

LE PRÉSIDENT FRANÇAIS , L’ÂME AFRICAINE ET LE CONTINENT IMMOBILE

Par Achille  Mbembe 

achille-mbembe.1188995743.jpgNicolas Sarkozy à Dakar révèle au grand jour ce qui jusqu’à présent relevait du non dit : l’armature intellectuelle qui sous-tend la politique africaine de la France date de la fin du XIXe siècle. En auraient-ils eu l’opportunité, la majorité des Africains francophones aurait sans doute voté contre Nicolas Sarkozy lors des dernières élections présidentielles françaises.

Gabon
Gabon

Ce n’est pas que son concurrent d’alors, et encore moins le parti socialiste, aient quoi que ce soit de convaincant à dire au sujet de l’Afrique, ou que leurs pratiques passées témoignent de quelque volonté que ce soit de refonte radicale des relations entre la France et ses ex-colonies.

Du viol par le langage
Pour sa première tournée en Afrique au sud du Sahara, il a donc atterri à Dakar précédé d’une très mauvaise réputation – celle d’un homme politique agité et dangereux, cynique et brutal, assoiffé de pouvoir, qui n’écoute point, dit tout et le double de tout, ne lésine pas sur les moyens et n’a, à l’égard de l’Afrique et des Africains, que condescendance et mépris.

Mais ce n’était pas tout. Beaucoup étaient également prêts à l’écouter, intrigués sinon par l’intelligence politicienne, du moins par la redoutable efficacité avec laquelle il gère sa victoire depuis son élection. Surpris par la nomination d’une Rachida Dati ou d’une Rama Yade au gouvernement (même si à l’époque coloniale il y avait plus de ministres d’origine africaine dans les cabinets de la république et les assemblées qu’aujourd’hui), ils voulaient savoir si, derrière la manœuvre, se profilait quelque grand dessein – une véritable reconnaissance, par la France, du caractère multiracial et cosmopolite de sa société.

Il était donc attendu. Dire qu’il a déçu est une litote. Certes, le cartel des satrapes: d’Omar Bongo [Gabon] , Paul Biya [Cameroun] et Sassou Nguesso [Congo] à Idris Déby [Tchad], Eyadéma Fils [Togo] et les autres, se félicite de ce qui apparaît clairement comme le choix de la continuité dans la gestion de la « Françafrique » – ce système de corruption réciproque qui, depuis la fin de l’occupation coloniale, lie la France à ses affidés africains.

Cartel des satrapes
Cartel des satrapes

Mais si l’on en juge par les réactions enregistrées ici et là, les éditoriaux, les courriers dans la presse, les interventions sur les chaînes de radios privées et les débats électroniques, une très grande partie de l’Afrique francophone – à commencer par la jeunesse à laquelle il s’est adressé – a trouvé ses propos sinon franchement choquants, du moins parfaitement invraisemblables. Dans tous les rapports où l’une des parties n’est pas assez libre ni égale, le viol souvent commence par le langage – un langage qui, sous prétexte de n’exposer que les convictions intimes de celui qui les profère, s’exempte de tout, refuse d’exposer ses raisons et s’auto-immunise tout en faisant porter tout le poids de la violence au plus faible.

Régression

nigeria
nigeria

Mais pour qui n’attend rien de la France, les propos tenus en Allocution à l’Université de Dakar  sont fort révélateurs. En effet, le discours rédigé par Henri Guaino (conseiller spécial) et prononcé par Nicolas Sarkozy dans la capitale sénégalaise offre un excellent éclairage sur le pouvoir de nuisance – conscient ou inconscient, passif ou actif – qui, dans les dix prochaines années, pourrait découler du regard paternaliste et éculé que continuent de porter certaines des nouvelles élites dirigeantes françaises (de gauche comme de droite) sur un continent qui n’a pourtant cessé de faire l’expérience de radicales mutations au cours de la dernière moitié du XXe siècle.

Dans sa « franchise » et sa « sincérité », Nicolas Sarkozy révèle au grand jour ce qui, jusqu’à présent, relevait du non-dit, à savoir qu’aussi bien dans la forme que dans le fond, l’armature intellectuelle qui sous-tend la politique africaine de la France date littéralement de la fin du XIXe siècle. Voici donc une politique qui, pour sa mise en cohérence, dépend d’un héritage intellectuel obsolète, vieux de près d’un siècle, malgré les rafistolages.

Le discours du nouveau président français montre comment, enfermé dans une vision frivole et exotique du continent, les nouvelles élites dirigeantes françaises prétendent jeter un éclairage sur des réalités dont elles ont fait leur hantise et leur fantasme (la race), mais dont, à la vérité, elles ignorent tout. Ainsi, pour s’adresser à « l’élite de la jeunesse africaine », Henri Guaino se contente de reprendre, presque mot à mot, des passages du chapitre consacré par Hegel à l’Afrique dans son ouvrage « La raison dans l’histoire » – et dont j’ai fait, récemment encore et après bien d’autres, une longue critique dans mon livre « De la postcolonie » [Ed Karthala 2ooo] (pp. 221-230).

Mali
Mali

Selon Hegel en effet, l’Afrique est le pays de la substance immobile et du désordre éblouissant, joyeux et tragique de la création. Les nègres, tels nous les voyons aujourd’hui, tels ils ont toujours été. Dans l’immense énergie de l’arbitraire naturel qui les domine, ni le moment moral, ni les idées de liberté, de justice et de progrès n’ont aucune place ni statut particulier. Celui qui veut connaître les manifestations les plus épouvantables de la nature humaine peut les trouver en Afrique. Cette partie du monde n’a, à proprement parler, pas d’histoire. Ce que nous comprenons en somme sous le nom d’Afrique, c’est un monde anhistorique non développé, entièrement prisonnier de l’esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l’histoire universelle.

Les nouvelles élites françaises ne sont pas convaincues d’autre chose. Elles partagent ce préjugé hégélien. Contrairement à la génération des « Papa-Commandant » (de Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand ou Chirac) qui épousait tacitement le même préjugé tout en évitant de heurter de front leurs interlocuteurs, les « nouvelles élites » de France estiment désormais qu’à des sociétés aussi plongées dans la nuit de l’enfance, l’on ne peut s’adresser qu’en s’exprimant sans frein, dans une sorte de vierge énergie. Et c’est bien ce qu’elles ont à l’idée lorsque, désormais, elles défendent tout haut l’idée d’une nation « décomplexée » par rapport à son histoire coloniale.

À leurs yeux, on ne peut parler de l’Afrique et aux Africains qu’en suivant, en sens inverse, le chemin du sens et de la raison. Peu importe que cela se fasse dans un cadre où chaque mot prononcé l’est dans un contexte d’ignorance. Il suffit de saturer les mots, de recourir à une sorte de pléthore verbale, de procéder par la suffocation des images – toutes choses qui octroient au discours de Nicolas Sarkozy à Dakar son caractère heurté, bégayant et abrupt.

J’ai en effet beau faire la part des choses. Dans le long monologue de Dakar, je ne trouve d’invitation à l’échange et au dialogue que rhétorique. Derrière les mots se profilent surtout des injonctions, des prescriptions, des appels au silence, voire à la censure, des provocations gratuites, l’insulte par-devers l’inutile flatterie – une insupportable suffisance dont, je l’imagine, on ne peut faire preuve qu’à Dakar, Yaoundé et Libreville, et certainement pas à Pretoria ou à Luanda.

Samuel Kakaire
Samuel Kakaire

 

Le président ethnophilosophe
À côté de Hegel existe un deuxième fonds que recyclent sans complexe les « nouvelles élites françaises ». Il s’agit d’une somme de lieux communs formalisés par l’ethnologie coloniale vers la fin du XIXe siècle. C’est au prisme de cette ethnologie que se nourrit une grande partie du discours sur l’Afrique, voire une partie de l’exotisme et de la frivolité qui constituent les figures privilégiées du racisme à la française.

Cet amas de préjugés, Lévy Brühl tenta d’en faire un système dans ses considérations sur « la mentalité primitive » ou encore « prélogique ». Dans un ensemble d’essais concernant les « sociétés inférieures » (Les fonctions mentales en 1910 ; puis La mentalité primitive en 1921), il s’acharnera à donner une caution pseudo-scientifique à la distinction entre « l’homme occidental » doué de raison et les peuples et races non-occidentaux enfermés dans le cycle de la répétition et du temps mythico-cyclique.

Se présentant – coutume bien rodée – comme « l’ami » des Africains, Leo Frobenius(que dénonce avec virulence le romancier Yambo Ouologuem dans Le devoir de violence) contribua largement à diffuser une partie des ruminations de Lévy Brühl en mettant en avant le concept de « vitalisme » africain. Certes, considérait-il que la « culture africaine » n’est pas le simple prélude à la logique et à la rationalité. Toujours est-il qu’à ses yeux,

Cote d'Ivoire
Cote d’Ivoire

l’homme noir était, après tout, un enfant. Comme son contemporain Ludwig Klages (auteur, entre autres, de L’éros cosmogonique, L’homme et la terre, L’esprit comme ennemi de l’âme), il estimait que l’homme occidental avait payé d’une dévitalisation génératrice de comportements impersonnels la démesure dans l’usage de la volonté – le formalisme auquel il doit sa puissance sur la nature.

De son côté, le missionnaire belge Placide Tempels dissertait sur « la philosophie bantoue » dont l’un des principes était, selon lui, la symbiose entre « l’homme africain » et la nature. De l’avis du bon père, la « force vitale » constitue l’être de l’homme Bantu. Celle-ci se déploie du degré proche de zéro (la mort) jusqu’au niveau ultime de celui qui s’avère un « chef ».

Telles sont d’ailleurs, en plus de Pierre Teilhard de Chardin, les sources principales de la pensée de Léopold Sédar Senghor  qu’Henri Guaino se fait fort de mobiliser dans l’espoir de donner aux propos présidentiels une caution autochtone. Ignore-t-il donc l’inestimable dette que, dans sa formulation du concept de la négritude ou dans la formulation de ses notions de culture, de civilisation, voire de métissage, le poète sénégalais doit aux théories les plus racistes, les plus essentialistes et les plus biologisantes de son époque ?

Mais il n’y a pas que l’ethnologie coloniale, cette pseudoscience des conquérants et autres fabricants d’une Afrique imaginaire dont ils inventent volontiers la différence afin de révéler, dans leur splendide isolement, la présence chez autrui de formes exotiques et inaltérées, témoins d’une humanité d’une autre essence. Ainsi de Maurice Delafosse (L’âme nègre, 1921), de Robert Delavignette (Les paysans noirs, 1931) et des autres démiurges de l’ « âme africaine » – cette notion idiote à laquelle les élites françaises tiennent tant. Il y a aussi le legs des expositions coloniales, la tradition des zoos humains analysée par Pascal Blanchard et ses collègues , et celle des récits de voyage les uns toujours plus fantastiques que les autres – des explorations de Du Chaillu dans les massifs du Gabon jusqu’au Dakar-Djibouti de Marcel Griaule et Michel Leiris (L’Afrique fantôme), sans compter les « découvreurs  d’art nègre », Pablo Picasso en tête.

ya-bon.1189002056.jpgC’est tout cela qui nourrit à son tour un habitus raciste, souvent inconscient, qui est ensuite repris par la culture de masse à travers les films, la publicité, les bandes dessinées, la peinture, la photographie, et, conséquence logique, la politique « Y’a bon Banania » et « Mon z’ami toi quoi y’en a ». Dans ces produits de la culture de masse, on s’efforce de créer des attitudes qui, loin de favoriser un véritable travail de reconnaissance de l’Autre, font plutôt de ce dernier un objet substitutif dont l’attrait réside précisément dans sa capacité à libérer toutes sortes de fantasmes et de pulsions.

Le conseiller spécial du chef d’état français reprend à son compte cette logorrhée aussi bien que l’essentiel des thèses (qu’il prétend par ailleurs réfuter) des pontifes de l’ontologie africaine. Pour faire de Nicolas Sarkozy le président ethnophilosophe qu’il aspire peut-être à devenir, c’est dans cette bibliothèque coloniale et raciste qu’il va puiser ses motifs-clés. Puis il procède comme si l’idée d’une « essence nègre », d’une « âme africaine » dont « l’homme africain » serait la manifestation vivante – comme si cette idée boueuse et somme toute farfelue n’avait pas fait l’objet d’une critique radicale par les meilleurs des philosophes africains, à commencer par Fabien Éboussi Boulaga dont l’ouvrage « La crise du Muntu » est à cet égard un classique.

Nouvelle Guinée
Nouvelle Guinée

Dès lors, comment s’étonner qu’au bout du compte, sa définition du continent et de ses gens soit une définition purement négative ? En effet, « l’homme africain » de notre président ethnophilosophe est surtout reconnaissable soit par ce qu’il n’a pas, ce qu’il n’est pas ou ce qu’il n’est jamais parvenu à accomplir (la dialectique du manque et de l’inachèvement), soit par son opposition à « l’homme moderne » (sous-entendu « l’homme blanc ») – opposition qui résulterait de son attachement irrationnel au royaume de l’enfance, au monde de la nuit, aux bonheurs simples et à un âge d’or qui n’a jamais existé.

Pour le reste, l’Afrique des nouvelles élites dirigeantes françaises est essentiellement une Afrique rurale, féérique et fantôme, mi-bucolique et mi-cauchemardesque, peuplée de paysans, faite d’une communauté de souffrants qui n’ont rien en commun sauf leur commune position à la lisière de l’histoire, prostrés qu’ils sont dans un hors-monde – celui des sorciers et des griots, des êtres fabuleux qui gardent les fontaines, chantent dans les rivières et se cachent dans les arbres, des morts du village et des ancêtres dont on entend les voix, des masques et des forêts pleines de symboles, des poncifs que sont la prétendue « solidarité africaine », « l’esprit communautaire » , « la chaleur » et le respect des aînés et des chefs.

La politique de l’ignorance
Le discours se déroule donc dans une béatifique volonté d’ignorance de son objet, comme si, au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, l’on n’avait pas assisté à un développement spectaculaire des connaissances sur les mutations, sur la longue durée, du monde africain.

Je laisse de coté l’inestimable contribution des chercheurs africains eux-mêmes à la connaissance de leurs sociétés et à la critique interne de leurs cultures – critique à laquelle certains d’entre nous ont largement contribué, parfois avec sévérité, mais toujours avec humanité. Je parle des milliards de son propre trésor que le gouvernement français a commis dans cette grande œuvre et ne m’explique guère comment, au terme d’un tel investissement, on peut encore, aujourd’hui, tenir au sujet du continent des propos aussi peu intelligibles.

Que cache donc cette politique de l’ignorance volontaire et assumée ?

Comment peut-on se présenter à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar au début du XXIe siècle et s’adresser à l’élite intellectuelle comme si l’Afrique n’avait pas de tradition critique propre et comme si Senghor et Camara Laye [écrivain guinéen – L’enfant noir 1953] , chantres respectifs de l’émotion nègre et du royaume de l’enfance, n’avaient pas fait l’objet de vigoureuses réfutations internes ?

Guinée
Guinée

Quelle crédibilité peut-on accorder à des propos misérabilistes qui font des Africains des êtres fondamentalement traumatisés et incapables d’agir pour leur propre compte, en fonction de leurs intérêts bien compris ? Quelle est cette historicité supposée du continent qui passe totalement sous silence la longue tradition des résistances y compris contre le colonialisme français, tout autant que les luttes en cours pour la démocratie dont aucune ne bénéficie d’un soutien franc de la part d’un pays qui a activement pris, depuis longtemps, le parti des satrapies locales ? Comment peut-on venir nous promettre une Eurafrique chimérique sans dire un mot sur les efforts internes de construction d’un cadre économique unitaire africain ?

Par ailleurs, où sont donc passées les connaissances accumulées au cours des cinquante dernières années par l’Institut de Recherche sur le Développement, les laboratoires du Centre National de la Recherche Scientifique, les nombreux appels d’offres thématiques réunissant chercheurs africains et français qui ont tant servi à renouveler notre connaissance du continent – initiatives souvent généreuses auxquelles il m’est d’ailleurs arrivé, plus d’une fois, d’être associé ?

Comment peut-on faire comme si, en France même, Georges Balandier n’avait pas montré, dès les années cinquante, la profonde modernité des sociétés africaines ; comme si Claude Meillassoux, Jean Copans, Emmanuel Terray, Pierre Bonafé et beaucoup d’autres n’en avaient pas démonté les dynamiques internes de production des inégalités ; comme si Catherine Coquery-Vidrovitch, Jean-Suret Canale, Almeida Topor et plusieurs autres n’avaient pas mis en évidence et la cruauté des compagnies concessionnaires, et les ambigüités des politiques économiques coloniales ; comme si Jean-François Bayart et la revue Politique africaine n’avaient pas tordu le cou à l’illusion selon laquelle le sous-développement de l’Afrique s’explique par son « désengagement du monde » ; comme si Jean-Pierre Chrétien et de nombreux géographes n’avaient pas administré la preuve de l’inventivité des techniques agraires sur la longue durée ; comme si Alain Dubresson, Annick Osmont et d’autres n’avaient pas décrit, patiemment, l’incroyable métissage des villes africaines ; comme si Alain Marie et les autres n’avaient pas montré les ressorts de l’individualisme ; comme si Jean-Pierre Warnier n’avait pas décrit la vitalité des mécanismes d’accumulation dans l’Ouest-Cameroun et ainsi de suite.

https://www.youtube.com/watch?v=Ezb2Rg0QIX8

Samuel Kakaire
Samuel Kakaire

Déni de responsabilité


Quant à l’antienne sur la colonisation et le refus de la « repentance », voilà qui sort tout droit des spéculations de Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut et autres Daniel Lefeuvre. Mais à qui fera-t-on croire qu’il n’existe pas de responsabilité morale pour des actes perpétrés par un État au long de son histoire ? À qui fera-t-on croire que pour créer un monde humain, il faut évacuer la morale et l’éthique par la fenêtre puisque dans ce monde, il n’existe ni justice des plaintes, ni justice des causes ?

Afin de dédouaner un système inique, la tentation est aujourd’hui de réécrire l’histoire de la France et de son empire en en faisant une histoire de la « pacification », de « la mise en valeur de territoires vacants et sans maîtres », de la « diffusion de l’enseignement », de la « fondation d’une médecine moderne », de la mise en place d’infrastructures routières et ferroviaires. Cet argument repose sur le vieux mensonge selon lequel la colonisation fut une entreprise humanitaire et qu’elle contribua à la modernisation de vieilles sociétés primitives et agonisantes qui, abandonnées à elles-mêmes, auraient peut-être fini par se suicider.

En traitant ainsi de la colonisation, on prétend s’autoriser, comme dans le discours de Dakar, d’une sincérité intime, d’une authenticité de départ afin de mieux trouver des alibis – auxquels on est les seuls à croire – à une entreprise passablement cruelle, abjecte et infâme. L’on prétend que les guerres de conquête, les massacres, les déportations, les razzias, les travaux forcés, la discrimination raciale institutionnelle – tout cela ne fut que « la corruption d’une grande idée » ou, comme l’explique Alexis de Tocqueville, « des nécessités fâcheuses ».

Demander que la France reconnaisse, à la manière du même Tocqueville, que le gouvernement colonial fut un « gouvernement dur, violent, arbitraire et grossier », ou encore lui demander de cesser de soutenir des dictatures corrompues en Afrique, ce n’est ni la dénigrer, ni la haïr. C’est lui demander d’assumer ses responsabilités et de pratiquer ce qu’elle dit être sa vocation universelle. Cette demande est absolument nécessaire dans les conditions actuelles. Et en matière de passé colonial français en particulier, la politique de l’irresponsabilité illimitée doit faire l’objet d’une critique ferme, intelligente et soutenue.

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Conclusion
La majorité des Africains ne vit ni en France, ni dans les anciennes colonies françaises. Elle ne cherche pas à émigrer dans l’Hexagone. Dans l’exercice quotidien de leur métier, des millions d’Africains ne dépendent d’aucun réseau français d’assistance. Pour leur survie, ils ne doivent strictement rien à la France et la France ne leur doit strictement rien. Et c’est bien ainsi.

Ceci dit, un profond rapport intellectuel et culturel lie certains d’entre nous à ce vieux pays où, d’ailleurs, nous avons été formés en partie. Une forte minorité de citoyens français d’origine africaine, descendants d’esclaves et d’ex-colonisés y vivent, dont le sort est loin de nous être indifférent, tout comme celui des immigrés illégaux qui, malgré le fait d’avoir enfreint la loi, ont néanmoins droit à un traitement humain.

Depuis  Frantz Fanon , nous savons que c’est tout le passé du monde que nous avons à reprendre ; que nous ne pouvons pas chanter le passé aux dépens de notre présent et de notre avenir ; que « l’âme nègre » est une invention de blanc ; que le nègre n’est pas, pas plus que le blanc ; et que nous sommes notre propre fondement.

Aujourd’hui, y compris parmi les Africains francophones dont la servilité à l’égard de la France est particulièrement accusée et qui sont séduits par les sirènes du nativisme et de la condition victimaire, beaucoup d’esprits savent pertinemment que le sort du continent, ou encore son avenir, ne dépend pas de la France. Après un demi-siècle de décolonisation formelle, les jeunes générations ont appris que de la France, tout comme des autres puissances mondiales, il ne faut pas attendre grand-chose. Les Africains se sauveront eux-mêmes ou ils périront.

Elles savent aussi que jugées à l’aune de l’émancipation africaine, certaines de ces puissances sont plus nuisibles que d’autres. Et que compte tenu de notre vulnérabilité passée et actuelle, le moins que nous puissions faire est de limiter ce pouvoir de nuisance. Une telle attitude n’a rien à voir avec la haine de qui que ce soit. Au contraire, elle est le préalable à une politique de l’égalité sans laquelle il ne saurait y avoir un monde commun.

Si donc la France veut jouer un rôle positif dans l’avènement de ce monde commun, il faut qu’elle renonce à ses préjugés. Il faut que ses nouvelles élites opèrent le difficile travail intellectuel sans lequel les proclamations politiciennes d’amitié n’auront aucun sens. On ne peut pas, comme à Dakar, parler à l’ami sans s’adresser à lui. Etre capable d’amitié, c’est, comme le soulignait Jacques Derrida, savoir honorer en son ami l’ennemi qu’il peut être.

Aujourd’hui, le prisme culturel et intellectuel à partir duquel les nouvelles élites dirigeantes françaises regardent l’Afrique, la jugent ou lui administrent des leçons n’est pas seulement obsolète. Il ne fait aucune place à des rapports d’amitié qui seraient un signe de liberté parce que coextensifs à des rapports de justice et de respect. Pour l’heure, et s’agissant de l’Afrique, il manque tout simplement à la France le crédit moral qui lui permettrait de parler avec certitude et autorité.

Voilà pourquoi le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar ne sera, ni écouté, encore moins pris au sérieux par ceux à qui il était supposé s’adresser.

Achille Mbembe *

 Professeur d’histoire et de science politique à l’Université du Witwatersrand (Johannesburg) et directeur de recherches au Witwatersrand Institute for Social and Economic Research (WISER). Est notamment l’auteur de « De la postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine » (Karthala, 2000).

Tiken Jah Fakoly chante : Françafriquehttp://jabiru.blog.lemonde.fr/files/2007/09/francafrique.1189024517.mp3

 


 

 

Sources à l’instigation de Jacques Marchand

Illustrations  : Collection musée du Quai Branly Paris

Tableaux  Samuel Kakaire

 

 Radio ~France Inter L’Afrique désenchantée – Là bas si j’y suis

 

 Sur l’ébriété supposée de Sarkozy au G 8

Edgar Morin : la voie d’un Sage

Si j’avais été candidat

 Chères concitoyennes et chers concitoyens,

Je dois d’abord rappeler que la France ne vit ni en vase clos ni dans un monde immobile. Nous devons prendre conscience que nous vivons une communauté de destin planétaire, face aux menaces globales qu’apportent la prolifération des armes nucléaires, le déchaînement des conflits ethnico-religieux, la dégradation de la biosphère, le cours ambivalent d’une économie mondiale incontrôlée, la tyrannie de l’argent, l’union d’une barbarie venue du fond des âges et de la barbarie glacée du calcul technique et économique.

Le système planétaire est condamné à la mort ou à la transformation. Notre époque de changement est devenue un changement d’époque.

Je ne vous promets pas le salut, mais j’indiquerai la longue et difficile voie vers une Terre Patrie et une Société Monde, ce qui signifie d’abord la réforme de l’ONU pour dépasser les souverainetés absolues des Etats-nations tout en reconnaissant pleinement leur autorité pour les problèmes qui ne sont pas de vie/mort pour la planète.

Je ferai tout mon possible pour donner à l‘Europe consistance et volonté en y instituant une autonomie politique et militaire. Je lui présenterai un grand dessein : réformer sa propre civilisation en y intégrant l’apport moral et spirituel d’autres civilisations ; contribuer à un nouveau type de développement dans les nations africaines ; instituer une régulation des prix pour les produits fabriqués à coût minime dans l’exploitation des travailleurs asiatiques ; élaborer une politique commune d’insertion des immigrés ; enfin et surtout en faire un foyer exemplaire de paix, compréhension et tolérance ; dans ce sens, intervenir au Darfour, en Tchétchénie, au Moyen-Orient et prévenir la guerre de civilisations.

 

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EN CE QUI CONCERNE LA FRANCE  Je ne formulerai pas un programme, inopérant dans les situations changeantes ; je définirai une stratégie qui tienne compte des événements et des accidents. Pour l’immédiat je susciterai deux rencontres entre partenaires sociaux, l’une sur l’emploi et les salaires, l’autre sur les retraites.Je constituerai deux comités permanents visant à réduire les ruptures sociales :

 1) un comité permanent de lutte contre les inégalités, qui s’attaquera en premier lieu aux excès (de bénéfices et rémunérations au sommet) et aux insuffisances (de niveau et qualité de vie à la base) ;

 2) un comité permanent chargé de renverser le déséquilibre accru depuis 1990 dans la relation capital-travail.   Etant donné l’intégration vitale d’une politique écologique, je constituerai un troisième comité permanent qui traitera des transformations sociales et humaines qui s’imposent.

UNE POLITIQUE DE CIVILISATION J’indiquerai la voie d’une politique de civilisation qui ressusciterait les solidarités, ferait reculer l’égoïsme, et plus profondément reformerait la société et nos vies. De fait, notre civilisation est en crise.  

Là où il est arrivé, le bien-être matériel n’a pas nécessairement apporté le bien-être mental, ce dont témoignent les consommations effrénées de drogues, anxiolytiques, antidépresseurs, somnifères. Le développement économique n’a pas apporté le développement moral.

L’application du calcul, de la chronométrie, de l’hyperspécialisation, de la compartimentation au travail, aux entreprises, aux administrations et finalement à nos vies a entraîné trop souvent la dégradation des solidarités, la bureaucratisation généralisée, la perte d’initiative, la peur de la responsabilité.

Aussi je réformerai les administrations publiques et inciterai à la réforme des administrations privées. La réforme vise à débureaucratiser, déscléroser, décompartimenter, et donner initiative et souplesse aux fonctionnaires ou employés, à offrir bienveillance pour tous ceux qui doivent affronter les bureaux. La réforme de l’Etat se ferait non par augmentation ou suppression d’emplois, mais par modification de la logique qui considère les humains comme objets soumis à quantification et non comme êtres dotés d’autonomie, d’intelligence et d’affectivité.

REVITALISER  LA FRATERNITÉ

 Je proposerai de revitaliser la fraternité, sous-développée dans la trilogie républicaine Liberté-Egalité-Fraternité. Tout d’abord, je susciterai la création de Maisons de la Fraternité dans les diverses villes et dans les quartiers des métropoles comme Paris. Ces maisons regrouperaient toutes les institutions à caractère solidaire existant déjà (Secours populaire, Secours catholique, SOS Amitié, etc.) et comporteraient de nouveaux services voués à intervenir d’urgence auprès des détresses, morales ou matérielles, à sauver du naufrage les victimes d’overdose de drogue ou de chagrin. Ce seraient des lieux d’initiatives, de médiations, de secours, d’information, de bénévolat et de mobilisation permanente.

En même temps, il faudrait instituer un Service civique de la Fraternité qui, présent dans les Maisons de la Fraternité, se vouerait de plus aux désastres collectifs, inondations, canicules, sécheresses, etc., non seulement en France mais aussi en Europe et Méditerranée. Ainsi la fraternité serait profondément inscrite et vivante dans la société reformée que nous voulons.

Dans notre conception de la fraternité, les délinquants juvéniles sont non des individus abstraits à réprimer comme les adultes, mais des adolescents à l’âge plastique où il faut favoriser les possibilités de rédemption.

Nous considérons les immigrés non comme des intrus à rejeter, mais comme des frères issus de la pire misère, celle qui a été créée à la fois par notre colonisation passée et par ce qu’a entraîné dans leurs pays l’introduction de notre économie en détruisant les polycultures de subsistance et en déportant les populations agraires dans le dénuement des bidonvilles urbains.

Comme le cours actuel de notre civilisation privilégie la quantité, le calcul, l’avoir, je m’emploierai à une vaste politique de la qualité de la vie. Dans ce sens, je favoriserai tout ce qui combat les multiples dégradations de l’atmosphère, de la nourriture, de l’eau, de la santé. Toute économie d’énergie doit constituer un gain de santé et qualité de vie. Ainsi, la désintoxication automobile des centres-villes se traduira par la diminution des bronchites, asthmes et maladies psychosomatiques. La désintoxication des nappes phréatiques réduira l’agriculture et l’élevage industriels au profit d’une ruralité fermière, laquelle restaurera la qualité des aliments et la santé du consommateur.

La réduction des intoxications de civilisation – dont l’intoxication publicitaire, qui prétend offrir séduction et jouissance dans et par des produits superflus -, du gaspillage des objets jetables, des modes accélérées qui rendent obsolètes les produits en un an, tout cela doit nous conduire à renverser la course au plus, au profit d’une marche vers le mieux, et s’inscrire dans une action continue en faveur de deux courants amorcés qu’il faut développer : la réhumanisation des villes et la revitalisation des campagnes. Cette dernière comporte la nécessité de réanimer les villages par l’installation du télétravail, le retour de la boulangerie et du bistro.

En matière d’emploi, j’instituerai des aides à la création et au développement de toute activité contribuant à la qualité de la vie. La politique des grands travaux que je proposerai pour développer le ferroutage, élargir et aménager les canaux et créer des ceintures de parkings autour des villes et autour des centres-villes permettra à la fois de créer des emplois et d’accroître la qualité de la vie. Les dépenses qu’elle nécessitera seront compensées en quelques années par la diminution des maladies socio-psycho-somatiques provoquées par stress, pollutions et intoxications.  

En matière d’économie, j’agirai pour une économie plurielle, qui est en gestation sur la planète de façon dispersée, et dont les développements permettraient de surmonter la dictature du marché mondial. En France l’économie plurielle, qui comportera les grandes firmes mondialisées, développera les petites et moyennes entreprises, les coopératives et mutuelles de production et/ou consommation, les métiers de solidarité, le commerce équitable, l’éthique économique, le microcrédit, l’épargne solidaire qui finance des projets de proximité, créateurs d’emplois. Le développement d’une alimentation de proximité qui ne dépend plus des grands circuits intercontinentaux nous fournira des produits de qualité fermière et de plus nous préparera à affronter les éventuelles crises planétaires.

En ce qui concerne l’éducation, la mission première a été formulée par Jean- Jacques Rousseau dans l’Emile : « Je veux lui apprendre à vivre. » Il s’agit de fournir les moyens d’affronter les problèmes fondamentaux et globaux qui sont ceux de chaque individu, de chaque société et de toute l’humanité. Ces problèmes sont désintégrés dans et par les disciplines compartimentées. Ainsi, pour commencer, j’instituerai une année propédeutique pour toutes les universités sur : les risques d’erreur et d’illusion dans la connaissance ; les conditions d’une connaissance pertinente ; l’identité humaine ; l’ère planétaire que nous vivons ; l’affrontement des incertitudes, la compréhension d’autrui et enfin les problèmes de civilisation contemporaine.

POUR LA GRANDE RÉFORME

L’élan pour la grande réforme surgira des profondeurs de notre pays quand il percevra qu’elle prend en charge ses besoins et ses aspirations. Car, sclérosé dans toutes ses structures, le pays est vivant à la base. Le changement individuel et le changement social seront inséparables, chacun seul étant insuffisant. La réforme de la politique, la réforme de la pensée, la réforme de la société, la réforme de la vie se conjugueront pour conduire à une métamorphose de société. Les futurs radieux sont morts, mais nous ouvrirons une voie pour un futur possible. Cette voie, nous pouvons nous y avancer en France, espérer la faire adopter en Europe. Et, faisant de nouveau de la France un exemple, elle apportera l’espérance d’un salut planétaire

 

Point de vue publié dans Le Monde de ce jour.

Immanuel Wallerstein

Un grand penseur de notre temps

immanuel-wallersteinNé à  NewYork, en 1930 Wallerstein fait ses études à l’Université de Columbia, où il obtient une licence en 1951, et un doctorat en philosophie en 1959.  Il devient professeur de sociologie jusqu’à sa retraite en 1999.  Immanuel Wallerstein – Wikipédia

Il travailla en outre comme directeur du centre Fernand Braudel pour l’Étude de l’Économie, des Systèmes historiques et des Civilisations. Wallerstein occupa plusieurs postes de professeur honoraire d’université dans plusieurs pays et reçut de nombreuses récompenses et occupa par intermittence le poste de Directeur d’études associé à l’École des hautes études en sciences sociales de Paris.

Il fut également le président de l’Association internationale de sociologie.

 

 

 

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OGM Monsanto, l’étude qui accuse

SANTÉ HUMAINE, SECRET INDUSTRIEL ET LUTTE ANTI OGM

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 Lutte contre les organismes génétiquement modifiés – Wikipédia

JOSÉ BOVÉ NATURELLEMENT

 

Ancien leader paysan contestataire et radical,  José Bové espère rassembler derrière sa candidature présidentielle, la « gauche de la gauche ». Il est devenu un symbole et un leader de la mouvance altermondialiste.

 

Né Joseph Bové le 11 juin 1953 à Talence, dans la banlieue de Bordeaux, l’homme à la pipe et à la moustache de gaulois est le fils d’un scientifique, spécialiste très connu des maladies des plantes.

Tout jeune, il s’est engagé sur les sentiers de la contestation, devenant, dès 1972, objecteur de conscience.

Deux ans plus tard, il s’installe sur le Larzac pour lutter contre l’extension du camp militaire. Il y restera, se lançant dans l’élevage de moutons.

 

Se déclarant « anarcho-syndicaliste », il fonde en 1987 la Confédération Paysanne et s’engage contre le « productivisme agricole à outrance » et la « logique libérale » du processus de mondialisation. Son premier coup d’éclat sera le « démontage », le 12 août 1999, du chantier d’un restaurant McDonald’s, symbole à ses yeux de la « malbouffe », pour s’opposer aux sanctions douanières imposées par les Etats-Unis contre des produits européens.  Condamné pour cette affaire, il a fait trois mois de prison en 2002, créant le spectacle en se rendant au volant d’un tracteur jusqu’à la prison où il devait purger sa peine.

Devenu porte-étendard de l’altermondialisme, il se manifeste lors du sommet de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle en 1999 ou du G8 à Gênes en 2001. Il va soutenir les zapatistes du Chiapas (Mexique), les paysans palestiniens dans les territoires et participe aux forums sociaux de Porto Alegre (Brésil).

S’il balaie toute ambition politique lors de la présidentielle de 2002, il est au premier rang de la campagne du « non de gauche » au référendum européen du 29 mai 2005. Candidat à l’élection présidentielle, il rassemble les forces citoyennes  de la transformation sociale, solidaire, écologiste, antiraciste et féministe.

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 » Renoncer à la désobéissance civile

c’est mettre la conscience en prison  »

GANDHI

De la désobéissance civile

 

Site de Campagne de José  Bové

 

l’autre campagne

 

Amuse-Bush

G A N D H I

 « Ce que tu gagneras par la violence

une violence plus grande te le fera perdre »

 

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L ‘ I D O L E    D E S    C O N S

 Les cons disposent dans chaque foyer états-uniens

d’une moyenne de 2,73 téléviseurs

pour hypnotiser leurs consciences

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Prison de Guantanamo – Wikipédia

ÉTATS-UNIS. Guantánamo : quatre ans de trop. Nouveaux témoignages de torture – Amnesty International

FERMEZ GUANTÁNAMO !  Torture et autres mauvais traitements – Amnesty International

Violence et résistances à Guantánamo, par Marie-Agnès Combesque (Le Monde diplomatique)

Quand les hommes vivront d’amour

La pendaison de Saddam Hussein à Bagdad , une exécution après un procès bâclé.

qd-les-h.jpgsadam-deguiseÇa couvait , cette exécution capitale de l’emprisonné de Bagad,  plus ou moins inconsciemment je la sentais venir. C’est la raison pour laquelle depuis le 5 Décembre Saddam est présent sur le blog pour illustrer mon calendrier de l’avent .

 Noël passe, puis c’est la potence.  Reste une coïncidence surréaliste : les conditions de la prise de vue intégrale de la pendaison ET  cette image de     L’Avent Noël J -16  : le cadeau du Père Noël : un téléphone vidéo !

 

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=UZOM4koItSk

LA PENDAISON DE SADDAM HUSSEIN 

La vidéo intégrale a dû être enlevée du blog le 4 Janvier 07 

sur injonction des modérateurs du Monde.fr

                                     à l’insu de mon plein gré

  

L A    B O T T E    S E C R E T E   D U   P E R E  N O E L 

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Prouesse technologique dans l’histoire de la transmission

 d’une information visuelle historique

RFI – Irak – Pendaison de Saddam : enquête sur la vidéo pirate

Au Tribunal de Nuremberg, le procès des nazis nous avait donné à comprendre. Des témoignages historiques. Il n’en fût point de même avec la pendaison de Saddam Hussein, tyran sanguinaire. Le Haut Tribunal pénal irakien ( financé et mis en place par les Américains) a condamné Saddam Hussein et deux coaccusés  dans un  procès vite expédié.  Peine de Mort  par pendaison pour  les faits de massacres de 148 villageois chiites à Doujaïl en 1982.

J’ai pris conscience en observant la chronologie des dernières années à l’ombre de mon Baobab insulaire, que du côté de l’Empire, l’attelage Bush-Cheney  bluffe régulièrement les consciences :

  • le complot du Nine Eleven

    42 % des États-uniens doutent de la version officielle [ Réseau Voltaire]

  • introuvables armes de destruction massive mais de l’Or Noir à contrôler en Mésopotamie

  • attaque militaire avec les anglais, sans  feu vert des Nations-Unis

  • emprisonnements à l’abri du droit international dans des zones off shore pour la torture

  • nouveau vietnam dans le bourbier irakien. Le score des morts du11 Septembre vient d’être multiplié par deux. Déjà 3 000  soldats US zigouillés pour quoi, pour qui ?

Ainsi ont-ils encore fait dans la manipulation, avec ce procès bâclé. Ce tribunal a galvaudé une opportunité majeure de rendre justice au peuple irakien de façon crédible. Depuis 1979 ce dictateur avait fondé son pouvoir sur la terreur et  pour assurer sa pérennité n’a pas hésité à faire tuer des dizaines de milliers de ses compatriotes .

 Sur l’image extraite de la vidéo interdite sur ce blog par Le Monde.fr, apparait la langue du pendu, étranglé au terme d’un procès bâclé pour des faits anciens remontant aux début des années 80, il y a plus de vingts ans ! L’essentiel est acquis  : il ne parlera pas de sa coopération avec les  puissants de l’Occident qui lui ont vendu leur production d’ armes, pour une guerre meurtière de huit années contre l’Iran (1,5 millions de morts ).

Avec cette vidéo disponible sur Internet, mais non diffusée sur les News des¨chaînes TV  en Occcident, on observe  que le mec était digne avant de mourir et qu’il a répondu deux fois aux insultes masquées, avant de rendre l’âme.

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UN DICTATEUR CRÉÉ PUIS DÉTRUIT PAR L’AMÉRIQUE

par Robert Fisk

robert_fisk_.jpgSaddam à la potence. Facile à dire ! Qui d’autre pourrait mériter le plus cette dernière marche vers l’échafaud – ce cou qui se rompt au bout de la corde – que la Brute de Bagdad, le Hitler du Tigre, l’homme qui a assassiné des centaines de milliers d’Irakiens innocents tout en répandant des armes chimiques sur ses ennemis ?

Dans quelques heures, nos maîtres nous diront que c’est un « grand jour » pour les Irakiens et ils espèreront que le monde musulman oubliera que cette sentence de mort a été signée  par le « gouvernement » irakien, mais pour le compte des Américains, la veille exacte de l’Aïd el-Kebir, la Fête du Sacrifice, le moment du plus grand pardon dans le monde arabe.

Mais l’histoire retiendra que les Arabes et autres Musulmans et des millions et des millions de personnes en Occident, poseront une autre question ce week-end, une question que les autres journaux occidentaux ne poseront pas, parce que ce n’est pas le récit qui nous a été concocté par nos présidents et premiers ministres — sans parler des autres coupables !

Non, Tony Blair n’est pas Saddam. Nous ne gazons pas nos ennemis. George W. Bush n’est pas Saddam. Il n’a pas envahi l’Iran ou le Koweït. Il a seulement envahi l’Irak. Mais des centaines de milliers de civils irakiens sont morts  – et des milliers de soldats occidentaux sont morts – parce que MM. Bush et Blair et le Premier ministre espagnol et le Premier ministre italien et le Premier ministre australien sont partis en guerre en 2003 sur un monceau de bobards et de mensonges et, vu les armes que nous avons utilisées, dans une très grande brutalité.

 Dans le sillage des crimes internationaux contre l’humanité de 2001, nous avons torturé, nous avons assassiné, nous avons brutalisé et tué des innocents – nous avons même ajouté notre propre honte à Abou Ghraib à celle de Saddam – et pourtant, nous sommes censés oublier ces crimes terribles tandis que nous applaudissons au corps du dictateur que nous avons créé et qui se balance à son gibet.

Qui a encouragé Saddam à envahir l’Iran en 1980 ? Ce fut son plus grand crime de guerre puisque cela conduisit à la mort d’un million et demi d’êtres humains. Et qui lui a vendu les composants pour fabriquer les armes chimiques avec lesquelles il a aspergé l’Iran et les Kurdes ? C’est nous. Il ne faut pas s’étonner que les Américains, qui contrôlaient l’étrange procès de Saddam, en ont interdit toute mention, de son obscénité la plus atroce, dans les accusations retenues contre lui. N’aurait-il pu être remis aux Iraniens pour être condamné pour son crime de guerre massif ? Bien sûr que non ! Parce que cela aurait aussi exposé notre propre culpabilité.

Et les tueries de masse que nous avons perpétrées en 2003 avec nos obus à l’uranium appauvri et nos bombes « anti-bunkers » et notre phosphore ? Et les sièges meurtriers post-invasion de Falloujah et de Nadjaf, ainsi que le désastre infernal de l’anarchie que nous avons libérée sur la population irakienne à la suite de notre « victoire » – notre « mission accomplie » – qui sera reconnu coupable de cela ? Une telle expiation arrivera, comme l’on peut s’y attendre, sans aucun doute, dans les mémoires intéressées de Blair et de Bush, écrites dans leur riche et confortable retraite.

Des heures avant la condamnation à mort de Saddam, sa famille – sa première femme, Sajida, la fille de Saddam et d’autres parents – avait renoncé à tout espoir. « Tout ce qui pouvait être fait a été fait, nous ne pouvons qu’attendre que le temps fasse son œuvre », a dit l’un d’eux la nuit dernière. Mais Saddam savait et il avait déjà annoncé son propre « martyre » : il était encore le président de l’Irak et il mourrait pour l’Irak.

Tous les condamnés se retrouvent face à une décision : mourir avec un dernier appel obséquieux à la clémence ou mourir dans toute la dignité dont ils peuvent se draper dans leurs dernières heures sur terre. Sa dernière apparition à son procès – ce sourire blême qui s’est étalé sur le visage du meurtrier de masse – nous a montré quel chemin Saddam avait l’intention de prendre jusqu’à la potence.

J’ai dressé la liste de ses crimes monstrueux au fil des ans. J’ai parlé aux survivants kurdes d’Halabja et aux Chiites qui se soulevèrent contre le dictateur à notre demande en 1991 et que nous avons trahis, dont les compagnons d’armes, par dizaines de milliers, en compagnie de leurs femmes, furent pendus comme des grives par les bourreaux de Saddam.

Je fais le tour des chambres d’exécution d’Abou Ghraib – seulement quelques mois, est-il apparu plus tard, après que nous avons utilisé cette même prison pour quelques tortures et assassinats de notre propre facture – et j’ai observé les Irakiens sortir des milliers de leurs parents décédés des charniers de Hilla. L’un d’eux avait une hanche artificielle fraîchement implantée et un numéro d’identification médicale au bras. Il avait été directement emmené de l’hôpital jusqu’à son lieu d’exécution. Comme Donald Rumsfeld, j’ai serré la main molle et moite du dictateur.

Ce fut mon collègue, Thomas Friedman – à présent le journaliste messianique du New York Times – qui avait parfaitement saisi le caractère de Saddam juste avant l’invasion de 2003 : Saddam était, écrivait-il, « à moitié Don Corleone et à moitié Donald Duck ». Et, en une seule définition, Friedman avait saisi l’horreur de tous les dictateurs : leur attirance sadique et la nature grotesque et incroyable de leur barbarie.

Mais ce n’est pas ainsi que le monde arabe le verra. D’abord, ceux qui ont souffert de la cruauté de Saddam accueilleront favorablement son exécution. Des centaines voulaient tirer le levier de la trappe du pendu. De même, de nombreux autres Kurdes et Chiites, à l’extérieur de l’Irak, se réjouiront de cette fin. Mais eux – et des millions d’autres Musulmans – se souviendront comment il a été informé de sa condamnation à mort le soir de la fête de l’Aïd el-Kebir, qui commémore le prétendu sacrifice par Abraham de son fils, une commémoration que même l’horrible Saddam avait l’habitude de célébrer cyniquement en libérant des prisonniers de ses prisons. Peut-être qu’avant sa mort, il a été « remis aux autorités irakiennes ». Mais on se souviendra à juste titre de son exécution comme d’une affaire américaine et le temps ajoutera son lustre faux mais persistant à tout cela : que l’Occident a détruit un dirigeant arabe qui n’obéissait plus à Washington, que pour tout ce qu’il a fait de mal (et cela sera la réussite terrible pour les historiens arabes, de faire table rase de ses crimes) Saddam est mort en « martyre » selon la volonté des nouveaux « Croisés ».

Lorsqu’il fut capturé en novembre 2003, l’insurrection contre les soldats américains s’est accrue en férocité. Après sa mort, elle redoublera à nouveau d’intensité. Libérés de toute possibilité de retour de Saddam à cause de son exécution, les ennemis de l’Occident en Irak n’ont aucune raison de craindre le retour d’un régime baasiste. Oussama ben Laden se réjouira certainement, de même que Bush et Blair. Et il y a une pensée. Tant de crimes vengés. Mais nous, nous nous en tirerons !

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  Article original « A dictator created then destroyed by America«    In The Independent

Traduction [JFG-QuestionsCritiques]

 

 

Castro, Adidas et la sémantique

Sur son blog , Salam Chahid, un frère Globe Trotteur marocain s’interroge subtilement au sujet de Castro et Adidas : le capitalisme des adieux ! – The Show Must Go On

 

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Cette photo a été prise le 16 Août dernier.
Elle ouvre un débat sémantique stimulant pour les commentaires. Je livre le fait suivant : le géomètre de chez Martin qui a contribué à l’implantation de deux hotels de Tourisme à Cuba a visité  Castro  trois fois chez lui à la Havane. Il dit qu’en privé il porte quotidiennement et simplement son survêtement.

Alors, que pourrait bien signifier ce sigle Adidas qu’utilisent également des disciples du Leader Maximo en Amérique latine, notamment Chavez et Evo Morales au Venezuela et en Bolivie ?

 

Une réponse  bolivarienne hispanophone est possible :
ADI = Adicto =  Dévoué
DA=     Dadivoso = Généreux
S =  Social

 

 

 

 

 

 

Evo Morales
Evo Morales

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Castro, la camarde, Chavez & Pinochet.

Les rêves de Fidel Castro

castro-chavez.jpg la camarde   se trémousse autour de Pinochet ( 91 ans), ses proches ont même commandé l’extrême onction … Au  même moment  Chavez est démocratiquement confirmé  ( 65 % ) a la tête de sa révolution bolivarienne, dans la back yard des Yankees.

Simon Bolivar, José Marti, Ernesto  Che Guevara , Salvador Allende , Fidel Castro … El pueblo unido jamá sera vincido

Fidel  Castro (80 ans ) avait différé son Rendez-vous d’anniversaire du 13 aout avec le peuple cubain, pour ce début Décembre. Mais il est resté couché sur son lit d’hopital. Physiquement au bout du chemin , lui aussi plaçé sous le regard de la camarde et des camarades médecins.Trop faible pour se déplacer aux parades publiques, la fin est proche.  Il a pu savourer la victoire de son ami Chavez, qui porte avec l’indien Morales un précieux flambeau, celui des peuples libres …

 

LE FIDEL QUE JE CROIS CONNAITRE
Par Gabriel García Márquez *

castro garcia marquezC’est un homme qui a une discipline de fer, une patience
infinie, des idées colossales et des illusions insatiables
Sa dévotion est au mot. Son pouvoir est à la séduction.

Il va chercher les problèmes là où ils sont. L’impulsion de l’inspiration est l’un des traits principaux de son caractère. Les livres reflètent très bien l’étendue de ses goûts. Il a arrêté de fumer pour avoir l’autorité morale de combattre l’addiction au tabac. Il aime préparer des recettes culinaires avec une sorte de ferveur scientifique. Il se maintient en excellente condition physique en passant des heures à faire toutes sortes de gymnastiques et il nage fréquemment.

Sa patience est invincible. Sa discipline est de fer. La force de son imagination le pousse jusqu’aux limites de l’imprévu.

José Martí est son auteur préféré et il a eu le talent d’incorporer la pensée de Martí dans le torrent d’optimisme de la révolution marxiste. L’essence de sa propre pensée pourrait résider dans la certitude que, si l’on entreprend un travail de masse, il est fondamental de s’intéresser aux individus.

Cela pourrait expliquer la confiance absolue qu’il place dans le contact direct. Il a un langage pour chaque occasion et un moyen distinct de persuasion selon ses interlocuteurs. Il sait comment se mettre au niveau de chacun et possède des connaissances vastes et variées qui lui permettent d’être à l’aise dans tous les médias. Une chose est sûre : il est où il est, comme il est et avec qui il est. Fidel Castro est là pour gagner. Son attitude en face de la défaite, même dans les actions les plus insignifiantes de la vie quotidienne, semble obéir à une logique personnelle : il ne le reconnaît même pas et il n’a pas une minute de paix tant qu’il n’a pas réussi à inverser les termes et à les convertir en victoire.

Son aide suprême est sa mémoire et il l’utilise, jusqu’à en abuser, pour soutenir des discours ou des conservations privées avec un raisonnement implacable et des opérations arithmétiques d’une rapidité incroyable. Il a un besoin incessant d’informations, bien mastiquées et bien digérées. Au petit-déjeuner il dévore pas moins de 200 pages de journaux. Comme il est capable de découvrir la plus petite contradiction dans une phrase ordinaire, les réponses doivent être exactes. Il est un lecteur vorace. Il est prêt à lire à toute heure tout journal qui lui atterri entre les mains.

Il ne perd pas une seule occasion de s’informer. Pendant la guerre d’Angola, lors d’une réception officielle, il a décrit une bataille avec tant de détails qu’il fut extrêmement difficile de convaincre un diplomate européen qu’il n’y avait pas participé.

Sa vision du futur de l’Amérique Latine est la même que celle de Bolívar et de Martí : une communauté intégrée et autonome, capable de changer le destin du monde. Le pays qu’il connaît en détails le mieux après Cuba sont les Etats-Unis : la nature de son peuple, ses structures de pouvoir, les intentions secondaires de ses gouvernements. Et ceci l’a aidé à affronter le tourment incessant de l’embargo.

Il n’a jamais refusé de répondre à quelque question que ce soit, aussi provocatrice puisse-t-elle être, il n’a jamais non plus perdu sa patience. En ce qui concerne ceux qui sont économes avec la vérité, pour de ne pas l’inquiéter plus qu’il ne l’est déjà, il le sait. À un fonctionnaire qui agissait ainsi, il a dit : « Vous me cachez des vérités pour ne pas m’inquiéter, mais, lorsque je finirai par les découvrir, je mourrai du choc de devoir affronter tant de vérités que l’on m’a cachées ». Les vérités que l’on cache pour masquer les déficiences sont les plus graves, parce qu’à côté des accomplissements énormes qui donnent des forces à la révolution – les accomplissements politiques, scientifiques, sportifs et culturels – il y a une incompétence bureaucratique colossale, qui affecte la vie quotidienne et en particulier le bonheur familial.

Dans la rue, lorsqu’il parle aux gens, sa conversation retrouve l’expression et la franchise crue de l’affection sincère. Ils l’appellent : Fidel. Ils s’adressent à lui sans façons, ils discutent avec lui, ils l’acclament. C’est à ce moment-là que l’on découvre l’être humain inhabituel que la réflexion de sa propre image ne laisse pas voir. C’est le Fidel Castro que je crois connaître. Un homme aux habitudes austères et aux illusions insatiables, qui a reçu une éducation formelle à l’ancienne, utilisant des mots prudents et des tons contenus, et qui est incapable de concevoir toute idée qui n’est pas colossale.

Je l’ai entendu évoquer des choses qu’il aurait pu faire d’une autre façon pour gagner du temps dans la vie. Le voir surchargé par le poids de tant de destinées distantes, je lui ai demandé ce qu’il préférait faire dans ce monde et il m’a immédiatement répondu : « Rester dans un coin ».

The Guardian, 12 août 2006
* Gabriel García Márquez, auteur de « Cent ans de solitude » a reçu le prix Nobel de littérature. Ce texte  est un extrait révisé d’un article paru dans le quotidien cubain Granma. Fidel Castro a eu 80 ans le 13 août 2006.

Vengeance & compassion

Dans la société israélienne, lorsqu’on évoque la compassion, on parle de « yefeh nefesh » (mot à mot : une belle âme). Cette expression, devenue péjorative, est jetée à la figure de gens divers et variés, de gauche ou pas, pour mettre en doute leurs capacités à raisonner, par ceux qui pensent avoir un meilleure compréhension de la nature humaine et du monde.

message-gaza.jpg Aujourd’hui, je voudrais célébrer la compassion.  Un article  publié à Jerusalem, le jour de mon anniversaire m’en donne la possibilité.

Les familles et les survivants de la tuerie tragique de Beit Hanoun ont déclaré ne pas rechercher la vengeance. Noam Shalit, le père du soldat kidnappé Gilad Shalit, a rendu visite aux familles de Beit Hanoun hospitalisées à Tel-Aviv pour leur faire part de sa sympathie dans leurs souffrances et leurs deuils.

Que cette preuve de compassion est inhabituelle ! Que cette émotion est puissante, dans nos sociétés qui en manquent tant ! Quand sommes-nous devenus si insensibles à la souffrance de l’autre? Notre propre souffrance a-t-elle tant submergé notre coeur que nous ne puissions faire de preuve de compassion pour les autres?

Dans la société israélienne, lorsqu’on évoque la compassion, on parle de « yefeh nefesh » (mot à mot : une belle âme). Cette expression, devenue péjorative, est jetée à la figure de gens divers et variés, de gauche ou pas, pour mettre en doute leurs capacités à raisonner, par ceux qui pensent avoir un meilleure compréhension de la nature humaine et du monde.

Le comportement de Noam Shalit et des habitants de Beit Hanoun est si inhabituel dans le paysage politique que nous connaissons, et si inattendu, qu’ils ont été accusés de mollesse ou d’avoir capitulé devant l’ennemi, et pourtant ….

Gilad Shalit
Gilad Shalit

Jerusalem Post, 22 novembre 2006

Gershon Baskin *

Trad. : Gérard pour « La Paix Maintenant »

Hassan al-Qassem a perdu son frère à Beit Hanoun. Sa mère est toujours hospitalisée, dans un état très grave. Je connais Hassan depuis plus de 10 ans. Il dirige toujours la coopérative agricole de Beit Hanoun, l’un des plus gros producteurs de fraises et de fleurs de la bande de Gaza. C’est un agriculteur, un homme d’action, et non de mots. Il a la poignée de main ferme, et sa chaleur se dégage par son regard, car il n’évite pas le votre.

Partout où il va, il prend des amis dans sa voiture : il a une bonne nature, il sourit et il travaille dur. Hassan est un homme d’affaires qui travaille pour sa famille et pour sa communauté. Il y a longtemps, il a compris que cela impliquait de travailler avec les Israéliens qui partagent les mêmes intérêts que lui, par la coopération.

Ces six dernières années, il a vu ces intérêts piétinés par les tanks israéliens et par les lanceurs islamistes de Qassam. L’année dernière, après le désengagement de Gaza, le passage frontalier de Karni a été fermé pendant plusieurs mois, et les agriculteurs de Beit Hanoun ont perdu une saison entière de dur labeur.

fraises-de-gaza.jpgDes amis de Hassan, dont moi-même, ont demandé aux autorités israéliennes de réouvrir Karni pour permettre l’exportation de fleurs, en vain. Les Qassam pleuvaient sur Israël depuis Beit Hanoun. Les habitants de Sderot souffraient, et il n’y avait pas de compassion pour ceux de Beit Hanoun. Les paysans de Beit Hanoun ont déraciné leurs champs, pleuré sur leurs pertes, et se sont mis à replanter pour la saison à venir. A leur place, je pense que j’aurais été rempli de haine. Mais les habitants de Beit Hanoun n’ont pas demandé de vengeance (pas plus qu’aujourd’hui), ils ont voulu simplement continuer à vivre, en espérant que leur prochaine récolte parviendrait au bout.

J’ai rencontré Noam Shalit peu de temps après l’enlèvement de son fils Gilad.

Je ne le connaissais pas alors, et je me suis profondément impliqué dans les tentatives de libération de Gilad, après qu’un Palestinien de Gaza, du Hamas, m’a demandé mon aide, convaincu qu’il était que les habitants de Gaza allaient souffrir après l’enlèvement. Bien qu’ayant parlé depuis plus de 100
fois avec Noam, je ne lui ai jamais dit pourquoi je m’étais si profondément impliqué.

semites.jpgSasson Nouriel, kidnappé et tué par le Hamas dans la région de Ramallah en septembre de l’année dernière, était le cousin de ma femme. Ils avaient le même âge, et ils ont grandi ensemble. Je connaissais même le ravisseur, ou plus exactement, je connaissais son père. Muhammad Salah, le père du jeune
homme qui a assassiné le cousin de ma femme, commandait la police de Ramallah.

En 1996, j’avais emmené en voyage d’étude en Allemagne un groupe de policiers israéliens et palestiniens. Muhammad Salah faisait partie de l’équipe palestinienne. J’ai passé là-bas 10 jours avec lui. Et son fils a tué le cousin de ma femme. Quand Sasson a été enlevé, je me trouvais à l’étranger. Sa soeur m’a appelé pour voir si, avec mes contacts palestiniens, je ne pouvais pas aider à le retrouver. J’ai demandé à mon collègue Hanna Siniora d’aller à Ramallah et de demander aux gens s’ils avaient entendu parler de quoi que ce soit concernant Sasson. Il est même allé parler à Muhammad Salah. Bien sûr, celui-ci ne savait pas que son propre fils avait enlevé et déjà tué Sasson.

Quand on m’a demandé d’aider à la libération de Gilad Shalit, je me suis fait le serment de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour que Gilad retourne dans sa famille sain et sauf.

Noam Shalit et Hassan al-Qassem sont mes héros. Et ils doivent devenir les héros de nous tous.

Malgré leur souffrance personnelle, ils ont su faire preuve de compassion.
Ils ont montré la véritable force de l’esprit humain. Ce ne sont pas des naïfs. Ce sont des « yefei nefesh ». Ils représentent l’espoir d’un avenir meilleur pour nous tous.

* Gershon Baskin est le co-directeur israélien du Israel/Palestine Center for Research and Information. www.ipcri.org

 

 

 

Kennedy, De Gaulle et moi

HAPPY BIRTHDAY 

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N’avons nous pas  tous, du fait de notre jour de naissance, un éphéméride de référence en relation avec les  évènements historiques relatifs à cette date anniversaire personnelle à chacun(e) d’entre nous ?

 C’est ainsi que comme le général De Gaulle, vous m’avez compris,  je suis du 22 Novembre.

Le 22 Novembre 1963  jour de  l’assassinat de John F. Kennedy à Dallas, je soufflais treize bougies. Il me semble que pour les contemporains, cette date est restée dans la mémoire collective. Le Rapport Warren n’a pas levé les doutes et après une quarantaine d’années la vérité reste un mystère .

 Parmi les Discours de JFK cet extrait  :

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« Quelle sorte de paix veux-je évoquer ? Quelle sorte de paix recherchons-nous ?

Non une Pax Americana imposée au monde par les armes de guerre américaines ; non la paix du tombeau ou la sécurité de l’esclave.

Je parle de la paix authentique, le genre de paix qui fait que la vie sur terre vaut la peine d’être vécue ; le genre de paix qui permet aux hommes et aux nations de croître, d’espérer et d’édifier une vie meilleure pour leurs enfants ; non seulement la paix pour les Américains mais la paix pour tous les hommes, non seulement la paix dans notre temps, mais la paix dans tous les temps . » 

 

GUERRE & PAIX. Qu’en sera t’il dans quarante ans sur la compréhension exhaustive de la planification autour du 11 Septembre, qui a permis au pouvoir hégémonique de l’administration  Bush  d’engager les Etats Unis dans une offensive militaire  impériale, là ou les gazoducs et les oléoducs transportent les sources d’énergie nécessaires aux standards de l’american way of life, incompatible avec un développement équilibré de l’ensemble des habitants de notre Terre Patrie  ?

 

«La vérité est une chose trop précieuse pour ne pas être cachée par des mensonges.»  disait Winston Churchill.

 

Quatre avions détournés à quelques minutes d’intervalles dans l’espace aérien américain. Deux d’entre eux s’écrasent sur les tours du World Trade Center. Un autre engin frappe le Pentagone, l’un des bâtiments le mieux protégé de la planète ! Des hommes et des femmes se jetent des plus hautes tours de New York, avant leur effondrement en dix secondes, la vitesse de la chûte libre… Les images de ce drame filmé en temps réel ont fait le tour du monde et resteront  gravées dans nos mémoires.

 

Mais cependant, derrière ces images, il reste les questions essentielles. Comment cela a-t-il été possible ? Pourquoi le pays le plus puissant de la planète aurait-il été surpris par une poignée de kamikazes qui pendant des mois auraient pu impunément préparer  une attaque de cette envergure sur  le territoire américain ?

 

Cinq ans après les évènements, la version oficielle est largement contestée malgré la ferveur patriotique soigneusement entretenue. Les recherches et arguments publiés développent l’existence d’un complot militaire interne, associant les dirigeants du FBI et la CIA : un état factieux dans l’Etat. Une fracture dans le paysage politique des Etats Unis.ray-griffin.jpg

Un livre Le Nouveau Pearl Harbor de David Ray Griffin  vient d’être traduit en français, publié aux Editions Demi Lune. Sa lecture  captivante et terrifiante permet à chacun d’entre nous de mesurer l’étendue du complot qui a été mis en forme par le complot des plus hauts dirigeants actuels des Etats-Unis.

Le célèbre professeur d’histoire et sciences politiques Howard Zinn ( Université de Boston ) auteur d’une histoire populaire des Etats Unis de 1492 à nos jours considère que : « Ce livre est le plus convaincant que je connaisse pour demander l’ouverture d’une enquête plus poussée sur la relation de l’administration Bush à cet événement aussi troublant qu’historique ».

Partant de l’idée que ceux qui profitent  d’un crime devraient faire l’objet d’une enquête, l’universitaire David Ray Griffin passe au crible le faisceau des faits concernant les attaques du 11 Septembre. 

S’appuyant sur les déclarations contradictoires de membres de l’administration Bush, les articles de presse et des travaux d’autres chercheurs, il arrive à la conclusion que pris ensemble, ces éléments mettent sérieusement à mal la version officielle et médiatique de cette tragique journée qui a marqué l’entrée dans le XXI° siècle.

Il commence par des questions simples : lorsque le contact radio a été perdu avec les aéronefs, pourquoi les avions de chasse n’ont-ils pas immédiatement décollé depuis la base militaire la plus proche ?

Les questions gênantes ne s’arrêtent pas là : elles émergent de chaque partie du tableau  sous quelque angle que l’on se place, y compris l’effondrement contrôlé des 3 (trois)  tours du World Trade Center.

A la lecture de ce livre, il s’avère définitivement impossible de ne pas soupçonner les architectes de la version officielle d’avoir édifié une énorme tromperie.Il dresse également dans un second livre intitulé « Omissions et manipulations de la Commission d’enquête sur le 11 Septembre » ( même éditeur)  une 115 mensonges sur les attentats.

 Enseignant l’éthique et la théologie, David Ray Griffin écrit avec une logique rhétorique irrésistible. Il provoque le doute et la réflexion, encourageant chaque lecteur à tirer ses propres conclusions étayées à partir des différentes listes de preuves dressées dans ce livre incontournable pour qui souhaite s’informer en dehors de la propagande médiatique et complice. 

Il nous transmet aussi sa conviction que dans la vie politique américaine, la résistance reste possible par la recherche de la vérité.  

Pôle en chaleur

La fonte de la banquise arctique, le signe le plus visible jusqu’à présent Glace_2du réchauffement planétaire, vient de faire un soudain bond en avant, dans l’un des développements les plus menaçants à ce jour du changement climatique.

Une première étude de la Nasa, celle du  JPL.NASA.GOV: News Releases , montre que les glaces éternelles de la banquise arctique, qui, normalement, survivent à la saison estivale des fontes et subsistent toute l’année, se sont réduites de 14% en seulement 12 mois, entre 2004 et 2005. La réduction générale de la couverture glaciaire en une seule année a été de 720.000 km² — c’est une surface proche de la taille de la Turquie qui a disparu.

Le Dr Son Nghiem, qui a dirigé l’équipe du Jet Propulsion Laboratory, a déclaré que lors des années précédentes, il y avait eu quelques variations dans l’étendue des glaces éternelles arctiques. « Mais c’était moindre et plus localisé », a-t-il dit.  « Toutefois, le changement que nous avons vu entre 2004 et 2005 est gigantesque ».

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Une deuxième étude, celle du  asa.gov/centers/goddard montre que la vitesse de fonte des glaces éternelles, qui a été en moyenne de 0,15% par an depuis le début des observations par satellite en 1979, s’est soudainement accélérée de façon considérable. Lors des deux derniers hivers, ce taux s’est accru de 6% par an — c’est à dire de 30 fois.
Jim Hansen, le chef climatologue du Goddard Institute for Space Studies, a émis une alerte de type « c’est maintenant ou jamais » aux gouvernements du monde entier, leur disant qu’ils doivent prendre des mesures radicales pour éviter une catastrophe environnementale planétaire. Il a déclaré qu’il n’était plus viable pour les nations d’adopter la position « on ne change rien » sur la consommation des carburants fossiles.

« Je pense que nous avons une fenêtre d’opportunité très brève pour nous occuper du changement climatique… pas plus de dix ans, au maximum », a-t-il déclaré.

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Peinture Lucia Trifan

Ces changements alarment les scientifiques et les spécialistes de l’environnement, parce qu’ils excèdent de beaucoup le taux auquel les modèles des super ordinateurs sur le changement climatique prédisent la fonte de la banquise sous l’influence du réchauffement climatique — qui était déjà assez rapide.

Si ces nouveaux taux de fonte sont confirmés, la banquise aura disparu entièrement avant 2070.
Les implications seraient colossales. Cela signifie l’extinction naturelle — durant la vie de nos enfants — de l’une des créatures les plus majestueuses du monde, l’ours polaire, qui a besoin de la glace pour chasser les phoques.

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Source :« Massive surge in disappearance of Arctic sea ice sparks global warning «  

« Les dernières études, d’une longue série récente, nous disent toutes que le changement climatique est plus rapide et plus méchant que ce que nous pensions », déclare Tom Burke, un ancien conseiller écologiste du gouvernement britannique et professeur à l’Imperial College de Londres.

Ours_1 « Un abîme est en train de se creuser entre la vitesse à laquelle le climat change et celle à laquelle les gouvernements y répondent. Nous devons cesser de penser que ceci n’est qu’un autre problème environnemental qui pourra être traité lorsque le temps et les ressources le permettront. Ceci est une menace préoccupante contre notre sécurité et notre prospérité ».

Au début de son premier mandat, George Bush a sorti les Etats-Unis du Traité de Kyoto, destiné à obliger les nations à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre sur notre-planete.

Les inquiétudes sur le taux de fonte se sont, jusqu’à présent, focalisées sur les glaces saisonnières, dont la disparition estivale et le retrait des masses terrestres du Canada arctique et de la Sibérie est de plus en plus évidente. En septembre 2005, Leur niveau de retrait a été le plus élevé enregistré à ce jour. Un tel rétrécissement des glaces éternelles n’a jamais été montré auparavant. « C’est alarmant », a déclaré Joey Camiso, qui a conduit l’étude Goddard. « Nous avons assisté à la réduction de la banquise au taux de 6% l’an sur les deux seuls derniers hivers, le plus probablement en résultat au réchauffement causé par les gaz à effet de serre ».

Le professeur britannique, Julian Dowdeswell, directeur du Scott Polar Research Institute de Cambridge, est d’accord pour dire que les changements montrés dans les études américaines étaient « colossales », ajoutant : « Il reste à voir si ce taux de transformation sera maintenu dans les années à venir ».

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La fonte de la glace arctique en elle-même ne contribuera pas à la montée des océans. En effet, la glace qui flotte déplace déjà sa propre masse dans l’eau. Lorsque le glaçon fond dans notre verre, le liquide qui y est contenu ne monte pas.

Mais, il y a des volumes immenses de glace terrestre — les couvertures glaciaires du Groenland et de l’Antarctique, ainsi que les glaciers de montagne — qui sont sujets à des montées de température identiques à celles de la glace arctique et qui ont aussi commencé à fondre. Ils augmenteront le niveau des océans. La Couverture Glaciaire de l’Antarctique Occidental, si elle venait à s’effondrer, ferait monter le niveau des océans dans le monde entier de 5 mètres, submergeant de grandes parties du Bengladesh et de l’Egypte et de Londres.

L’agression américaine alimente l’extrémisme

Par Robert Fisk

publié dans The Independent, le 4 sept 06,

Robert_fisk_1 Tandis que la "guerre contre la terreur" menée par l’Occident brûle dans tout le monde musulman, hier, l’un des dirigeants le plus proche des principes de l’Islam — l’ancien président iranien Mohammed Khatami — a lancé une mise en garde sérieuse du cœur même de l’Amérique. Ce pays dont les troupes et les alliés combattent les Islamistes dans tout le Moyen-Orient, dans une guerre qui cause la mort de milliers de Musulmans.

"La politique des néoconservateurs a créé une guerre qui engendre plus d’extrémistes et de radicaux", a-t-il déclaré à The Independent, à Chicago. "Les événements du 11/9 leur ont donné cette capacité de créer la peur et l’angoisse… et de créer de nouvelles politiques de leur cru. Et, à présent, ces événements créent l’expansion des extrémistes dans les deux camps. Une lutte est en cours pour dominer ce monde, multilatéralement… Nous sommes les témoins de cette guerre — avec la répression dans un camp et la réaction extrémiste sous la forme du terrorisme dans l’autre".

M. Khatami pourrait sembler être un personnage improbable dans la salle de petit-déjeuner de l’un des hôtels les plus chics de Chicago, vêtu de sa longue robe et de son turban noir. Ses lunettes lui confèrent l’apparence d’un doyen universitaire — ce qu’il a été autrefois — plutôt que celle du voyant de l’Iran, cet homme dont l’exigence pour une société civile et la démocratie dans son pays a été écrasée par les ecclésiastiques ascétiques qui entourent le Dirigeant Suprême, l’Ayatollah Khamenei.

Pourtant, en tant qu’universitaire philosophe, Khatami est extrêmement important dans les mondes sunnite et chiite. C’est probablement la raison pour laquelle l’administration Bush lui a délivré un visa. Mais son message a été le plus dur qu’il a jamais délivré au monde musulman et à l’Occident laïque.

Khathami L’ancien président a déclaré : "Nous devons trouver les moyens d’affronter ces personnes dans les deux camps. Nous avons besoin que l’opinion publique soit influencée… Et à présent la politique des néoconservateurs a créé cette sorte de guerre".

Mais M. Khatami, qui a défendu le rôle de l’Iran dans la crise nucléaire entre l’Ouest et Téhéran — il a demandé pourquoi Israël était autorisé à avoir des armes nucléaires tout en refusant de signer le pacte de non-prolifération —, n’a pas épargné les auteurs de ce qu’il a appelé "les attaques terroristes inhumaines" du 11 septembre 2001. "J’ai été l’un des premiers responsables à condamner cet acte barbare… cet enfer qui ne pouvait qu’intensifier l’extrémisme et l’unilatéralisme et qui n’a eu aucun autre résultat que de retarder la justice et l’intelligence et de sacrifier la droiture et l’humanité", a-t-il dit.

Ce week-end, s’adressant à 15.000 Musulmans américains, M. Khatami a aussi clairement attaqué l’influence du lobby politique d’Israël aux Etats-Unis. "Malheureusement, nous assistons à l’émergence d’une politique qui cherche à confisquer l’opinion publique afin d’exploiter toute la grandeur de la nation américaine et des Etats-Unis… une politique qui résulte d’un point de vue qui, malgré son absence totale de statut dans l’arène publique étasunienne — eu égard aux chiffres — utilise des groupes catégoriques de lobby et des centres d’influence. Leur objectif est d’utiliser l’entièreté de la puissance et de la richesse de l’Amérique pour promouvoir ses propres intérêts et pour implanter des politiques à l’extérieur des frontières étasuniennes, qui n’ont aucune ressemblance avec l’esprit de la civilisation anglo-américaine et les aspirations de ses Pères Fondateurs ou de sa constitution ? Elles causent crise après crise dans notre monde".

Lorsqu’il a parlé de "la vaste présence englobant tout, des puissances qui expriment l’inquiétude pour le monde, mais qui mettent en place des politiques dont l’objectif est de dévorer le monde", il y a eu une sensation de choc dans l’auditoire. Ils ne s’attendaient pas à une telle dénonciation épique de l’hégémonie des Etats-Unis de la part d’un ecclésiastique connu pour sa compassion, plutôt que pour sa colère.

"Tout changement ou transformation populaire ou démocratique qui est à l’extérieur du royaume de leur influence est inacceptable", a-t-il déclaré, "puisqu’ils trouvent qu’il est beaucoup plus pratique de traiter avec des tendances non-nationalistes et non-populaires, qui tendent naturellement à s’occuper du bien-être et des intérêts physiques de leur peuple".

C’est ainsi que M. Khatami s’est débarrassé du slogan de l’Amérique pour la "démocratie" dans le "nouveau" Moyen-Orient. Il est inutile de dire que ses mots ne bénéficièrent que de quelques rares secondes sur les chaînes d’informations majeures américaines. La sagesse de M. Khatami n’est pas désirée par Washington.

© 2006 Independent News and Media Limited

Traduction Questions Critiques – géopolitique

Les ténèbres de Gaza

Par Gideon LEVY
Haaretz, 3 sept 06

Gaza a été réoccupée. Le monde doit le savoir et les Israéliens aussi doivent le savoir. Gaza se trouve dans la pire des situations de son histoire. Depuis la capture de Gilad Shalit et plus encore depuis le déclenchement de la guerre au Liban, les Forces de Défense d’Israël [FDI] saccagent tout dans Gaza – il n’y a aucun autre mot pour le décrire – tuent, démolissent, bombardent et pilonnent, sans discrimination.

 

nez_juifsPersonne ne pense à mettre en place une commission d’enquête, la question n’est même pas à l’ordre du jour. Personne ne demande pourquoi cela a lieu et qui l’a ordonné. Mais, sous le couvert des ténèbres la guerre au Liban, les FDI sont retournées à leurs vieilles pratiques à Gaza comme s’il n’y avait jamais eu aucun désengagement. Par conséquent, cela doit être dit sans détours : le désengagement est mort. À part les implantations qui sont toujours un tas de gravats, il ne reste rien du désengagement et de ses promesses. Combien tout ce blabla sublime et absurde au sujet de « la fin de l’occupation » et « de la partition de la terre » apparaît à présent méprisable ! Gaza est occupée et avec une plus grande brutalité qu’avant. Le fait que ce soit plus pratique pour l’occupant de la contrôler de l’extérieur n’a rien à voir avec les conditions de vie intolérables de l’occupé.

 

Ces derniers temps, dans de grandes parties de Gaza, il n’y plus aucune électricité. Israël a bombardé la seule station d’électricité de Gaza et plus de la moitié de la fourniture d’électricité sera coupée pendant encore au moins un an. Il n’y a pratiquement pas d’eau. Puisqu’il n’y a plus d’électricité, approvisionner les habitations en eau est pratiquement impossible. Gaza est plus sale et plus nauséabonde que jamais : À cause de l’embargo qu’Israël et le monde ont imposé sur l’autorité élue, aucuns salaires n’ont été payés et les nettoyeurs de rue ont été en grève pendant les dernières semaines.

gaza42Des piles de détritus et des nuages de puanteur étranglent la bande côtière, la faisant ressembler à Calcutta. Plus que jamais, Gaza est aussi comme une prison. Le passage d’Erez est vide, le passage de Karni n’a été ouvert que quelques jours ces derniers mois et la même chose est vraie pour le passage de Rafah. Quelques 15.000 personnes ont attendu pendant deux mois pour entrer en Egypte, certains attendent toujours, y compris un grand nombre de personnes malades et blessées. 5.000 autres personnes attendaient de l’autre côté pour retourner dans leurs foyers. Certains sont morts pendant l’attente. Il faut voir les scènes à Rafah pour comprendre à quel point cette tragédie humaine qui se déroule est profonde. Un passage qui n’était pas censé avoir une présence israélienne continue d’être un moyen pour Israël de faire pression sur 1,5 millions d’habitants. C’est une punition collective scandaleuse et choquante. Les Etats-Unis et l’Europe, qui font la police au passage de Rafah, sont aussi responsables de cette situation. Gaza est aussi plus pauvre et plus affamée qu’elle ne l’a jamais été. Il n’y a pratiquement aucune marchandise qui entre ou qui sort. Pêcher est interdit.

burninggazaLes dizaines de milliers de fonctionnaires de l’AP ne reçoivent plus aucun salaire et la possibilité de travailler en Israël est hors de question. Et nous n’avons pas encore parlé de la mort, de la destruction et de l’horreur. Ces deux derniers mois, Israël a tué 224 Palestiniens, dont 62 enfants et 25 femmes. Israël a bombardé et assassiné, détruit et pilonné, et personne ne l’a arrêté. Aucune cellule de lanceurs de Qassam et aucun tunnel de contrebande ne peut justifier une tuerie à si grande échelle. Il n’y a pas un seul jour sans morts, la plupart des civils palestiniens innocents. Où sont passés les jours où il y avait encore un débat en Israël sur les assassinats ? Aujourd’hui, Israël largue d’innombrables missiles, obus et bombes sur les maisons et tue des familles entières, en route vers un autre assassinat. Les hôpitaux croulent sous les plus de 900 personnes qui doivent subir des interventions. À l’hôpital de Shifa, le seul équipement de Gaza que l’on peut encore appeler un hôpital, j’ai vu des scènes déchirantes, la semaine dernière. Des enfants démembrés, sous respirateur, paralysés, infirmes pour le reste de leurs vies. Des familles ont été tuées dans leur sommeil ou pendant qu’elles se déplaçaient à dos d’ânes ou qu’elles travaillaient dans les champs. Des enfants effrayés, traumatisés par ce qu’ils ont vu, recroquevillés chez eux avec une horreur dans leurs yeux qu’il est difficile de décrire avec des mots.

Un journaliste espagnol qui a passé récemment du temps à Gaza, un vieux routier des zones de guerre et de désastres dans le monde entier, a dit qu’il n’avait jamais été exposé à des scènes aussi horribles que celles qu’il a vues et qu’il a décrites pendant ces deux derniers mois. Il est difficile de déterminer qui a décidé tout cela. On peut douter que les ministres aient conscience de la réalité à Gaza. Ils en sont responsables, à commencer avec la mauvaise décision sur l’embargo, jusqu’aux bombardements des ponts de Gaza et de la centrale électrique et les assassinats de masse. Aujourd’hui, Israël est responsable une nouvelle fois de tout ce qui arrive à Gaza.

destruction_israeliennes_gaza_11_9_2005Les événements de Gaza exposent la grande fraude de Kadima : Il est arrivé au pouvoir en profitant du succès visible du désengagement, qui est maintenant de l’histoire ancienne. Et il a promis la convergence, une promesse que le Premier ministre a déjà annulée. Ceux qui pensent que Kadima est un parti centriste devraient désormais savoir qu’il n’est rien d’autre qu’un parti d’occupation de droite. La même chose est vraie pour le parti travailliste. Le ministre de la défense, Amir Peretz n’est pas moins responsable de ce qui se passe à Gaza que le Premier ministre et ses mains sont aussi pleines de sang que celles d’Olmert. Il ne peut plus jamais se présenter comme un « homme de paix ». Les invasions terrestres toutes les semaines, à chaque fois à des endroits différents, les opérations d’assassinat et de destruction par voie maritime, aérienne et terrestre sont toutes affublées de noms qui tentent d’effacer la réalité, comme « Pluies d’Eté » ou « Jardin d’enfants verrouillé ».

Aucun prétexte au nom de la sécurité ne peut expliquer ce cycle de folie et aucun argument civique ne peut excuser le silence scandaleux de nous tous. Gilad Shalit ne sera pas libéré et les Qassams ne s’arrêteront pas. Au contraire, il y a une horreur qui se déroule à Gaza et, pendant que cela pourrait empêcher quelques attaques terroristes à court terme, cela va sûrement donner naissance à beaucoup plus de terrorisme meurtrier. Israël dira alors avec son autosatisfaction coutumière : « Mais nous leur avons rendu Gaza ».

Israel Palestine : le partage du ghetto

La Part Tsalée.

Vaza Garsovia  ~Gaza Varsovie

«  Durant les mois de juillet et d’août 2006, 251 Palestiniens ont été tués à Gaza et en Cisjordanie, tous par le feu de Tsahal. Près de la moitié d’entre eux étaient des civils, dont des femmes, des enfants et des personnes âgées.

Le processus diplomatique entre Israël et les Palestiniens a été totalement gelé. Depuis longtemps, on ne parle plus de la Feuille de route. Le seul domaine où Palestiniens et Israéliens maintiennent des contacts appartient au conflit violent : raids, tirs, bombardements, attentats terroristes, arrestations, barrages routiers, expropriations, morts et blessés.

Il devrait y avoir une commission d’enquête sur ce qui se passe dans les territoires palestiniens. Sans sous-estimer l’importance de ce qui s’est passé au Liban, et le choc que cela a produit pour les Israéliens, cette guerre ne peut pas être comparée à ce qui se passe depuis près de 40 ans dans les territoires occupés par Israël.

Gaza VarsoviaLa commission d’enquête chargée d’examiner les désastres engendrés par le régime israélien dans les territoires devrait comprendre des historiens, des spécialistes de psychologie sociale, des érudits en matière de culture et de religion, mais pas nécessairement d’anciens généraux ou des juges de la Cour suprême. Une commission de la sorte découvrirait probablement qu’il existe un lien fort entre les guerres au Liban et ce qui s’est passé entre les Palestiniens et les juifs pendant toutes ces années, et que la main-mise sur la Cisjordanie et Gaza n’a pas peu contribué à la détérioration de la situation d’Israël au Nord de sa frontière.

A mesure que le temps passe, le nombre de ceux qui se souviennent de ce qui s’est passé dans les territoires après 1967 décline progressivement. Qui se souvient que la doctrine de base formulée par le ministre de la défense d’alors, Moshe Dayan, était de permettre une totale liberté de mouvement aux Palestiniens comme aux Israéliens de Dan à Eilat [du Nord au Sud], et que pendant plus de 20 ans, il n’y a pas eu un seul check point entre les territoires et l’Etat d’Israël ?

Qui se souvient que Dayan avait donné l’ordre de réduire au minimum la présence officielle israélienne dans les territoires : ni drapeaux, ni patrouilles, ni, bien sûr, colonies près de localités arabes ?

Il y avait alors des attentats terroristes, mais sans commune mesure avec ce qui a débuté avec les années de l’Intifada. Certaines années, il y a eu moins de cinq détenus administratifs palestiniens dans les prisons israéliennes. Aujourd’hui, nous le savons, il y en a des milliers.

Qu’arrivait-il pendant ces 20 années qui a disparu depuis ? Comment en sommes-nous arrivés là ? La responsabilité réside-t-elle dans l’entreprise de colonisation, qui a créé un régime d’apartheid dans les territoires et provoqué un sentiment de colère et de dépossession, le sentiment d’être volé ? Où mène la clôture de séparation. Tout cela est bien plus important que ce qui vient de se passer au Liban, et c’est cette situation-là qui devrait faire l’objet d’une commission d’enquête. — Par Danny Rubinstein »    La Paix Maintenant

Palestine News Network    Ghetto de Varsovie – Wikipédia

Picasso Massacre en Corée
Picasso Massacre en Corée

Israël Palestine : le cancer

edgar-morin Edgar Morin avait publié l’article ci-dessous en Juin 2002 dans le journal Le Monde. Ce texte co-signé avec le député européen Sami Nair et l’écrivain Danielle Sallenave a fait l’objet d’une plainte de deux organisations sionistes françaises.

La Cour de Cassation a tranché le litige par un arrêt rendu le 12 Juillet dernier considérant que  « les propos poursuivis, isolés au sein d’un article critiquant la politique menée par le gouvernement d’Israël à l’égard des Palestiniens, n’imputent aucun fait précis de nature à porter atteinte à l’honneur ou à la considération de la communauté juive dans son ensemble en raison de son appartenance à une nation ou à une religion, mais sont l’expression d’une opinion qui relève du seul débat d’idées »  Les passages incriminés sont en couleur

Commentaire d’E.M. après cet arrêt : « Espérons que nous vivons actuellement le moment le plus sombre de la nuit qui précède l’aurore », en parlant de la situation en Palestine et du fait que « l’intimidation » pourrait bientôt cesser de produire ses effets sur l’opinion publique.

 

Ben Gourion
Ben Gourion

Le cancer israélo-palestinien s’est formé à partir d’une pathologie territoriale : la formation de deux nations sur une même contrée, source de deux pathologies politiques, l’une née de la domination, l’autre de la privation. Il s’est développé d’une part en se nourrissant de l’angoisse historique d’un peuple persécuté dans le passé et de son insécurité géographique, d’autre part du malheur d’un peuple persécuté dans son présent et privé de droit politique.

« Dans l’opprimé d’hier l’oppresseur de demain », disait Victor Hugo. Israël se présente comme le porte-parole des juifs victimes d’une persécution multi-séculaire jusqu’à la tentative d’extermination nazie. Sa naissance attaquée par ses voisins arabes a failli être sa mort. Depuis sa naissance, Israël est devenu une formidable puissance régionale, bénéficiant de l’appui des Etats-Unis, dotée de l’arme nucléaire…

L’argument de la survie n’a pu jouer qu’en ressuscitant chez les Israéliens les angoisses de 1948, le spectre d’Auschwitz, en donnant à un passé aboli une présence hallucinatoire…  C’est la conscience d’avoir été victime qui permet à Israël de devenir oppresseur du peuple palestinien. Le mot « Shoah », qui singularise le destin victimaire juif et banalise tous les autres (ceux du goulag, des Tsiganes, des Noirs esclavagisés, des Indiens d’Amérique), devient la légitimation d’un colonialisme, d’un apartheid et d’une ghettoïsation pour les Palestiniens…

Au départ du sionisme, la formule « un peuple sans terre pour une terre sans peuple » a occulté le peuplement palestinien antérieur. Le droit des juifs à une nation a occulté le droit des Palestiniens à leur nation.

israelLe droit au retour des réfugiés palestiniens est vu aujourd’hui, non comme un droit symétrique à celui du retour de juifs qui n’ont jamais vécu en Palestine, mais à la fois comme un sacrilège et comme une demande de suicide démographique d’Israël. Alors qu’il aurait pu être considéré comme une réparation aux modalités négociables.

Il est horrible de tuer des civils selon un principe de culpabilité collective, comme le font les attentats-suicides, mais c’est un principe appliqué par Israël frappant, depuis le temps de Sabra et Chatila et du Liban nord jusqu’à aujourd’hui, et hélas probablement demain, des civils, femmes et enfants, et en détruisant la maison et les cultures des familles d’auteurs d’attentat. Les victimes civiles palestiniennes sont désormais de 15 à 20 fois plus nombreuses que les victimes israéliennes. Est-ce que la pitié doit être exclusivement réservée aux unes et non aux autres ?

Israël voit son terrorisme d’Etat contre les civils palestiniens comme autodéfense et ne voit que du terrorisme campsdans la résistance palestinienne. L’unilatéralisme attribue à Arafat seul l’échec des ultimes négociations entre Israël et l’Autorité palestinienne ; il camoufle le fait que, sans cesse depuis les accords d’Oslo, la colonisation s’est poursuivie dans les territoires occupés et considère comme « offre généreuse » une restitution restreinte et morcelée de territoires comportant maintien de colonies et contrôle israélien de la vallée du Jourdain.L’histoire complexe des négociations est effacée par la vision unilatérale de cette « offre généreuse » reçue par un refus global, et l’interprétation de ce supposé refus global comme une volonté de détruire Israël…

Certes, il y a également un unilatéralisme palestinien, mais sur l’essentiel, depuis l’abandon par la charte de l’OLP du principe d’élimination d’Israël, l’Autorité palestinienne a reconnu à son occupant l’existence de nation souveraine que celui-ci lui refuse encore. Sharon a toujours refusé le principe « la paix contre la terre », n’a jamais reconnu les accords d’Oslo et a considéré Rabin comme un traître.

En Occident, les médias parlent sans cesse de la guerre israélo-palestinienne ; mais cette fausse symétrie camoufle la disproportion des moyens, la disproportion des morts, la guerre de chars, hélicoptères, missiles contre fusils et kalachnikovs. La fausse symétrie masque la totale inégalité dans le rapport des forces et l’évidence simple que le conflit oppose des occupants qui aggravent leur occupation et des occupés qui aggravent leur résistance.

 

La fausse symétrie occulte l’évidence que le droit et la justice sont du côté des opprimés. Elle met sur le même plan les deux camps, alors que l’un fait la guerre à l’autre qui n’a pas les moyens de la faire et n’oppose que des actes sporadiques de résistance ou de terrorisme… On a peine à imaginer qu’une nation de fugitifs, issue du peuple le plus longtemps persécuté dans l’histoire de l’humanité, ayant subi les pires humiliations et le pire mépris, soit capable de se transformer en deux générations en « peuple dominateur et sûr de lui » et, à l’exception d’une admirable minorité, en peuple méprisant ayant satisfaction à humilier.

Les médias rendent mal les multiples et incessantes manifestations de mépris, les multiples et incessantes humiliations subies aux contrôles, dans les maisons, dans les rues. Cette logique du mépris et de l’humiliation n’est pas le propre des Israéliens, elle est le propre de toutes les occupations où le conquérant se voit supérieur face à un peuple de sous-humains. Et dès qu’il y a signe ou mouvement de révolte, alors le dominant se montre impitoyable. Il est juste qu’Israël rappelle à la France sa répression coloniale durant la guerre d’Algérie ; mais cela indique qu’Israël fait pour la Palestine au moins ce que la France a fait en Algérie. Dans les derniers temps de la reconquête de la Cisjordanie, Tsahal s’est livrée à des actes de pillage, destructions gratuites, homicides, exécutions où le peuple élu agit comme la race supérieure. On comprend que cette situation dégradante suscite sans cesse de nouveaux résistants, dont de nouvelles bombes humaines. Qui ne voit que les chars et les canons, mais ne voit pas le mépris et l’humiliation, n’a qu’une vision unidimensionnelle de la tragédie palestinienne.

chagallLe mot « terrorisme » fut galvaudé par tous les occupants, conquérants, colonialistes, pour qualifier les résistances nationales. Certaines d’entre elles, comme du temps de l’occupation nazie sur l’Europe, ont certes comporté une composante terroriste, c’est-à-dire frappant principalement des civils. Mais il est indu de réduire une résistance nationale à sa composante terroriste, si importante soit-elle. Et surtout, il n’y a pas de commune mesure entre un terrorisme de clandestins et un terrorisme d’Etat disposant d’armes massives. De même qu’il y a disproportion entre les armes, il y a disproportion entre les deux terreurs. L’horreur et l’indignation devant des victimes civiles massacrées par une bombe humaine doivent-elles disparaître quand ces victimes sont palestiniennes et massacrées par des bombes inhumaines ?

Il ne faut pas craindre de s’interroger sur ces jeunes gens et jeunes filles devenues bombes humaines. Le désespoir, certes les a animés, mais cette composante ne suffit pas. Il y a aussi une très forte motivation de vendetta qui, dans sa logique archaïque si profonde, surtout en Méditerranée, demande de porter la vengeance, non pas nécessairement sur l’auteur du forfait mais sur sa communauté. C’est aussi un acte de révolte absolue, par lequel l’enfant qui a vu l’humiliation subie par son père, par les siens, a le sentiment de restaurer un honneur perdu et de trouver enfin dans une mort meurtrière sa propre dignité et sa propre liberté.

Enfin, il y a l’exaltation du martyr, qui par un sacrifice de sa personne féconde la cause de l’émancipation de son peuple. Evidemment, derrière ces actes, il y a une organisation politico-religieuse, qui fournit les explosifs, la stratégie et conforte par l’endoctrinement la volonté de martyre et l’absence de remords. Et la stratégie des bombes humaines est très efficace pour torpiller tout compromis, toute paix avec Israël, de façon à sauvegarder les chances futures de l’élimination de l’Etat d’Israël. La bombe humaine, acte existentiel extrême au niveau d’un adolescent, est aussi un acte politique au niveau d’une organisation extrémiste.

Et nous voici à l’incroyable paradoxe. Les juifs d’Israël, descendants des victimes d’un apartheid nommé ghetto, ghettoïsent les Palestiniens. Les juifs qui furent humiliés, méprisés, persécutés, humilient, méprisent, persécutent les Palestiniens. Les juifs qui furent victimes d’un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens. Les juifs victimes de l’inhumanité montrent une terrible inhumanité. Les juifs, boucs émissaires de tous les maux, « bouc-émissarisent » Arafat et l’Autorité palestinienne, rendus responsables d’attentats qu’on les empêche d’empêcher.

Une nouvelle vague d’antijudaïsme, issue du cancer israélo-palestinien, s’est propagée dans tout le monde arabo-islamique, et une rumeur planétaire attribue même la destruction des deux tours de Manhattan à une ruse judéo-américaine pour justifier la répression contre le monde islamique.

De leur côté, les Israéliens voisins crient « Mort aux Arabes » après un attentat. Un anti-arabisme se répand dans le monde juif. Les instances « communautaires » qui s’autoproclament représentantes des juifs dans les pays occidentaux tendent à refermer le monde juif sur lui-même dans une fidélité inconditionnelle à Israël.

La dialectique des deux haines s’entretenant l’une l’autre, celle des deux mépris, celui du dominant israélien sur l’Arabe colonisé, mais aussi le nouveau mépris antijuif nourri de tous les ingrédients de l’antisémitisme européen classique, cette dialectique est en cours d’exportation. Avec l’aggravation de la situation en Israël-Palestine, la double intoxication, l’antijuive et la judéocentrique, va se développer partout où coexistent populations juives et musulmanes. Le cancer israélo-palestinien est en cours de métastases dans le monde.

Le cas français est significatif. En dépit de la guerre d’Algérie et de ses séquelles, en dépit de la guerre d’Irak, et en dépit du cancer israélo-palestinien, juifs et musulmans coexistent en paix en France.

Cependant une ségrégation commence. Une rancoeur sourde contre les juifs identifiés à Israël couvait dans la jeunesse d’origine maghrébine. De leur côté, les institutions juives dites communautaires entretenaient l’exception juive au sein de la nation française et la solidarité inconditionnelle à Israël.

CasherC’est l’impitoyable répression menée par Sharon qui a fait passer l’antijudaïsme mental à l’acte le plus virulent de haine, l’atteinte au sacré de la synagogue et des tombes. Mais cela conforte la stratégie du Likoud : démontrer que les juifs ne sont pas chez eux en France, que l’antisémitisme est de retour, les inciter à partir pour Israël. Ne devons-nous pas au contraire mobiliser l’idée française de citoyenneté comme pouvoir de fraternisation entre musulmans et juifs ?

Y a-t-il une issue ? Une haine apparemment inextinguible est au fond du coeur de presque tous les Palestiniens et comporte le souhait de faire disparaître Israël. Chez les Israéliens, le mépris est de plus en plus haineux, et également semble inextinguible. Mais la haine séculaire entre Français et Allemands, aggravée par la seconde guerre mondiale, a pu se volatiliser en vingt années. De grands gestes de reconnaissance de la dignité de l’autre peuvent, surtout en Méditerranée, changer la situation.

Des Sémites (n’oublions pas que plus de 40 % des Israéliens d’aujourd’hui viennent de pays arabes) peuvent bien un jour reconnaître leur identité cousine, leur langue voisine, leur Dieu commun. L’énormité de la punition qui s’abat sur un peuple coupable d’aspirer à sa libération va-t-elle enfin provoquer dans le monde une réaction autre que de timides objurgations ? L’ONU sera-t-elle capable de décider d’une force d’interposition ? Sharon ne peut qu’être contraint à renoncer à sa politique.

Il y eut le 11 septembre 2001 un électrochoc qui, au contraire, l’a encouragé. La « guerre au terrorisme » américaine lui a permis d’inclure la résistance palestinienne dans le terrorisme ennemi de l’Occident, de façon à ce que le tête-à-tête israélo-palestinien devienne un face-à-face non entre deux nations mais entre deux religions et deux civilisations, et s’inscrive dès lors dans une grande croisade contre la barbarie intégriste.

chagallL’électrochoc inverse est en fait advenu. C’est l’offre saoudienne de reconnaissance définitive d’Israël par tous les pays arabes en échange du retour aux frontières de 1967, conformément à toutes les résolutions des Nations unies. Cette offre permettrait non seulement une paix globale entre nations mais une paix religieuse qui serait consacrée par le pays responsable des lieux saints de l’islam. On peut donc envisager une conférence internationale pour arriver à un accord comportant une garantie internationale.

De toutes façons, les Etats-Unis, dont la responsabilité est écrasante, disposent du moyen de pression décisif en menaçant de suspendre leur aide, et du moyen de garantie décisif en signant une alliance de protection avec Israël.

 

Le problème n’est pas seulement moyen-oriental. Le Moyen-Orient est une zone sismique de la planète où s’affrontent Est et Ouest, Nord et Sud, riches et pauvres, laïcité et religion, religions entre elles. Ce sont ces antagonismes que le cancer israélo-palestinien risque de déchaîner sur la planète. Ses métastases se répandent déjà sur le monde islamique, le monde juif, le monde chrétien.

Le problème n’est pas seulement une affaire où vérité et justice sont inséparables. C’est aussi le problème d’un cancer qui ronge notre monde et mène à des catastrophes planétaires en chaîne.

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© Le Monde.fr

Critique d’Israël

chagallIl y a des mots dont le sens est à préciser. Ainsi le mot anti-sémitisme. En effet, ce mot a remplacé l’anti-judaïsme chrétien lequel concevait les juifs comme porteurs d’une religion coupable d’avoir condamné Jésus. Coupable du déicide d’un Dieu ressuscité !

L’anti-sémitisme est né du racisme. Il conçoit les juifs comme ressortissants d’une race inférieure et perverse, la race sémite. A partir du moment où l’anti-judaïsme s’est développé dans le monde arabe lui-même sémite, l’expression devient aberrante et il faut revenir à l’idée d’anti-judaïsme, sans référence désormais au peuple «déicide ».

 

Il y a des mots qu’il faut distinguer, comme l’anti-sionisme de l’anti-israélisme, ce qui n’empêche pas qu’il s’opère des glissements de sens de l’un à l’autre. En effet, l’anti-sionisme dénie non seulement l’installation juive en Palestine, mais essentiellement l’existence d’Israël comme nation. Il méconnaît que le sionisme, au siècle des nationalismes, correspond à l’aspiration d’innombrables juifs, rejetés des nations, à constituer leur propre nation. Israël est la concrétisation nationale du mouvement sioniste.

L’anti-israélisme a deux formes. La première soulève la « Nakbah » suite à l’installation d’Israël sur des terres arabes. La suivante est partie d’une critique politique devenant globale, du fait de l’attitude du pouvoir israélien refusant les résolutions de l’ONU qui demandent le retour d’Israël aux frontières de 1967.

 

Comme Israël est un Etat juif et comme une grande partie des juifs de la diaspora, se sentant solidaires d’Israël, ils justifient ses actes et sa politique. Il s’opéra alors des glissements de l’anti-israélisme à l’anti-judaïsme. Ces glissements sont particulièrement importants dans le monde arabe et plus largement musulman où l’anti-sionisme et l’anti-israélisme vont produire un anti-judaïsme généralisé.

Y a-t-il un anti-judaïsme français qui serait comme l’héritage, la continuation ou la persistance du vieil anti-judaïsme chrétien et du vieil anti-sémitisme européen ? C’est la thèse officielle israélienne, reprise par les institutions dites communautaires et certains intellectuels juifs.

jerusalemOr il faut considérer que, après la collaboration des antisémites français avec l’occupant hitlérien, puis la découverte de l’horreur du génocide nazi, il y eut affaiblissement par déconsidération du vieil antisémitisme nationaliste-raciste. Il y eut, parallèlement, une évolution de l’Eglise catholique et la naissance d’un Dialogue judéo-chrétien.

Mais les critiques de la répression israélienne, voire l’anti-israélisme lui-même ne sont pas les produits du vieil anti-judaïsme. On peut même dire qu’il y eut en France, à partir de sa création accompagnée de menaces mortelles, une attitude globalement favorable à Israël. Celui-ci a été d’abord perçu comme nation- refuge de victimes d’une horrible persécution, méritant une sollicitude particulière. Il a été perçu comme une nation exemplaire dans son esprit communautaire incarné par le kibboutz, dans son énergie créatrice d’une nation moderne, unique dans sa démocratie au Moyen-Orient. Ajoutons que bien des sentiments racistes se sont détournés des juifs pour se fixer sur les Arabes, notamment pendant la guerre d’Algérie, ce qui a bonifié davantage l’image d’Israël.

Mais cette vision bienveillante d’Israël se transforma progressivement à partir de La Guerre des Six jours en 1967, c’est-à-dire l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza, puis avec la résistance palestinienne, puis avec la première Intifada, où une puissante armée s’employa à réprimer une révolte de pierres, puis avec la seconde Intifada qui fut réprimée par violences et exactions disproportionnées. Israël fut de plus en plus perçu comme Etat conquérant et oppresseur. La formule gaullienne dénoncée comme antisémite, « peuple dominateur et sûr de lui », est devenu truisme.

IntifadaLa poursuite des colonisations qui grignotent sans cesse les territoires palestiniens, la répression sans pitié, le spectacle des souffrances endurées par le peuple palestinien, tout cela détermina une attitude globalement négative à l’égard de la politique de l’Etat israélien. David devenu Goliath. C’est bien la politique d’Israël qui a suscité et amplifié cette forme d’anti-israélisme, et non la résurgence de l’anti-sémitisme européen. Cet anti-israélisme a très peu dérivé en anti-judaïsme dans l’opinion française.

Par contre, la répression israélienne et le déni israélien des droits palestiniens produisent et accroissent les glissements de l’anti-israélisme vers l’anti-judaïsme dans le monde islamique. Plus les juifs de la diaspora s’identifient à Israël, plus on identifie Israël aux juifs, plus le lien entre l’anti-israélisme et l’anti-judaïsme est fort. Ce nouvel anti-judaïsme musulman reprend les thèmes de l’arsenal européen (complot juif pour dominer le monde, race ignoble) qui criminalise les juifs dans leur ensemble.

Dans cette logique, toute critique d’Israël apparaît comme antisémite. Du coup, beaucoup de juifs se sentent persécutés par cette critique. Ils sont effectivement dégradés dans l’image d’eux-mêmes comme dans l’image d’Israël qu’ils ont incorporée à leur identité. Ils se sont identifiés à une image de persécutés.

chambre-a-gazla Shoah est devenue le terme qui établit à jamais leur statut de victimes. Leur conscience shoahistorique de persécutés repousse avec indignation l’image répressive de Tsahal. Cette image est aussitôt remplacée dans leur esprit par celle des victimes des kamikazes du Hamas, qu’ils identifient à l’ensemble des Palestiniens. Ils se sont identifiés à une image idéale d’Israël, certes seule démocratie dans un entourage de dictatures, mais démocratie limitée, et qui, comme l’ont fait bien d’autres démocraties, peut avoir une politique coloniale détestable. Ce sentiment de persécution leur masque évidemment le caractère persécuteur de la politique israélienne.

Une dialectique infernale est en oeuvre. L’anti-israélisme accroît la solidarité entre juifs de la diaspora et Israël. Israël lui-même veut montrer aux juifs de la diaspora que le vieil anti-judaïsme européen est à nouveau virulent, que la seule patrie des juifs est Israël, et par là même a besoin d’exacerber la crainte des juifs et leur identification à Israël.

Ainsi les institutions des juifs de la diaspora entretiennent l’illusion que l’antisémitisme européen est de retour, là où il s’agit de paroles, d’actes ou d’attaques émanant d’une jeunesse d’origine islamique issue de l’immigration. Mais, comme dans cette logique, toute critique d’Israël est antisémite, il apparaît aux justificateurs d’Israël que la critique d’Israël, qui se manifeste de façon du reste fort modérée dans tous les secteurs d’opinion, apparaît comme une extension de l’antisémitisme. Et tout cela, répétons-le, sert à occulter la répression israélienne. L’imputation d’antisémitisme, dans ces cas, n’a pas d’autre sens que de protéger Tsahal et Israël de toute critique.

Alors que les intellectuels d’origine juive, au sein des nations de gentils, étaient animés par un universalisme humaniste, qui contredisait les arabe-2particularismes nationalistes et leurs prolongements racistes, il s’est opéré une grande modification depuis les années 1970. Puis la désintégration des universalismes abstraits (stalinisme, trotskisme, maoïsme) a déterminé le retour d’une partie des intellectuels juifs à la quête de l’identité originaire. Beaucoup de ceux qui avaient identifié l’URSS et la Chine à la cause de l’humanité à laquelle ils s’étaient eux-mêmes identifiés se reconvertissent, après désillusion, dans l’israélisme.
Il est clair que les Palestiniens sont les humiliés et offensés d’aujourd’hui, et nulle raison idéologique ne saurait nous détourner de la compassion à leur égard. Certes, Israël est l’offenseur et l’humiliant. Mais il y a dans le terrorisme anti-israélien devenant anti-juif l’offense suprême faite à l’identité juive : tuer du juif, indistinctement, hommes, femmes, enfants, faire de tout juif du gibier à abattre, un rat à détruire, c’est l’affront, la blessure, l’outrage pour toute l’humanité juive. Attaquer des synagogues, souiller des tombes, c’est-à-dire profaner ce qui est sacré, c’est considérer le juif comme immonde. Certes, une haine terrible est née en Palestine et dans le monde islamique contre les juifs. Or cette haine, si elle vise la mort de tout juif, comporte une offense horrible. L’anti-judaïsme qui déferle prépare un nouveau malheur juif. Et c’est pourquoi, de façon infernale encore, les humiliants et offensants sont eux-mêmes des offensés et redeviendront des humiliés. Pitié et commisération sont déjà submergées par haine et vengeance.

 

Que dire dans cette horreur, sinon la triste parole du vieil Arkel dans Pelléas et Mélisande de Maeterlinck : « Si j’étais Dieu, j’aurais pitié du cœur des hommes »

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Vers l’abîme ?

par Edgar Morin

edgar morinLe progrès  scientifique a permis la production et la prolifération d’armes de mort massive, nucléaires, chimiques et biologiques. Le progrès technique et industriel a provoqué un processus de détérioration de la biosphère, et le cercle vicieux entre croissance et dégradation écologique s’amplifie. La mondialisation du marché économique, sans régulation externe ni véritable autorégulation, a créé des nouveaux îlots de richesse mais aussi des zones croissantes de pauvreté ; elle a suscité et suscitera des crises en chaîne et son expansion se poursuit sous la menace d’un chaos auquel elle contribue puissamment. Les développements de la science, de la technique, de l’industrie, de l’économie qui propulsent désormais le vaisseau spatial Terre ne sont régulés ni par la politique, ni par l’éthique. Ainsi ce qui semblait devoir assurer le progrès certain apporte certes des possibilités de progrès futur, mais aussi crée et accroît des périls.

Les développements susnommés sont accompagnés par de multiples régressions barbares. Les guerres se multiplient sur la planète et sont de plus en plus caractérisées par leurs composantes ethniques-religieuses. Partout la conscience civique régresse et les violences gangrènent les sociétés. La criminalité mafieuse est devenue planétaire. La loi de la vengeance remplace la loi de la justice en se prétendant la vraie justice. Les conceptions manichéennes s’emparent d’esprits faisant profession de rationalité. Les fous de Dieu et les fous de l’or se déchaînent. Les deux folies ont une connexion : la mondialisation économique favorise le financement du terrorisme qui vise à frapper mortellement cette mondialisation. En ce domaine comme en d’autres, la barbarie haineuse venue du fond des âges historiques se combine avec la barbarie anonyme et glacée propre à notre civilisation.

Les communications se multiplient sur la planète, mais les incompréhensions s’accroissent. Les sociétés sont de plus en plus en plus interdépendantes, mais elles sont de plus en plus prêtes à s’entredéchirer. L’occidentalisation englobe le monde, mais provoque en réaction des refermetures identitaires ethniques, religieuses, nationales. Les certitudes irrationnelles égarent à nouveau, mais la rationalité abstraite, calculante, économistique, managériale, technocratique est elle-même incapable de saisir les problèmes dans leur humanité et dans leur planétarité. Les esprits abstraits voient l’aveuglement des fanatiques, mais non le leur. Les deux cécités, celle de l’irrationalité concrète et celle de la rationalité abstraite, concourent pour enténébrer le siècle naissant. J’avais depuis longtemps souligné que le Moyen-Orient se

Adam et Eve
Adam et Eve

trouvait au coeur d’une zone sismique planétaire où s’affrontaient les religions entre elles, religions et laïcité, Est et Ouest, Nord et Sud, pays pauvres et pays riches. Le conflit israélo-palestinien, au coeur de cette zone sismique, constituait de lui-même comme un cancer dont les métastases risquaient de se répandre sur le globe. Les interventions massives de Tsahal en territoire palestinien et les attentats kamikazes en territoire israélien ont intensifié un cercle vicieux infernal qui n’est plus désormais localisé. En effet, la répression meurtrière d’Israël a déclenché une lame anti-juive inouïe dans le monde musulman, qui a repris en elle les anciens thèmes de l’anti-judaïsme chrétien et de l’anti-judaïsme nationaliste occidental, de sorte que la haine d’Israël se généralise en haine du juif. La violence aveugle des kamikazes palestiniens, puis les attentats d’Al-Qaida ont amplifié une lame d’anti-islamisme – non seulement en Israël mais aussi en Occident, non seulement chez les juifs de diasporas . L’aggravation de la situation pourrait créer de nouveaux foyers de conflits à l’intérieur des nations. La France, avec sa nombreuse population d’origine musulmane et son importante population d’origine juive, a pu jusqu’à présent éviter que des violences de jeunes beurs et l’exaspération pro-israélienne conduisent à l’affrontement. Un nouveau déchaînement au Moyen-Orient conduirait à un accroissement de haine et de violence, et la France laïque deviendrait le théâtre d’une guerre ethno-religieuse entre deux catégories de ses citoyens. De plus, bien que sa création n’ait pas été liée au conflit israélo-palestinien, Al-Qaida, après les attentats du Kenya, s’est emparé de la cause palestinienne pour justifier ses massacres. Le cercle vicieux israélo-palestinien se mondialise, le cercle vicieux Occident-Islam s’aggrave. La guerre d’Irak éliminera un horrible tyran, mais elle intensifiera les conflits, les haines, les révoltes, les répressions, les terreurs, et elle risque de convertir une victoire de la démocratie en victoire de l’Occident sur l’Islam. Les vagues d’anti-judaïsme et d’anti-islamisme se renforceront, et le manichéisme s’installera dans un choc de barbaries nommé « choc des civilisations ». Le responsable de la plus grande puissance occidentale est devenu apprenti sorcier ; dans sa lutte myope contre les effets du terrorisme, il en favorise les causes ; dans son opposition aux régulations économiques et écologiques, il favorise les dégradations de la biosphère.

 

Tableau de Lucia Trifan
Tableau de Lucia Trifan

La barbarie du XX° siècle a déchaîné sur de multiples régions d’humanité les fléaux de deux guerres mondiales et de deux super totalitarismes. Les traits barbares du XX° siècle sont encore présents dans le XXI°, mais la barbarie du XXI° siècle, préludée à Hiroshima, porte de plus, en elle, l’autodestruction potentielle de l’humanité. La barbarie du XX° siècle avait suscité des terreurs policières, politiques, concentrationnaires. La barbarie du XXI° siècle apporte après le 11 septembre 2001 une potentialité illimitée de terreur planétaire. Les nations ne peuvent résister à la barbarie planétaire sinon en se refermant de façon régressive sur elles-mêmes, ce qui renforce cette barbarie. L’Europe est incapable de s’affirmer politiquement, incapable de s’ouvrir en se réorganisant, incapable de se souvenir que la Turquie a été une grande puissance européenne depuis le XVI° siècle et que l’Empire ottoman a contribué à sa civilisation. (Elle oublie que c’est le christianisme qui, dans le passé, s’est montré intolérant pour toute autre religion pendant que l’islam andalou et ottoman acceptait christianisme et judaïsme). Sur le plan mondial, les prises de conscience sont dispersées. L’internationale citoyenne en formation est embryonnaire. Une société civile planétaire n’a pas encore émergé. La conscience d’une communauté de destin terrestre demeure disséminée. Une véritable alternative ne s’est pas encore formulée. L’idée de développement, même réputé « durable », donne pour modèle notre civilisation en crise, celle-là même qu’il faudrait réformer. Elle empêche le monde de trouver des formes d’évolution autres que celles qui sont calquées sur l’Occident. Elle empêche de générer une symbiose des civilisations, qui intégrerait le meilleur de l’Occident (les droits de l’homme et de la femme, les idées de démocratie) mais en exclurait le pire. Le développement est lui-même animé par les forces incontrôlées qui conduisent à la catastrophe. Jean-Pierre Dupuy, dans son livre pour un catastrophisme éclairé (« La couleur des idées », Seuil), propose de reconnaître l’inévitabilité de la catastrophe afin de l’éviter. Mais, outre le fait que le sentiment d’inévitabilité peut conduire à la passivité, M. Dupuy identifie abusivement le probable à l’inévitable. Le probable est ce qui, pour un observateur en un temps et un lieu donnés disposant des informations les plus fiables, apparaît comme le processus futur.

Kudurru melishipak
Kudurru melishipak

Et effectivement tous les processus actuels conduisent à la catastrophe. Mais l’improbable reste possible, et l’histoire passée nous a montré que l’improbable pouvait remplacer le probable, comme ce fut le cas en fin 1941-début 1942 quand la probable longue domination de l’empire hitlérien sur l’Europe devint improbable pour faire place à une probable victoire alliée. En fait, toutes les grandes innovations de l’histoire ont brisé les probabilités : il en fut ainsi du message de Jésus et Paul, de celui de Mahomet, du développement du capitalisme puis de celui du socialisme. La porte est ouverte donc sur l’improbable, même si l’accroissement mondial de barbarie le rend actuellement inconcevable. Paradoxalement, le chaos où l’humanité risque de sombrer porte en lui son ultime chance. Pourquoi ? Tout d’abord parce que la proximité du danger favorise les prises de conscience, qui peuvent alors se multiplier, s’amplifier et faire surgir une grande politique de salut terrestre. Et surtout pour la raison suivante : quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, soit il se désintègre, soit il est capable, dans sa désintégration même, de se métamorphoser en un méta-système plus riche, capable de traiter ces problèmes.

 

L'amou et Psyché 1798L’humanité est actuellement incapable de traiter ses problèmes les plus vitaux, à commencer par celui de sa survie. Elle est techniquement capable mais politiquement incapable d’éliminer la faim dans le monde. Cette incapacité culmine aujourd’hui dans le paradoxe argentin, dont la production alimentaire est cinq fois supérieure aux besoins de la population, alors qu’un grand nombre d’enfants (25 % pour la province de Tucuman) souffrent de malnutrition grave. De fait, dans le monde actuel, il est impossible de réaliser le possible. Ici, l’idée de feed-back [rétroaction] positif nous est utile. Cette notion, formulée par Norbert Wiener, désigne l’amplification et l’accélération incontrôlées d’une tendance au sein d’un système. Dans le monde physique, un feed-back positif conduit infailliblement ce système à la désintégration. Mais dans le monde humain, le feed-back positif, en désintégrant d’anciennes structures pétrifiées, peut susciter l’apparition de forces de transformation et de régénération. La métamorphose de la chenille en papillon nous offre une métaphore intéressante : quand la chenille est entrée dans le cocon, elle opère l’autodestruction de son organisme de chenille, et ce processus est en même temps celui de formation de l’organisme de papillon, lequel sera à la fois le même et autre que la chenille. Cela est la métamorphose. La métamorphose du papillon est préorganisée. La métamorphose des sociétés humaines en une société monde est aléatoire, incertaine, et elle est soumise aux dangers mortels qui lui sont pourtant nécessaires. Aussi l’humanité risque-t-elle de chavirer au moment d’accoucher de son avenir. Pourtant, de même que notre organisme porte en lui des cellules souches indifférenciées capables, comme les cellules embryonnaires, de créer tous les divers organes de notre être, de même l’humanité possède en elle les vertus génériques qui permettent les créations nouvelles ; s’il est vrai que ces vertus sont endormies, inhibées sous les spécialisations et rigidités de nos sociétés, alors les crises généralisées qui les secouent et secouent la planète pourraient susciter la métamorphose devenue vitale. C’est pourquoi il faut passer par la désespérance pour retrouver l’espérance. Texte publié in Le Monde  le 1 Janvier 2003

Illustrations :

Adam & Eve chassés du Paradis terrestre – Masaccio

Après la Bombe – Lucia Trifan

Psyché recevant le baiser de l’Amour – François Gérard

Kudurru du roi Melishipak –Suse – XII°av JC

Terreur au Liban

De chez moi, j’ai vu ce que recouvrent les termes « Guerre anti terroriste »

15 juillet 2006 – par Robert Fisk 

From My Home, I Saw What the « War on Terror » Meant

Robert_fisk Toute la nuit, j’ai entendu les avions de combat qui passaient en murmurant au dessus de la Méditerranée, en altitude. Cela a duré des heures, des jets semblables à de minuscules lucioles qui observaient Beyrouth, ils attendaient peut-être l’aube, toujours est-il que c’est à ce moment qu’ils sont descendus.

Ils se sont d’abord dirigés vers le petit village de Dweir au sud Liban, près de Nabatiya ; là, un avion israélien a bombardé la maison d’un imam  chiite. Il a été tué. Sa femme aussi. Huit de ses
enfants également. L’un d’entre eux a été décapité. D’un de ses bébés, on n’a retrouvé que la tête et le torse, qu’un jeune du village, hors de lui, a brandi devant les caméras. Puis les avions ont rendu visite à d’autres habitants de Dweir et les ont éliminés, une famille de sept personnes.

Le deuxième jour de la dernière « guerre antiterroriste » d’Israël commençait de manière dynamique. Ce conflit a recours au même langage – ainsi qu’à quelques-uns des mensonges – employés dans le cadre de la « guerre antiterroriste » à plus grande échelle de George Bush. Oui, tout comme nous avons « détérioré » l’Irak en 1991, et à nouveau en 2003 – hier c’était au tour du Liban de se faire « détériorer ».

Cela ne signifie pas seulement des pertes en vies humaines, mais également la mort économique, c’est ce qui est arrivé au bel aéroport international flambant neuf de Beyrouth, qui a coûté 300 millions de livres (quasiment 450 millions d’euros), peu avant six heures du matin alors que les passagers s’apprêtaient à embarquer à destination de Londres et de Paris.

Depuis chez moi, j’ai entendu le F-16 qui a surgi tout à coup au dessus de la piste d’atterrissage la plus récente et l’a arrosé de roquettes, déchiquetant 20 mètres de tarmac et faisant voler des tonnes de béton dans une énorme explosion avant qu’un navire lance-missile de classe Hetz ne s’attaque aux autres pistes. Deux des nouveaux Airbus de Middle East Airlines furent épargnés mais en l’espace de quelques minutes l’aéroport était vide, les voyageurs s’étant enfuis, regagnant leurs domiciles ou leurs hôtels.   Il suffisait de regarder les panneaux d’affichage pour comprendre : pas de vol pour Paris, pas de vol pour Londres, pas de vol pour le Caire, pas de vol pour Dubai, pas de vol pour Bagdad – les passagers qui auraient pris celui-ci seraient tombés de Charybde en Scylla -. Les hauts-parleurs de l’aéroport diffusaient « Don’t Cry For Me, Argentina ».

Ensuite, les Israéliens s’attaquèrent à la station de télévision du Hezbollah, al-Manar, l’amputant de son antenne avec un missile, mais sans réussir à l’empêcher d’émettre. Cette cible est un peu plus compréhensible ; après tout « Manar » diffuse la propagande du Hezbollah. Mais le but était-il réellement de retrouver ou de délivrer les deux soldats israéliens capturés mercredi ? Ou de se venger des neuf Israéliens qui ont trouvé la mort pendant cet incident, au cours de l’une des journées les plus sombres du passé récent de l’armée israélienne, quoique pas aussi sombre que celle des 36 civils libanais morts au cours des 24 heures précédentes.

Une Israélienne aussi a été tuée, par une roquette que le Hezbollah a tiré vers Israël. Par conséquent, selon le macabre taux de change de ces abominables affrontements, une mort israélienne vaut un peu plus de trois Libanais ; il y a fort à parier que le taux deviendra plus meurtrier.

War

Déjà, l’après-midi, les menaces s’étaient intensifiées. Israël ne « resterait pas les bras croisés ». Toute la population des banlieues sud, où est situé le QG du Hezbollah, reçut l’ordre d’évacuer le quartier avant quinze heures.

À l’exception d’une centaine de familles, les habitants refusèrent catégoriquement de partir. Les Israéliens annoncèrent que dorénavant, n’importe quel endroit du Liban pouvait être pris pour cible. Le Hezbollah furieux, riposta : si Israël bombardait les banlieues, il enverrait ses missiles longue portée Katyusha sur la base aérienne israélienne de Miron ; cette information fut, sur le moment, tenue secrète par la censure israélienne.

Les touristes du Golfe en voyage au Liban, effrayés, quittèrent Bhamboun en masse à bord de leurs 4×4, s’enfuyant vers la sécurité de la Syrie, pour prendre à Damas les avions qui la ramèneraient chez eux. Une autre petite mort économique pour le Liban.

Mais que signifiaient donc ces discours et ces menaces ? Je passai le début de l’après-midi chez moi, à compulser mes dossiers de déclarations officielles israéliennes. J’y découvris qu’au cours des 26 dernières années, Israël a annoncé au moins à six reprises « ne pas avoir l’intention de rester les bras croisés » au Liban  (avec de légères variantes), l’occasion la plus célèbre étant la déclaration de feu le Premier ministre israélien Menahem Begin qui avait promis de « ne pas rester les bras croisés » alors que les Chrétiens étaient menacés en 1980 – tout cela pour retirer ses troupes et abandonner les Chrétiens à leur funeste destin au bout de trois ans.

Les Libanais sont toujours abandonnés à leur sort. Le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, affirme qu’il tient le gouvernement libanais pour responsable des attaques et des empiétements frontaliers de mercredi. Pourtant, M. Olmert sait ce qui est de notoriété publique : le gouvernement faible et divisé du Premier ministre libanais Fouad Siniora est incapable de contrôler un seul milicien et encore moins le Hezbollah.

Mais n’est-ce pas à ce même groupe d’hommes politiques que les États-Unis avaient adressé leurs félicitations l’année dernière, louant le caractère démocratique de leurs élections et leur indépendance par rapport à la Syrie ? Effectivement, un homme qui considère – ou peut-être serait-il plus exact de dire « qui considérait » – Bush comme un ami est Saad Hariri, fils de l’ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri, à qui le Liban doit une grande partie des infrastructures qu’Israël est occupé à détruire et dont l’assassinat l’année dernière (par des agents syriens ?) est censé avoir profondément choqué Bush.

Hier matin, le fils Hariri, Saad, s’apprêtait à atterrir à Beyrouth lorsque les Israéliens, les alliés de l’Amérique, arrivèrent pour bombarder l’aéroport. Il fut obligé de faire demi-tour, son pilote allant chercher refuge à Chypre. Cependant, hier, les allusions verbales au terrorisme étaient plus effrayantes que tout le reste. Le Liban était décrit comme un « axe du terrorisme », Israël disait « combattre le terrorisme sur tous les fronts ». En cours de matinée, j’ai dû couper court à une interview diffusée sur une station de radio australienne au cours de laquelle un journaliste israélien affirmait, de manière tout à fait erronée, que des Gardes Révolutionnaires iraniens se trouvaient sur place au Liban et que toutes les troupes syriennes ne s’étaient pas retirées.

Quelle raison les Israéliens ont-ils invoquée pour justifier l’attaque de l’aéroport de Beyrouth, sécurisé et surveillé à l’extrême, fréquenté par les diplomates et les dirigeants européens, une installation aussi sûre que n’importe quel aéroport d’Europe ? Il aurait, d’après eux, « servi de plaque tournante au transfert d’armes et d’équipements destinés à l’organisation terroriste du Hezbollah ».

Et voilà, encore et toujours le terrorisme, et l’on va décrire le Liban, une fois de plus, comme le centre mythique du terrorisme au Moyen-Orient ainsi que, je suppose, Gaza. Et la Cisjordanie. Et la Syrie. Et, bien sûr, l’Irak. Et l’Iran. Et l’Afghanistan. Et, demain, quel autre pays ?

Robert Fisk  Independent Online Edition

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                LIENS

Blog Le Monde.fr  Lebanon ( its either them or us)

A collection of Articles & Reports by Mr. Robert Fisk + Audio & Video

Toussaint Louverture, connais-pas !

Rien n’est plus navrant que d’entendre de nos jours, des haïtiens de seconde génération, ceux qui sont nés ici à la maternité de Marigot et qui dix huit ans plus tard à la fin des années Lycée , dirent : « Toussaint Louverture connais-pas ! »

Bleu, Blanc, Rouge et Noir …

Toussaint-LouvertureL’œil du Jabiru a fait Tilt en visitant un jeune Blog d’esprit libre. Un Blog   » Chez le Monde.fr »  à l’enseigne attractive : CAP SUR LA LIBERTÉ. Après lecture, j’ai glissé le commentaire suivant :  « Un peu d’histoire de la Révolution française. Le noir des Tricolores, c’est le bonnet jacobin à la cime du palmier tropical des armoiries du drapeau d’Haïti. Toussaint Louverture à la tête des Jacobins noirs, menant en 1804 une double Révolution : anti-esclavagiste et anti-coloniale, contre les Troupes de Napoléon. Comme chacun sait, Toussaint Louverture est mort déporté dans le froid du Jura. Contrairement à celle du juif Dreyfus, la cause du  Nègre d’Haïti est t’elle réhabilitée ? »

Ils m’ont répondu : «  Voici la signification du CAP : communauté d’amour et de paix. Nous aimerions que vous nous fassiez un peu plus connaître cette histoire à nous autres du continent car nous sommes pris par les tempêtes politiques actuelles et n’avons pas accès à la véritable information.  Merci par avance et avec notre profonde reconnaissance. »

J’ai potassé la question, un article historique pour Discover Magazine en 2005, à l’occasion du Bi-centenaire Jean-Raymondd’Haïti. Avec des clichés de Dominique Silberstein . Quand c’est publier bi-lingue à 110 000 exemplaires, tu fais gaffes à pas dire des conneries. C’est une page d’histoire coloniale complètement ignorée là bas sur le continent Européen, et singulièrement dans les écoles de l’Hexagone. Par contre il est indispensable que la jeune génération connaisse , ici à St Martin aux Amériques, son histoire régionale.
Rien n’est plus navrant que d’entendre de nos jours, des haïtiens de seconde génération, ceux qui sont nés ici à la maternité de Marigot et qui dix huit ans plus tard à la fin des années Lycée ,  dirent : « Toussaint Louverture connais-pas ! »

paspoHAITI  ET SON BICENTENAIRE

Il était une fois,  en 1804, un petit pays dans la mer des Caraïbes. Cette année là, un enfant non désiré est venu au monde : un bâtard de la Révolution française. Sur son drapeau à fond rouge et bleu, il y a un bonnet jacobin accroché à la cime d’un palmier tropical. 2004. Le bi-centenaire d’une naissance oubliée. Mais quelle fête quand il n’y a rien à fêter ? Comme si Haïti ne s’appartenait pas,  perpétuant une longue dépendance dont voici l’Histoire. (1)

LA PERLE DES ANTILLES

La « Perle des Antilles », noble appellation du 18° siècle, procure au Royaume de France le tiers des recettes de son commerce extérieur. A la veille de la Révolution française de 1789, elle fournit l’essentiel de la production mondiale de sucre, sans compter le café. Orgueil des Français dans le nouveau monde, la colonie occidentale francophone de Saint Domingue est une île qui vaut un empire.

arrimagecreoleLe sinistre Code Noir, instauré en 1685, organise le non-droit des esclaves. Il considère le déporté comme une chose : un bien meuble en bois d’ébène… Un siècle plus tard, il y a trois classes sociales :  les  colons blancs (30 000) et leurs enfants mulâtres affranchis ( 40 000)  et dans la servitude, 85 % de la population soit 500 000 africains.

A Paris, le 16 Pluviose de l’an II ( 4 février 1794), la Convention vote l’abolition de l’esclavage. La Révolution française n’avait pourtant pas prévu de faire des enfants sous pareille latitude. Conjuguée à une oppression inégalée, le principe d’égalité des droits a fait naître une revendication légitime des esclaves noirs.  Toussaint Louverture, un Spartacus à la tête des Jacobins noirs, affronte victorieusement la puissance coloniale des troupes de Napoléon. Une double révolution anti-coloniale et anti-esclavagiste. Ayiti «  La Terre des grandes pentes » ainsi nommée par les Indiens, devient la première République nègre indépendante de l’histoire de l’Humanité. Un phare pour la race noire. Un peuple dont l’humour peint, avec cocasserie, l’humeur de ses  rêveries quotidiennes. Un sur réalisme naïf qui transmet l’ironie joyeuse et l’émerveillement spontané.  Tant de peintres dans une si petite île, fût une séduction  pour André Breton et André Malraux. (2) La Littérature haïtienne francophone contemporaine produit des œuvres poétiques et romanesques de première importance,  traduisant la vie et les pensées du Peuple créole (3)

bonnet-jacobinLe Siècle des Lumières éclaira les révolutions américaine et française. Compte-tenu de l’état culturel et matériel d’Haïti, quelle boussole va guider les nouveaux maîtres qui commandent le peuple ? Comment Haïti va  pouvoir exister ? Tous les maîtres blancs sont partis et les plantations sont détruites. Les techniciens ont été tués ou sont partis. Un déficit de matière grise. De 1811 à 1820, le roi Christophe ancien esclave devenu général de l’armée de libération dispose d’une vaste réserve publique. Un bien commun constitué par toutes les terres sans maîtres. Mais avec la même âpreté au gain que les colons européens et comme les rois d’Afrique, il enchaîne à nouveau brutalement les siens. La liberté guidant le peuple s’est éloignée. Les travailleurs forcés s’enfuient dans les montagnes. Lopins de cul-terreux. Se perpétuent la tradition du marronnage. Pour ces cultivateurs l’esclavage a disparu dans les textes mais prospère dans les faits. Ils n’ont pas accédé à la citoyenneté.

En 1825, Charles X accepte officiellement l’indépendance de l’ancienne colonie en échange d’une pénalité financière. 90 millions de francs-or, soit l’équivalent du budget annuel de la France de l’époque. Une petite île agricole d’un million de personnes face à une France impériale de 25 millions d’habitants.

Cette dette et les intérêts seront réglés par la production de  trois générations de paysans travaillant le long des pentes sous le soleil, avec leur bras, leurs mains et une machette.

Le poids de cette ponction économique freine dès l’origine le développement du pays, lui coupant ses ailes au moment de l’envol.  Ce tribut a été soldé en 1893. Puis se sont ajoutées : des dictatures kleptomanes, des administrations incompétentes, une agriculture inefficace, la poussée démographique  et la dégradation écologique !

UNE ECONOMIE TET ANBA

Exode
Exode

A Port-au-Prince, depuis deux siècles, les mêmes cercles familiaux se sont succédés au pouvoir. Des anciens noirs libres et  des mulâtres au sang bleu. Quelques milliers d’héritiers devenus grands propriétaires terriens composent l’élite,  dans un mépris définitif des paysans auxquels la terre est refusée, sans parler de la citoyenneté par le droit de vote. 0,7 % de la population détient 50 % des richesses. Reste une société égalitaire dans le partage de la misère.

Se sont cumulés les fossés  entre prolétaires/propriétaires, analphabètes/éduqués, ruraux/urbains, vaudous/catholiques ; d’où l’effondrement du pays. L’agriculture  de la canne, seule source de richesse locale exportable, a été supplantée par la betterave européenne.

Dans la société coloniale existaient trois classes : les maîtres, les affranchis, les esclaves. Ne restent plus  que deux classes : les maîtres et les esclaves. Les paysans sont souvent des occupants sans titre du domaine de l’état, défricheurs, grignoteurs ou squatters protégés par la coutume. Le 18° siècle fût celui de la transportation d’Afrique. Le 20° a été celui de l’exode rural, de l’émigration nord-américaine, caribéenne et des boat-people. S’affranchir c’est laisser le pays. L’immigration s’impose, intérieure ou outre-mer, saisonnière ou définitive. Sur la moitié orientale de l’île, la Dominicanie hispanophone blanche ou métissée est moins peuplée. Dans les « bateys » (les plantations) l’Haïtien est exploité, une main d’œuvre frustre, méprisée et corvéable. En octobre 1937, dix mille ont été massacrés sur ordre du sanguinaire Trujillo.

Oncle Sam
Oncle Sam

C’est d’abord des Etats-Unis dont dépend Haïti. La politique du cinquième président, la doctrine Monroe, a défini l’Amérique centrale et latine comme arrière-pays. Le « blan ki deside », c’est sans conteste le Yankee et lui seul. Occupation militaire, protectorat, mandat. Une perte de pouvoir définitif que la bourgeoisie haïtienne critique parfois dans les mots, jamais dans la prégnance. Sa politique extérieure se limite au pourcentage des flux financiers qu’elle peut accaparer. Ce qu’elle a perdu par la détérioration du patrimoine foncier, elle le récupère en commerce et  trafic d’influence.

La famille Duvalier père et fils ( 1957- 1986 ) a marqué le pays au fer rouge, reléguant provisoirement trois poids lourds à des rôles inférieurs : les métis, l’armée et l’église officielle. Trente années d’un système totalitaire. Une machine dictatoriale sans faille, logeant un macoute dans la tête de chaque haïtien. L’armée formée par l’oncle Sam est consignée dans les casernes. Les tontons-macoutes, « volontaires de la sécurité nationale » recrutés dans des catégories jusque-là exclues du pouvoir, participent à la fonction classique du milicien : terroriser, contrôler par la peur, dénoncer et punir. Intimidation et corruption deviennent structurelles.

1-mortAu début des années 1980, «  les ti-legliz » communautés de base de l’église catholique  inspirées par la « Théologie de la Libération » venue d’Amérique Latine, sont le lieu d’une multitude d’organisations populaires Elles proclament un évangile libérateur. Modifiant les équilibres bi-centenaires, elles appellent à une deuxième Indépendance dirigée contre les prédateurs. Est-ce la fin des privilèges et la menace du bon exemple ? Washington face à l’effervescence sociale, priorité révélatrice, équipe l’armée avec du matériel anti-émeutes. De 1986 à 1990 se succèdent coups d’Etat, massacres de manifestants, arrestations sans jugement, médias entravés, élections truquées et  électeurs mitraillés.

Le 16 décembre 1990, première élection non truquée. Le prêtre Jean-Bertrand Aristide est plébiscité par les deux tiers des électeurs inscrits. « Titid  prezidan » devient le porte-parole des damnés de la terre et promet de « passer de la misère indigne à la pauvreté digne. » La communauté internationale est  favorablement impressionnée. Contributions, aides, coopérations : les promesses toujours lentes à se concrétiser affluent de France et de l‘Union européenne. Les défis à combler sont immenses  : inertie économique, désorganisation sociale, économie informelle, terres usées, droits sociaux inexistants, système de santé moribond, corruption, analphabétisme et extrême misère.

Les tenants de l’ancien régime ont perdu une élection, pas leur hégémonie. Leur capacité de nuisance reste intacte. Le 29 septembre 1991, le mouvement populaire est écrasé par une junte militaire et les Escadrons de la mort (Fraph) financés par les agents de la CIA.  L’expérience n’ aura duré que huit mois. Après trois années, le retour d’Aristide est soutenu par Bill Clinton et le Black Caucus ( groupe des élus noirs au Congrès américain ). Une seconde chance qui ne parviendra pas à transformer l’immense attente de changement sur le terrain pour l’éducation, la santé, l’aménagement rural et urbain. Priorité à la réforme agraire et à l’alphabétisation disait la famille Lavalas ( avalanche en créole).  Il n’y a plus de priorité. Dans la crise permanente et insoluble, demeurent le poids de l’inertie et la gangrène de la corruption.

PEYI  AYITI  MOURI

Restavek
Restavek

Le montant de la dette actuelle du pays s’élève à 1 250 millions de dollars ! Haïti offre la main-d’œuvre la moins chère des Amériques, mais l’absence d’infrastructures et l’instabilité politique n’attirent pas les investisseurs ni les crédits de l’aide internationale détournés par des dirigeants corrompus. A la base, un vaste réseau d’ONG reste actif.

Mais comment construire des routes s’il n’y a pas un service de Ponts et Chaussées ? 600 km de routes bitumées et 2 600 km de pistes défoncées.  A quoi bon planifier des élections s’il n’y a pas de registre électoral  faute d’un véritable état civil ? La moitié de la population ne serait pas inscrite à la naissance. A quoi bon promouvoir une école de la Magistrature avec un ministère de la Justice partisan organisant l’impunité des assassins ? Pourquoi abonder le budget de l’Etat si la bourgeoisie d’affaires ne songe qu’à échapper à l’impôt et si l’administration fiscale fonctionne à la tête du client ? Et comment signer des accords de prêts internationaux s’il n’y a plus de Parlement pour les autoriser ? La dette opère depuis bientôt 200 ans une ponction insupportable sur les ressources financières. Un Etat au profit de quelques-uns, sans le moindre devoir vis à vis du peuple.

Seule certitude : les besoins primaires comme l’accès à l’eau potable, à une alimentation décente, aux soins de santé essentiels et à une éducation scolaire, ne sont pas satisfaits.

Pour les 2,5 millions d’habitants de Port-au-Prince, Les deux tiers des citadins vivent avec moins de 25 dollars par mois.  50% des adultes sont analphabètes et 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les « restaveks » sont des dizaines de milliers, petits serviteurs sans droits, cédés à des familles plus riches ; moins chanceux que les « timoun » adoptés par les occidentaux. Avec un médecin pour dix mille habitants, un enfant sur huit meurt avant cinq ans. Chez le voisin cubain qui exporte en Haïti ses praticiens, cinquante trois fois plus de médecins permettent de réduire la mortalité à un pour cent dix.

Plus  s’aiguise la corruption du pouvoir politique  dans la lutte pour le partage des dépouilles, plus  le pays s’appauvrit.  L’absence d’autorité et de stratégie de l’état engendre un laisser-aller. La fonction publique, déjà inefficace, est d’autant plus ouverte à la corruption que ses employés sont irrégulièrement payés. Pain-béni pour les hommes du cartel de Cali, Haïti est bien située entre la Colombie et la Floride pour le trafic de cocaïne. La police collabore avec les mafias. Pourquoi, quand on est nommé dans un petit port, ouvrir l’œil pour deux cents dollars si on peut les fermer pour dix fois plus ?  Même s’il profite à quelques-uns uns, l’argent de la drogue ralentit à peine l’inexorable dégringolade du pays. L’aide internationale, bloquée depuis 1998, manque cruellement. Une économie « tèt anba »,  sans queue ni tête et informelle pour l’essentiel, qui importe cinq fois plus qu’elle n’exporte…

Huit millions d’habitants sur 27.000 km².  Neuf départements et un budget public équivalant à celui d’une ville française de 300 000 personnes.  Situation politique et économique désespérante .

L’incertitude de l’avenir provoque la fuite des cerveaux. Des centaines de professionnels diplômés quittent chaque année le pays. Les deux millions d’immigrés en diaspora , « Le dixième département », aident leurs familles à survivre. De New York, Miami, Montréal, des Antilles et de Guyane ils transfèrent près d’un milliard de dollars : trois fois plus que le budget d’état.

LA DIASPORA DES HAÏTIENS DE SAINT MARTIN

KompasNul n’a choisi le hasard de son lieu de naissance. Mais la volonté d’échapper à la misère structurelle, en trouvant ailleurs des conditions économiques moins mauvaises, pousse les plus audacieux à laisser le pays. Les parents veulent un avenir meilleur pour leurs enfants.

Comment ignorer  la misère d’un peuple recru d’épreuves et de drames, à qui l’on a déjà promis plusieurs fois la fin prochaine de la violence et de la pauvreté et qui voudrait bien quand même pouvoir y croire enfin un peu ? La diaspora d’un pays paria. «  Pa touné nan fé ». L’éternelle transhumance humaine. Le brassage séculaire des populations.

Tel est le cas de la Communauté haïtienne, qui depuis vingt cinq ans prend souche au Nord et au Sud de l’île. Le  développement du boom touristique y a inversé le sens du flux migratoire antérieur aux années 1960. Les besoins en main-d’œuvre sont nombreux à la base de la pyramide sociale dans la construction, la domesticité et le jardinage. Dans la démographie, les paisibles familles haïtiennes constituent environ 25% de la population locale qui compte 114 nationalités

Il était une fois en 2004, un petit pays francophone dans la mer des Caraïbes. Sur les armoiries de son drapeau, à la cime d’un palmier flotte depuis deux cents ans le bonnet jacobin.

Pour quoi faire ?

 

(1) Histoire

·         Les Jacobins noirs  – James  C.L.R. – Ed. Caribéennes

·         Haïti Une nation pathétique– Jean Metellus – Ed. Denoël

·         Constitution et lutte de pouvoir en Haïti, tome I:«La faillite des classes dirigeantes (1804–1915) et tome II: «De l’occupation américaine à la dictature macoute (1915–1987), Éditions CIDIHCA, Montréal, Canada

·         Haïti n’existe pas. Deux cents ans de solitude – Christophe Wargny – Ed Autrement –Février 2004

·         Rapport Régis Debray sur les relations Franco-Haîtiennes – Ministère des Affaires étrangères – Janvier 2004

(3) Littérature . Références

·         Jacques Roumain – Gouverneur de Rosée

·         René Depestre – Hadriana dans tous mes rêves – Ed Gallimard

·         Lionel Trouillot – Rue des Pas perdus –  Actes Sud

·         Victor Hugo  – Bug Jargal

·         Les amériques noires – Roger Bastide – Payot

·         André Métraux – Le vaudou haïtien- Ed Gallimard

Citoyen Baroin

A l’occasion de la visite ministérielle de François Baroin dans les Antilles, voici une réflexion dur la communauté des haïtiens,

Le citoyen Baroin, ci-devant ministre de l’Outre-mer est de passage en visite à Saint-Martin. Fils d’un franc-maçon dont le père a laissé des traces dans l’affaire frauduleuse de la GMF  au Port de Plaisance je voudrais profiter de votre venue pour développer une question républicaine.  Quelle est selon vous la plus haute aspiration de l’Homme ?

Une Réponse  civique  serait celle-ci : « L’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère ».

Affirmation humaniste gravée au préambule de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948) que René Cassin  – Prix Nobel de la Paix – contribua à rédiger. Tout élu du Peuple français connaît ses classiques :   « La reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde ».

 

Le premier des 30 articles de ce programme planétaire reprend la célèbre formule héritée des Révolutionnaires de 1789 : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » Cet esprit de fraternité universelle est la valeur incontournable pour désapprendre le racisme et la xénophobie. Nous sommes tous frères.

Abordant la question des flux humains dans les DOM, il convient de dire notre mémoire historique, comme nous y a convié Christiane Taubira. Lorsque la Traite Négrière peupla le Nouveau Monde, les puissances européennes n’ont pas réclamé de passeports à la main d’œuvre déportée d’Afrique.

Boat-people enchaînés par les pieds. 20 % morts, jetés par dessus bord pendant la déportation.

Au royaume de France, le seul document valable, le bon papier, fût le Code Noir estampillé par l’Eglise Catholique et Romaine. Que Dieu leur pardonne !

Pour rester politiquement correct il convient de préciser que ce voyage transatlantique est dorénavant classé « crime contre l’humanité »  dans le copieux rayonnage des actes de barbarie qui révoltent la conscience de chacun d’entre nous. L’histoire bégaye. Aujourd’hui ce sont toujours les noirs qui sont accusés de ne pas avoir les bons papiers blancs. Pif Paf , Menottes et avion.

 

La séculaire distinction entre nomades et sédentaires est exposée dans l’art. 13 de la Déclaration Universelle de l’Organisation des Nations Unis : « Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. »

Les migrations économiques  volontaires correspondent à ce droit universel. 

Autres mouvements que chacun peut aujourd’hui constater : les flux générés par les produits financiers. Ils circulent librement « en temps réel » aux quatre coins de la Planète. A l’inverse,  la libre installation des personnes ne correspond pas encore à l’idéal de  la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine.

Précisément, dans les eaux tropicales du calcul égoïste, il faut des bras pour bâtir les structures touristiques.  Par exemple sur l’île de St Martin, au Nord de la Guadeloupe ( le seul endroit au monde où l’on passe de la France à la Hollande sans traverser la Belgique)  les investisseurs  défiscalisés par la France disposent et profitent d’une main d’œuvre régionale, notamment haïtienne.

Communauté stable, diaspora ayant fait souche, elle est devenue indispensable à l’activité économique locale. Mais si un bailleur refuse une quittance de loyer où que la paye est délivrée sans bulletin de salaire, qui est  délinquant ?

Diviser pour mieux régner. La propagande  est connue : « Nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde » dit le loup aux agneaux.  Si le berger est laïc il dira, gérons l’intégration, droit de vote local à St Martin, aux étrangers résidants depuis + 10 ans.